Entretien avec le nouveau président de la Chambre de commerce et d’industrie France-Suisse, Alain Barbey.
Jeudi soir et vendredi prochains se tiendra à l’Hôtel Majestic de Montreux les deuxièmes Rencontres pour l’investissement français au service des PME suisses. Une plateforme destinée principalement à favoriser les contacts et les échanges entre des fonds d’investissement français et des entreprises suisses familiales en phase de transmission et/ou d’augmentation de capital. Organisée par la Chambre de commerce et d’industrie France Suisse (CCIFS), cette manifestation fait partie du programme annuel impressionnant de cette institution présidée jusqu’au début de l’année par Jean-Noël Rey. La disparition tragique à Ouagadougou de l’ancien directeur de La Poste suisse et ancien conseiller national, le 15 janvier, a conduit le membre du conseil Alain Barbey à la présidence. Fribourgeois d’origine, ayant grandi et étudié à Lausanne, aujourd’hui Valaisan d’adoption, Alain Barbey a été CEO du TGV Lyria à Paris avant de prendre la direction du trafic régional Suisse romande des CFF il y a un an environ. Il fait le point sur la CCI France-Suisse après six mois de présidence.
Qu’est-ce que votre période à la tête de Lyria à Paris, les lignes de TGV à destination de la Suisse, vous a appris sur les relations économiques franco-suisses?
Historiquement, ces relations ont toujours été d’une grande intensité. On peut dire aujourd’hui encore qu’elles sont très saines. Elles ont certes évolué, mais la dynamique des échanges se maintient. Ces dernières années, le volume du trafic d’affaires dans les TGV est resté stable, voire en croissance. Côté suisse alémanique par exemple. Alors que la part des loisirs a faibli, mais pour des raisons indépendantes de l’attractivité ou des liens entre les deux pays. Il s’agit de la cherté du franc pour les uns, et du climat sécuritaire pour les autres.
C’est pendant cette période que vous êtes entré au conseil de la Chambre de commerce et de d’industrie France-Suisse. Qu’avez-vous découvert, à part des gens très sympathiques?
En premier lieu une communauté de chefs d’entreprises soudés et volontaristes. La CCI France Suisse est une association très dynamique, bien gérée, avec une stratégie et des projets structurés. L’équipe de 14 collaborateurs s’investit énormément pour soutenir ses membres et remplir la mission première de la chambre: animer la communauté d’affaires franco-suisse et faciliter l’accès aux marchés français et suisse aux entreprises de part et d’autre de la frontière.
Qui sont les membres de la CCIFS? Et qui la finance?
La CCI France Suisse est une association de droit suisse entièrement autofinancée. Elle compte plus de 550 entreprises membres qui sont principalement les implantations françaises en Suisse et les entreprises suisses qui entretiennent des relations d’affaires avec la France. Les membres sont de toute taille et de secteurs variés. En rejoignant notre réseau, ils contribuent à financer à hauteur de 25% nos ressources. Les services d’appui à l’entreprise (SAE) représentent quant à eux 75% de notre activité avec chaque année 700 à 800 dossiers d’entreprise traités. Les services SAE accompagnent l’entreprise dans toutes les étapes de son développement en Suisse ou en France: étude de marché, prospection commerciale avec programme de rendez-vous, appui à la croissance externe, représentation fiscale ou encore implantation de filiale. En début d’année, la CCIFS a lancé de nouveaux services à haute valeur ajoutée dans le domaine des appels d’offres, du financement d’entreprises et du e-commerce. Des avantages réservés aux membres ont par ailleurs été développés avec notamment la création de comités sectoriels et thématiques tels que le comité juristes & fiscalistes ou encore le comité aéronautique. Ces comités sont animés par les membres et traitent de sujets d’actualité.
Il s’agit quand même d’une institution très genevoise…
Détrompez-vous! La CCIFS est historiquement basée à Genève, mais elle a aujourd’hui une antenne commerciale à Zurich et une représentation à Lyon. Elle aura bientôt des locaux dans la région de Bâle, incontournable dans les échanges économiques entre la France et la Suisse. Chaque année, une trentaine de manifestations sont organisées dans des lieux différents pour permettre aux entreprises de s’informer, tisser des liens ou simplement partager un moment convivial.
Tous les domaines de l’économie sont vraiment ciblés dans vos manifestations?
Oui. Certains événements sont multisectoriels, d’autres s’adressent à des secteurs précis avec des thématiques spécifiques. Le Forum d’Affaires Franco-Suisse permet aux entreprises de tout secteur de se rencontrer sur une journée ponctuée d’ateliers, de rendez-vous B2B et de témoignages d’entreprises. Le Forum sur l’Implantation en Suisse, les rencontres franco-suisses de l’hôtellerie de luxe ou encore le stand de la Lake Geneva Region sur le MIPIM, apportent un focus bien précis.
Qu’attendre de la 2e Rencontre pour l’investissement français au service des PME suisses en fin semaine à Montreux?
Il s’agit d’une plateforme destinée aux entreprises suisses concernées par des problématiques de succession ou d’augmentation de capital. Cette manifestation a pour objectif de les informer principalement sur l’évolution de l’actionnariat d’une société familiale et sur l’entrée d’un actionnaire extérieur pour le financement de leur croissance. Des fonds d’investissement français et des entreprises ayant fait appel à des financements externes témoigneront lors des tables-rondes. Nos experts juridiques, fiscaux et bancaires interviendront dans le cadre d’ateliers pratiques qui se tiendront tout au long de la journée du 3 juin. A noter que participants et intervenants pourront déjà initier de premiers contacts dans un cadre informel et convivial lors de la soirée d’accueil du 2 juin qui se tiendra au nouveau Chaplin’s World.
Vous pensez qu’il y aura un jour une liaison ferroviaire directe et rapide entre Genève et Lyon?
Il existe aujourd’hui un TGV quotidien qui circule en direction de Lyon avec un seul arrêt à Bellegarde en 1h44, les autres liaisons directes (chaque deux heures) sont assurées par les TER AURA en 1h52. Même si on ne peut jamais jurer de rien, je ne pense pas que cette offre évoluera beaucoup, la gain de temps est minime et le potentiel de la clientèle ne justifie pour l’heure pas un renforcement des horaires.
Il y a en Suisse des clichés sur la France, l’économie française en particulier, qui vous ont apparu totalement faux?
Oui plusieurs, mais particulièrement sur la perception que l’on pourrait avoir de la relation du Français face au travail. Malheureusement les images des manifestations syndicales en France de ces dernières semaines projettent une image très négative, mais dans les faits il ne s’agit que d’une petite minorité, souvent privilégiée et pour une grande partie pas concernée par les réformes. Dans la grande majorité les Français sont très travailleurs, extrêmement bien formés et très bien armés pour affronter les défis de la vie professionnelle. Je pense particulièrement aux jeunes générations. Chez Lyria, j’ai toujours été impressionné par leur volonté et engagement, largement au-delà du stéréotype des 35h.
Vous avez l’impression que la perception de la Suisse en France a évolué ces dernières années?
Non pas vraiment, malgré les nombreuses affaires qui ont entaché l’image de la Suisse, la perception de cette dernière est restée très bonne. Beaucoup connaissent notre pays, savent faire la part des choses, et apprécient la rigueur et la stabilité qui y règnent. On respecte beaucoup cette sérénité, nos institutions et cette image de qualité que beaucoup de Français nous envient. Je crois que c’est souvent en Suisse que l’on est le plus critique vis-à-vis de nous et de l’image que l’on croit projeter à l’étranger.
Il y a des synergies entre votre fonction aux CFF et la CCIFS?
Oui. Dans ma fonction aux CFF je travaille en étroite collaboration avec la France sur de nombreux projets transfrontaliers. Je pense bien sûr au futur Léman Express, société qui exploitera à l’horizon fin 2019 le réseau du CEVA, mais aussi aux lignes de Vaud et Neuchâtel vers le Jura. Les CFF sont donc un acteur de mobilité très important pour faciliter les échanges transfrontaliers entre la France et la Suisse. En ce qui me concerne je pense que d’avoir vécu et travaillé plusieurs fois des deux côtés de la frontière, de pratiquer ce relationnel et ces échanges au quotidien me permettent de bien comprendre les attentes et craintes des entreprises travaillant dans ce périmètre international et me donnent une meilleure crédibilité à en parler.
