La Chasse au Macron est ouverte

Les révélations sur le patrimoine d’Emmanuel Macron, assujetti à l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), tombent au « bon moment », juste quand il se préparait à porter la concurrence à Hollande. Bien entendu , elles fragilisent le ministre de l’Economie du gouvernement socialiste, et c’est le but des manoeuvres.

Macron  est le plus profondément réformateur , il est intelligent, cohérent  et en plus courageux. Il est mainteant marqué d’un double sceau d’infamie:  d’abord pour faire partie de la classe sociale qui paie l’ISF ; ensuite pour avoir cherché à y échapper. En plus il est taxé de mépris de classe après plusieurs épisodes polémiques.

Les révélations fiscales s’ajoutent aux remous nés de la phrase lancée vendredi par le ministre dans une rue de Lunel à un jeune homme qui l’interpellait. « Vous n’allez pas me faire pleurer avec votre T-shirt. La meilleure manière de se payer un costard, c’est de travailler », a dit Emmanuel Macron.

Dans un pays misérable et misérabiliste, ces casseroles font tintamarre. Le parler vrai et rude également, la tradition est de flatter le peuple, Raymond Barre qui s’y est refusé en a été pénalisé.

Elles ravivent la question de son maintien dans le gouvernemlent  de Manuel Valls, lequel a déja montré un bout d’oreille peu sympathique. Sa singularité, son positionnement économico-politique et ses transgressions dérangent.

En fait tout cela va bien au dela des erreurs, des fautes , des maladresses, tout cela est historique et fondamental. Il y a une tendance sociale-démocrate qui se veut moderniste, rallliée au globalisme, au financiarisme, au Blairisme pourrait-on dire et il y a une tendance sociale-démocrate passéiste, qui veut encore jouer un peu à la lutte des classes, qui veut encore de temps à autre se donner l’illusion qu’elle parle au nom du peuple et qui à ce titre est empétrée dans ses contradictions.

Visiblement Macron a pris conscience de tout cela , il a dépassé le Bad Godesberg , il est dans la nouvelle sociale-démocratie, tournée vers le Grand Large, l’étranger.

Hollande a encore les fesses entre deux chaises.  Son entrée en campagne ces dernières semaines, était  marquée du sceau du socialisme ancien. Il louvoie, il finasse,   c’est visible, mais il a un fil à la patte, une filiation, un  héritage. Un  boulet assez lourd à trainer. Et une partie du boulet, … c’est lui même. Il n’est pas maitre de ses mouvements et de ses choix, c’est plus par obligation d’obéir à Bruxelles et aux Allemands qu’il s’est engagé dans les réformes.

Mais là n’est pas le plus important, en lui même, culturellement il est archaique.  C’est l’homme d’une époque révolue. Et on peut dire franchouillarde. Nous sommes sur qu’en privé, Macron le trouve ringard. Hollande a été obligé de sortir de la Synthèse, du socialisme de préau d’école et de la culture SFIO/Radicale de gauche avec ses idioties sur la laicité par exemple. Mais il n’ a fait qu’une incursion, il n’est pas sorti vraiment.  Son adoption de la modernité est artificielle, il connait à peine l’air, il ignore les paroles. Sa façon de penser, d’aborder les problèmes date, elle est inadaptée au monde actuel. Tout en étant spécialiste de la petite synthèse, il n’a pas de capacité de Grande Synthèse, celle qui s’appuie sur une expérience e et une vision mondiales.

Les « fuites » sur des informations couvertes par le secret fiscal coïncident avec le récent lancement de sa « Grande marche ».  La  collecte d’idées pour 2017, ne trompe personne, et elle est vue  d’un mauvais oeil par une partie de la gauche, par les ministres « hollandais » en tête. Ils   y voient les prémisses d’une candidature présidentielle.

En affirmant qu’il n’est « dupe de rien » après la publication d’articles sur son assujettissement à l’ISF, Emmanuel Macron dénonce  la déstabilisation.

« Ces derniers jours et ces dernières semaines, il y a un emballement sur à peu près tous les sujets pour essayer soit de me déstabiliser, soit de me fragiliser, soit penser sans doute salir l’action qui est la mienne », a-t-il déclaré lors d’un déplacement dans le Nord, souhaitant « bon courage » à ses détracteurs « parce que cela ne m’arrêtera pas. »

Nous supposons qu’il avait prévu tout cela et qu’il a une stratégie souple pour y faire face.

Nous sommes persuadé  que Macron a des soutiens, qu’il ne part pas sans biscuits, mais ces soutiens n’ont aucun intéret à se dévolier trop tôt. L’initiative de  Collomb qui s’ y est rallié immédiatement est sous cet aspect étonnante. Le patronat progressiste, celui du grand capital internationalisé, celui des assurances par exemple devrait lui ouvrir ses réseaux et ses colonnes, sinon son chéquier.

Ces joutes sont  observées avec ironie par la droite, en pleine préparation de sa primaire pour la présidentielle. Mais il est évident qu’elle aurait tort de se réjouir trop tot car si Macron survit, alors il bouleversera l’échiquier. Et tous ceux qui, passéistes ou de culture ancienne  se bousculent au centre verront leur espace se retrécir. Macron,  pour toute une frange au dessus des découpages, est une sorte de Strauss Kahn amélioré. Très amélioré.

« Tout ça est monté de toutes pièces pour lui nuire », disait mercredi l’ancien Premier ministre François Fillon sur RTL. « Je ne suis pas là pour le défendre (…) je dis simplement que tout ça sent terriblement les manoeuvres d’une majorité et d’un gouvernement qui sont à bout de souffle ».

Macron passe pour un chantre du  libéralisme de gauche, les choses sont à notre avis plus complexes. Jamais élu, 38% des Français estimaient fin avril dans un sondage Viavoice qu’il ferait « un bon président de la République ». Son acapital est un capital d’image et comme tel, il est un peu fragile, on l’ a vu dans le passé, les images ne suffisent pas, il faut des appareils.

Pour Frédéric Dabi, directeur adjoint d’Ifop France, Macron séduit une partie de l’électorat de droite. « Son patrimoine conséquent, son costume renvoient à un monde de privilégiés qui a du mal à comprendre les difficultés des gens qu’il entend justement défendre », dit-il. Nous ne sommes pas sur que l’objectif de Macron soit de défendre qui que ce soit!

Mercredi après le conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a émis le souhait qu’Emmanuel Macron « reste » au gouvernement, décrivant un « ministre important, qui a les qualités pour conduire cette politique économique qui aujourd’hui marque des résultats et des points. » Ce proche de François Hollande s’était montré plus cassant dimanche sur France 3 en affirmant: « C’est à lui que la question (du maintien au gouvernement) va se poser, c’est certain ». Revirement de position?

 

Le chef de l’Etat a recadré à plusieurs reprises son conseiller devenu ministre. « Il sait ce qu’il me doit », disait-il en avril sur France 2. « La solidarité gouvernementale » s’impose à lui, ajoutait-il un mois plus tard sur Europe 1.

C’est du baratin, à coté du sujet, nous ne sommes pas sur des questions de solidarité gouvernementale, nous sommes sur des questions de rivalité de candidature aux prochaines éléctions.

 

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