William White: «les économistes ont commis une profonde erreur ontologique en postulant que l’économie est compréhensible. Et ils en ont inféré que s’ils pouvaient la comprendre, ils pouvaient aussi la contrôler».
William White est une sommité. Ancien économiste en chef à la BRI. avec son collègue Claude Borio il a prévu et annoncé la crise de 2008 , réellement, pas comme certains usurpateurs que je ne nommerai pas. William White est Chairman Economic Development and Review Committee de l’OCDE. William Whit est comme nous partisan d’une approche systématique de réductiondes dettes car dit il : « elles ne pourront jamais être honorées ni remboursées »
William White: La situation est pire qu’elle était en 2007; nous avons épuisé toutes les munitions macro-économiques dont nous disposons pour faire face aux retournements de conjoncture » et la raison en est » l’amoncellment des dettes propulsées notamment par les politiques monétaires ».
Christine Lagarde le 20 Avril 2016- : « Nous ne sommes pas état d’alarme, mais en état d’alerte »
Ce qui frappe dans les analyses et commentaires Français et Européens, c’est l’absence de connaissance théorique et historique. Cette indigence laisse le champ libre aux mensonges, à la propagande et bien sur aux tromperies des politiciens. L’un des maux européens, c’est l’absence de critiques et de contradictions. En Europe on préfère se lamenter et déplorer. A une parole unilatérale on répond non par le débat mais par les pleurnicheries.
On essaie depuis quelques jours, de façon visiblement concertée de nous servir une soupe de propagande en faveur de Draghi ou bien des pouvoirs domestiques en place. La croissance en Europe, ça marche, la croissance en France ça marche etc. La chose est suffisamment importante pour que l’on s’y attarde.
« La croissance économique a accéléré au premier trimestre en zone euro et le chômage a baissé en mars, selon des chiffres diffusés vendredi qui devraient satisfaire la BCE, contrairement aux données de l’inflation, en rechute en avril. » C’est ce qu’on peut lire dans texte d’Agence.
Si ce n’est pas un satisfecit, cela y ressemble.
De janvier à mars, le Produit Intérieur Brut (PIB) -ensemble des richesses produites- en zone euro a crû de 0,6%, après 0,3% au quatrième trimestre 2015, selon une première estimation de l’Office européen des statistiques, Eurostat.
Alors que les chiffres de la croissance au premier trimestre ont été fêtés en zone euro, ceux de l’économie américaine, qui ne sont pas calculés de la même façon, ont déçu.
De janvier à mars, le PIB américain a progressé de 0,5% de janvier à mars, en rythme annualisé et données corrigées des variations saisonnières, soit la plus faible expansion depuis l’hiver 2014.
« La zone euro défie les turbulences mondiales », peut-on lire dans la même dépêche d’Agences de presse.
Comparer les chiffres Américains avec le chiffres européens est au minimum une imbécilité, car les USA ont connu des circonstances très particulières avec la hausse brutale de leur devise, ce qui a constitué un vent contraire. En sens inverse, l’euro a bénéficié de sa propre dépréciation. Ce sont les deux faces de la même médaille, qui jouent en sens opposés.
Le facteur « pétrole » joue également de façon contrastée dans les deux ensembles. la chute des prix a bénéficié à plein au système européen, qui n’est pas producteur, tandis que le système américain a du faire face à la dégringolade de la production, des investissements, de l’emploi, de la solvabilité dans le secteur du fracking et les autres productions alternatives.
La hausse du pétrole initiée depuis Février, la baisse du dollar vont réduire les avantages comparatifs dont à bénfécié temporairement l’Europe. Ce sont des éléments qu’il faut mettre en avant dans l’analyse.
Ce chiffre de 0,6%, le double de celui atteint aux quatrième et troisième trimestres 2015, est bien meilleur que ce qu’attendaient les analystes, selon le consensus établi par le fournisseur d’informations financières Factset, qui tablaient sur une croissance de 0,4%. Cette amélioration a été soutenue par les dépenses des consommateurs lesquels ont bénéficié du rabais pétrolier et surtout de l’arrêt du réglage dit d’austérité.
Autre bonne nouvelle économique publiée vendredi pour les 19 pays de la monnaie unique: la baisse des chiffres du chômage en mars à 10,2%, contre 10,4% en février (chiffre révisé pour ce mois-là).Il s’agit du chiffre le plus faible enregistré dans la zone euro depuis août 2011.
Les prix à la consommation ont reculé en avril de 0,2%, après une inflation nulle en mars. Ce chiffre est bien moins bon que ce qu’attendaient les analystes – une inflation nulle – et il se situe très loin de l’objectif de la BCE d’un taux d’un peu moins de 2% dans l’Union monétaire, considéré comme signe de bonne santé de l’économie.
Voila pour les nouvelles.
L’Europe et la France ne récoltent pas les fruits des politiques menées, c’est l’inverse. Elles récoltent au contraire les conséquences positives de l’arrêt de ces politiques et cela est totalement différent! Pour s’en convaincre, il suffit de replacer les évolutions dans leur séquence historique.
Lors de la crise de la dette en Europe, les remèdes mis en place ont été les remèdes type FMI, c’est à dire l’austérité et les dévaluations internes. Ce sont les remèdes idiots que l’on applique aux petits pays dominés à partir d’analyses simplistes qui font considérer la gestion d’un pays comme une extension de l’économie ménagère: il ne faut pas vivre au dessus de ses moyens. C’est le credo des Allemand, celui qui correspond à leur mentalité , à leur type d’économie et surtout à leur position dominante: ils n’imaginent pas que tout le monde ne peut faire eux et que si ils sont en excédent, c’est parce que les autres sont en deficit. Le monde économique n’est pas un ménage, c’est un système. Un système complexe et paradoxal.
Les politiques mises en place en Europe à partir du déclenchement de la crise de la dette ont donc été des politiques de consolidation budgétaire, de consolidation fiscale. Elles ont été intellectuellement validées par les travaux-faux- de Rogoff et Reinhart qui soi disant démontraient la nocivité des dettes publiques dès lors que les ratios depassaient un certain niveau. Après s’être trompés pendant des décennies et n’avoir pas vu le danger de l’excès de dettes privées, les économistes se sont préciptés sur les prescriptions de Rogoff et Reinhart. Le seuil de 90% de dettes en regard du GDP devint sacré, sans réflexion, sans examen. Ce fut la course à la consolidation fiscale, avec des objectifs de réduction de déficits, de ratios de dettes qui n’étaient inspirés par aucune recherche sérieuse au dela du recours à l’évidence.
On se souvient de l’appel du 14 Février 2010 lancé par les 20 économistes les plus prestigieux dans le Sunday Times afin de fustiger le gouvernement Britannique qui ne réduisait pas assez vite les déficits! Les résultats n’ont pas été longs à se faire sentir; :les coupes dans les dépenses, les hausses de prélèvements fiscaux, la morosité envahissante se sont chargées de montrer l’absurdité des politiques de consolidation fiscale en période post-crise: au lieu de baisser les ratios de dettte ont monté!
En pérode de difficulté économique , ces politiques sont inadaptées, elles aggravent le mal au lieu de le soigner. Le gratin des économistes s’était trompé. Malgré la multiplication des coupes dans les dépenses, malgré la baisse des niveaux de vie, malgré la destruction des services publics et les ventes à prix bradés des patrimoins publics, les ratios poursuivent leur ascension, inexorablement.
Les plans de réduction de déficit ne sont jamais tenus. Les dommages aux économies et aux populations ont été colossaux , surtout si on songe au temps perdu; l’absence de croissance, lorsqu’on tient compte du facteur du « compounding », de la progression composée, a fait perdre une quantité de richesses considérable. Ces politiques ont été destructrices. Sur une base calculée par habitant, il n’y a eu aucune croissance, on est à peine au niveau de 2008. C’est un mal que l’on s’est infligé volontairement, par bêtise.
Il a fallu le discrédit jeté sur les travaux erronés de Rogoff et de Reinhart, puis la reconnaissance officielle de ses erreurs par Olivier Blanchard du FMI, pour que les esprits évoluent. Ainsi Blanchard a fini par reconnaitre qu’il s ‘était trompé et que les multiplicateurs fiscaux utilisés dans les modèles et les travaux qui ont inspiré ces politiques de rééquilbrage fiscal était faux, très différents de ceux qu’ils avaient estimé.
Le FMI d’abord a corrigé sa copie et admis que les multiplicateurs fiscaux était bien supérieurs à ceux qu’il avait retenu. L’OCDE a suivi plus tardivement et ce n’est que dans son papier de Février 2016 (Interim Economic Outlook) qu’elle a renversé totalement sa position! Ainsi s’est trouvée expliquée la faillite de ces politiques. Elles ont cependant continué de faire des ravages, pendant plusieurs années, bien que les preuves se soient accumulées de leur nocivité. Ce sont ces politique nuisibles, nocives, inadaptées qui ont été imposées aux populations et qui expliquent la misérable performance économique, la montée du chômage et toutes les séquelles en profondeur subies par nos pays.
Progressivement, surtout sans le dire car il ne faut pas avouer que l’on s’est trompé, le peuple pourrait s’en offusquer et tenir les élites pour responsable, on s’est orienté vers une politique radicalement différente!
L’austérité a été abandonnée, voila ce que l’on ne vous pas dit. Et c’est parce que l’austérité, c’est à dire les erreurs, ont été abandonnées que les économies se sont peu à peu redressées. Ce n’est nullement à cause de Draghi ou de Hollande ou de qui que ce soit, c’est parce ce que l’on a arrêté de faire des « conneries ». La morosité produite par l’austérité s’est estompée, la demande qui avait été comprimée et qui n’avait pu se manifester s’est redressée et on a eu une petite tendance à l’amélioration. Cette tendance ne doit rien au génie de Draghi ou aux gadgets de Hollande, c’ est une petite reprise de soulagement. En bref, cela va un peu mieux parce que l’on a cessé de nuire. On a cessé d’appuyer sur le frein et de prétendre en même temps que l’on voulait accélérer. Si vous arrêter d’appuyer sur le frein le véhicule roule plus vite!
Le cynisme de ceux qui sont responsables des erreurs , de ceux qui les ont écouté, est sans borne puisque maintenant, pour le seul fait qu’ils ont cessé de faire du tort, ils se vantent! Maintenant qu’ils cessent d’appuyer sur le frein, ils s’attribuent les mérites de la petite, toute petite vitesse ainsi retrouvée.
L’austérité étant abandonnée, on a le culot de prôner des politiques radicalement différentes qui lui tournent le dos. C’est la tendance actuelle de nos moutons. Elle a été exposée lors de débats qui ont précédé la réunion de Shanghai. Elle s’articule de la façon suivante:
-hausse des dépenses publiques d’investissement
-hausse des dépenses d’infrastrutures suceptibles d’améliorer la productivité du secteur privé
-réformes structurelles dans le secteur privé pour le mettre mieux à même de profiter de la demande extérieure et des progrès publics
-la frugalité est dommageable
-il faut que les gouvernements profitent du fait que les taux sont encore très bas pour s’endetter
-il faut laisser les ratios de dettes s’améliorer d’eux même dans le moyen terme
Tout ceci exposé sans le moindre mea culpa dans The Economist du 20 Février 2016, journal de cette élite cynique:
« Borrowing has never been cheaper. Yields on more than $7 trillion of government bonds worldwide are now negative. Bond markets and ratings agencies will look more kindly on the increase in public debt if there are fresh and productive assets on the other side of the balance-sheet. Above all, such assets should involve infrastructure. The case for locking in long-term funding to finance a multi-year programme to rebuild and improve tatty public roads and buildings has never been more powerful ».
Dans la première phase, celle de leurs délires absurdes, les élites ont perdu leur pari, elles ont échoué.
Une période de transition s ‘est ouverte et une amélioration automatique, naturelle se dessine qui a pour seule origine l’arrêt des imbécilités.
Mais une autre période est en gestation, elle est moins stupide, elle est presque cohérente théoriquement. Hélas elle s’inscrit dans le prolongement des erreurs précedentes et à ce titre, elle ne peut réussir au dela d’une amélioration passagère.
Note: pourquoi la croissance est elle faible?
_parce que l’investissement est faible, atone il ne repart pas
-parce que les capitaux préfèrent se placer sur les marchés financiers ou faire des buy backs, le profit est plus rapide, moins risqué
-parce que le taux de profit n’est pas assez attrayant compte tenu du facteur risque
-parce que la faiblesse du taux de profit conduit les entreprises à peser sur les salaires et les revenus qui solvabilisent la demande
-parce que les profits qui reviennent aux ploutocrates et ultra riches sont considérables et qu’ils représentent une ponction sur les bénéfices du système productif; les ploutocrates et ultra-riches détiennent le capital fictif, le capital de poids mort qui siphonnent les profits du système productif. Les fonctionnaires, l’Administration de haut niveau et l’étaT sont en fait détenteur d’un « capital » qui leur donne le droit de prélever sans rien produire, ils sont les associés et les complices des ultra-riches.
https://www.bis.org/publ/qtrpdf/r_qt1503g.htm
Effondrement de l’investissement malgré des taux d’intérêt très bas et le crédit facile.
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Les Capex ne sont jamais reparties
