Emmanuel Macron, a lancé samedi sa « Grande Marche », une vaste opération de recueil des doléances des Français dont il veut faire le socle d’un « plan d’action » pour « changer en profondeur » la France.
En marche vers quoi et pour quoi, Macron ne le dit pas encore, mais on peut supposer naivement que si il lance un mouvement politique, c’est … pour faire de la politique. Et singulièrement, compte tenu des échéances qui se profilent, c’est pour faire de la politique au plus haut niveau.
Macron a franchi un pas de plus en constituant début avril un mouvement politique baptisé « En Marche », qui revendique aujourd’hui quelque 50.000 adhérents. La plupart des adhérents viennent « d’organisations modernistes socialistes existantes »qui souhaitent que le socialisme si on peut encore l’appeler ainsi, prenne ses distances avec ses traditions et ses alliances à gauche. C’est une forme de socialisme qui va jusqu’au bout de la rupture alors que Hollande continue de jouer l’ambiguité et de faire le grand écart.
L’ex-banquier de 38 ans, qui n’a jamais été élu, laisse planer le doute sur ses intentions en refusant de dire s’il sera ou non candidat à l’élection présidentielle du printemps 2017. Il est clair que nous sommes dans les finasseries tactiques. Il y a du Raymond Barre dans le positionnement de Macron à la fois hors des partis, pour ses compétences économiques, mais aussi pour son ouverture sur l’étranger. En plus de Barre il a une certaine gentillesse qui doit plaire aux femmes.
La démarche directe, quasi en porte à porte se comprend puisqu’il ne peut compter sur aucun appareil. Sa position et sa popularité lui ouvrent les antennes et les médias d’obédience patronale et singulièrement ceux qui ont le tropisme anglo-saxon. Les Echos devraient le chouchouter. Le défi est intéressant car ce serait, si cela fonctionnait, la première fois que quelqu’un mis en avant par des réseaux non politiques et des sociétés de réflexion se frotterait à la légitimité éléctorale. Rocard avait une situation semblable et s’était lancé un peu dans une entreprise comparable, mais le Macronisme n’est pas le Rocardisme. La popularité de Rocard, qui flottait dans les cieux des sondages, s’est effondrée sous l’épreuve de dure réalité du combat politicien. Une véritable baudruche. Macron a un avantage sur Rocard, il s’exprime clairement, pas besoin de décodeur pour comprendre ce qu’il dit; il ne pratique pas le verbiage diafoirique de la deuxième gauche. Pourras-t-il compter sur la CFDT comme l’a fait Rocard?
Chemise blanche et col ouvert, entouré de quelques partisans, il s’est adressé, dans une vidéo diffusée sur la page Facebook de son mouvement aux 14.000 adhérents volontaires pour faire du porte-à-porte dans toute la France pendant deux mois.
« Aujourd’hui sur le terrain, vous serez d’ores et déjà 2.000 à vous déployer », a-t-il précisé. « Cette mobilisation, c’est le premier temps essentiel de la construction de notre mouvement. »
L’objet de cette « Grande Marche » est « d’aller à la rencontre des Français » et de « redonner une voix à ceux qui n’en n’ont pas » pour dresser un diagnostic du pays, a expliqué le ministre.
Il s’agit en fait moins de donner une voix à ceux qui n’en ont pas que de porter en direct la voix des intellectuels et des penseurs de la modernité qui en ont fait leur porte -parole. Comment Macron, si il est honnête réussirat-il à se sortir des contradictions des Français qu’il dit vouloir écouter? ? Ils veulent tout et son contraire. C’est une des raisons pour laquelle la France est ingouvernable. Pour dépasser tout cela il faudrait quelqu’un qui soit charismatique, quelqu’un qui ait une vision, or la modernité qui est le drapeau de Macron , a déjà bien servi depuis Giscard, c’est un credo bien ressassé.
« On ne peut pas construire un projet sans comprendre où en est le pays et on ne peut pas comprendre où en est le pays à quelques-uns dans un bureau ou quelques-uns qui se ressemblent », a-t-il dit. « Allez vers celles et ceux qui ne vous ressemblent pas, vers celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec vous. »
Il a fixé à ses troupes un objectif: ramener 100.000 témoignages de Françaises et de Français d’ici fin juillet, auxquels s’ajouteront les contributions des 50.000 membres d' »En Marche », d’intellectuels et d’experts, d’artistes.
« A la fin de l’été, je ferai la synthèse », a poursuivi Emmanuel Macron. Cet « audit » sera « le socle sur lequel nous allons construire notre action (…) Ensuite, à partir du mois de septembre, nous construirons un plan d’action pour transformer le pays, pour le changer en profondeur. »
« RECONSTITUER L’INTÉRÊT GÉNÉRAL »
Il a au passage, comme il n’a pas d’appareil politique et pas de parti, brocardé les « partis classiques », incapables selon lui de relever les défis du moment et dont il entend se démarquer avec son mouvement.
Les adhérents, a-t-il insisté, viennent de gauche, de droite, du centre ou n’ont jamais eu d’engagement politique. Bref c’est le « parti des anges », ils sont tombés du ciel ce qui explique un peu le recours au langage messianique rapporté ci dessus.
Plus sérieusement, Macron le dit clairement, il est l’homme de la recomposition : il veut prendre appui sur des « vierges non déflorées par la politique » qui viennent de gauche, de droite , du centre. Mais il se garde bien tracer les lignes de recomposition! Comment et autour de quoi cimentera-t-on l’alliance de ces gens. On pressent que c’est une fois de plus « le changement ». Mais le « vrai » changement, pas celui, timide, timoré de Hollande , non ce sera la changement en profondeur, pas en surface. Pas le changement cosmétique.
Alors que toutes les élections se jouent sur le thème du pseudo changement mais de la réelle frilosité et de la peur de l’avenir, Macron réussira t-il à inverser la tradition? Les Francais veulent entendre la musique du changement, l’air du chagement mais pas les paroles, pour etre élu il faut au contraire les rassurer. Un peu comme l’a fait Mitterand avec le petit village ringard quasi facho de ses affiches. Les Français aiment entendre parler du changement, mais ils préferent la ringarde mère Denis . Jouer la carte du Patronat qui se dit progressiste a toujours été une tentation en France, mais elle a rarement donné des résultats.
« Je pense qu’autour d’un projet (…) pour le pays, on peut se regrouper et on peut construire, en quelque sorte, le camp du progrès », a expliqué le ministre de l’Economie.
Il a énuméré quatre grands défis à relever: celui du travail, avec les problèmes de formation, de rémunération et de régulation; les inégalités qu’il faut corriger « sans empêcher certains de réussir » tout en traquant « les rentes là où elles créent des injustices profondes »; le « rapport à l’ordre » et à l' »identité »; et « retrouver le rêve européen ».
Le programme donc de Macron, c’est la quadrature du cercle, la coexistence de l’eau et du feu, bref tout et son contraire réunis dasn une dialectique statique. C’est le grand écart! A moins que ce ne soit la tautologie: il veut changer tout ce qui ne va pas et garder tout ce qui est bon, Macron serait en quelque sorte pour tout ce qui est bien et contre tout ce qui est mal. C’est le principe du recours à l’évidence dont on use en Com politique.
« On ne construira pas un plan d’action sur le clientélisme, sur le fait de vouloir satisfaire untel ou untel », a-t-il promis. « On doit essayer de reconstituer l’intérêt général. »
Emmanuel Macron a déclaré récemment aux Echos que 2.000 donateurs avaient déjà versé des contributions financières (limitées à 7.500 euros par la loi) à « En Marche ».
« Il ne faut cependant pas être naïf: changer la politique pour transformer notre société nécessite d’être organisé. Et cela coûte de l’argent », ajoute-t-il dans cet appel aux dons.
Dans une interview publiée samedi par Le Parisien, le Premier ministre, Manuel Valls, déclare à propos de la démarche de son ministre de l’Economie: « C’est bien de faire du porte-à-porte (…) mais dans les heures où on n’est pas ministre. ».
Voila qui est clair, Macron n’a plus sa place dans le Gouvernement. Si Hollande le maintenait, ce serait une erreur tactique énorme puisqu’il lui fournirait la tribune pour entretenir son image et une antenne pour ses petites phrases de prise de distance .