Après la coordination monétaire, une coordination budgétaire financée par les banques centrales?
Les chefs de gouvernement du G7, qui viennent de se réunir au Japon, sont toujours à la recherche d’une croissance «globale, durable et robuste». Il est vrai que la croissance nominale est faible partout dans le monde, malgré sa stabilisation récente.
Après avoir partiellement coordonné leurs politiques de change pour éviter une guerre des monnaies dévastatrice, les membres du G7 déclarent qu’ils sont susceptibles de s’attaquer à la relance budgétaire.
Les conclusions du G20 qui s’était tenu à Shanghai le 27 février dernier avaient déçu. Mais les ministres des finances avaient précisé qu’ils ne se lanceraient pas dans une guerre des changes. Le deuxième volet de cette reprise en main de la situation économique mondiale par les chefs d’Etats et de gouvernements pourrait être la déclaration explicite des dirigeants du G7 d’«utiliser tous les outils de politique économique – monétaire, budgétaire et structurelle – individuellement et collectivement».
Bien sûr, comme nous l’avons montré lors de notre dernier billet, certains pays comme les Etats membres de la zone euro, la Chine et les Etats-Unis ont déjà renoué avec une augmentation des dépenses publiques. Mais la déclaration du G7 confirme la dimension mondiale de la réorientation de la conduite des politiques économiques. Or une telle évolution n’est pas intégrée dans les prévisions de croissance des principales institutions internationales ni dans les perspectives de profit.
Toutefois la coordination budgétaire aura d’autant plus d’impact sur les prix des actifs que les gouvernements donneront des indications quant à son financement. En effet, l’accroissement des dettes publiques et privées rend incertain l’impact d’un plan de relance concerté. La dette totale atteint 380% du PIB au Japon, 256% en zone euro, 250% en Chine, 244% aux Etats-Unis et 235% en Corée.
Dans ce contexte, l’helicopter money apparait comme un nouveau graal après les politiques monétaires non conventionnelles. Il faut dire qu’il est paré de tous les atours puisqu’il permet d’augmenter la consommation, sans avoir à mécontenter les épargnants allemands, tout en n’accroissant pas les dettes publiques. Comment parvient-on à ce miracle? En demandant aux banques centrales de créer et de financer un fonds qui permettrait de baisser les impôts, d’accroître les dépenses ou encore de relancer les investissements en infrastructures. Qui paye? Personne!
S’il est probable que les banques centrales soient hésitantes à soutenir directement les ménages et les entreprises, les gouvernements vont essayer de les pousser dans cette direction. Deux effets contraires joueraient alors sur les rendements obligataires souverains. Un mouvement baissier lié au ralentissement de la productivité. Une faible croissance de la productivité limite les revenus anticipés. Les ménages augmentent alors leur épargne pour garantir leur consommation future, ce qui pèse sur les taux d’intérêt. Parallèlement, le relèvement des anticipations d’inflation lié aux perspectives d’accroissement de la demande pousserait à la hausse les rendements souverains comme l’incertitude que pourrait générer une politique d’helicopter money qui ferait remonter la prime de terme. Ainsi, l’effet positif d’une coordination budgétaire sur les perspectives de croissance nominale et donc sur les marchés d’actions pourrait être limité par la remontée des rendements souverains résultant de l’incertitude générée par le financement d’une telle relance. Le contexte est très différent de celui de 2009. L’helicopter money n’est qu’un nouveau moyen d’essayer d’échapper à des politiques structurelles qui déstabiliserait un peu plus les économies.
* Edmond de Rothschild
