La Fed: Le constat d’impuissance

Le constat d’impuissance

Agefi suisse

VENDREDI, 17.06.2016
Editorial

Conrad Bertez

Les réactions à la conférence de presse du Federal Open Market Committee de mercredi à Washington (FOMC) ont surtout porté sur l’importance inattendue que la Fed accorde au référendum britannique de jeudi prochain. Comme si l’institution se mettait à s’intéresser à ce qui se passe dans le monde.

Pour le reste, tout le monde s’accorde une fois de plus sur le caractère toujours aussi confus et contradictoire de la situation. La présidente Janet Yellen a eu beau minimiser l’importance des 38.000 emplois crées en mai en disant que c’était exceptionnel, les économistes ont aussitôt relevé que le marché de l’emploi américain était en profonde dégradation depuis trois trimestres. Cette faiblesse de l’emploi, jointe aux révisions à la baisse de la croissance, rend les commentateurs de plus en plus sceptiques.

Si les économistes prédisant la fin du cycle des taux ont raison, il faut en conclure que la Fed est dans l’erreur depuis des mois. Elle a manqué sa chance de les relever en 2015. Elle serait alors dans une situation difficile.

La Réserve fédérale américaine semble aussi avoir perdu de vue son double mandat de contrôle de l’inflation et de l’emploi. Sa cible pour le renchérissement était de 2%. Or, l’inflation core est au-dessus depuis janvier. La hausse des taux aurait donc été justifiée. Du coté du non-emploi, la baisse a été continue depuis 2010. Il est passé de 10% à 5% (niveau généralement décrit comme celui  du plein emploi). La marge de progression est devenue faible et risquée.

La question de la régulation domestique est cruciale. Si elle est inadéquate ou en retard, c’est dans deux ans que les dégâts vont apparaître. Les gouverneurs de la Fed contestant les décisions actuelles remarquent sans cesse que les dispositions doivent être prises très longtemps à l’avance.

Ce qui est probable aussi, c’est que Janet Yellen sait tout cela. Elle s’inquiète surtout des marchés extérieurs et de la stabilité financière. Elle à sûrement à l’esprit les flash krash de 2015 que l’on a vu par exemple en Chine, et sait que les problèmes systémiques globaux sont toujours là. La hausse des taux toucherait les émergents et les marchés obligataires. Les flux de capitaux vers les Etats-Unis ne déstabiliseraient-ils pas les banques qui sont déjà en difficultés?

Laisser un commentaire