Brexit: quelles conséquences? Suivez les réactions des professeur·e·s à HEC Lausanne
Des professeur·e·s de la faculté des HEC à l’Université de Lausanne commentent un résultat qui marquera toute l’histoire de l’UE.
Quelles sont les répercussions économiques du Brexit?
[24.6–15h15] Réponse de Mathias Thoenig, professeur d’économie
« D’un point de vue économique, le choc du Brexit doit être relativisé. Même si le chiffrage exact peut varier à travers les études, les estimations du coût du Brexit basées sur des modèles quantitatifs montrent que l’impact de moyen terme restera modeste au niveau macroéconomique (en terme de PIB par tête). A la fois pour le Royaume-Uni et pour les pays européens. Au niveau microéconomique, l’impact sera hétérogène, certains secteurs de l’économie britannique, telle la finance, pouvant subir un fort choc adverse.
De mon point de vue, le principal coût du Brexit n’est pas économique mais géopolitique. En effet, les analyses statistiques basées sur les centaines d’accords commerciaux existant à travers le monde, confirment bien que la principale vertu de l’intégration économique est de consolider la paix entre pays. Car ces accords ouvrent des espaces de discussion, de négociations et de compromis entre pays membres. Cela a été le cas avec le Mercosur en Amérique du Sud. Avec l’EAC en Afrique de l’Est. Avec la construction européenne depuis 1945. A l’heure où le bruit de la guerre tonne aux portes de l’Europe (en Ukraine, en Syrie), le Brexit ouvre une ère nouvelle, incertaine et préoccupante.
D’un point de vue symbolique, le message envoyé par le Brexit est très fort, à l’heure où le divorce entre élites pro-européennes et populations est consommé. Parmi les pays fondateurs, la construction européenne s’est bien souvent appuyée sur un récit mobilisateur, la présentant comme une force inéluctable, allant dans le sens de l’histoire, et qui ne doit pas être contestée par les peuples sous peine de nous précipiter tous dans le gouffre. Le Brexit met à mal cette vision eschatologique. Or, dans des sociétés démocratiques, un tel changement des représentations peut avoir des répercussions politiques majeures. Les britanniques viennent de faire ce que personne n’osait. Qui seront les suivants? »
Comment les marchés financiers ont-ils réagi ce matin?
[24.6–11h00] Réponse de Michael Rockinger, professeur de finance
« Les marchés financiers ont commencé par réagir très nerveusement. Tandis que vers 6h du matin il suffisait de 1.06 CHF pour acheter 1 EUR, la pression s’est toutefois atténuée avec une cotation de 1.08 CHF vers 9h, vraisemblablement grâce à une intervention de la Banque nationale Suisse. La bourse de Hong Kong a tout d’abord chuté de 6%, avec des banques particulièrement chahutées. En clôture, soit à 10h en Suisse, la baisse n’était plus que de 2,92%. Un vent de panique a soufflé sur les marchés. Les heures que nous vivons sont cruciales pour comprendre tous les enjeux et les déclarations politiques méritent aujourd’hui une attention particulière.
Tandis que hier encore les dirigeants européens menaçaient le Royaume-Uni de représailles, aujourd’hui ils sont confrontés à un jeu stratégique : rester ferme pour décourager d’autres pays à quitter l’UE ou être arrangeant pour limiter les dégâts économiques que des représailles auraient pour les deux partenaires. La première réaction des marchés me laisse penser que des solutions pragmatiques vont être trouvées. »
Quelles seront les conséquences à long terme pour le continent européen?
[24.6–10h30] Réponse de Frédéric Robert-Nicoud, professeur d’économie politique
« Le grand succès de l’intégration européenne est de créer un climat de paix sur un continent composé de nations qui se sont confrontées durant des siècles. Je crains que ce qui s’est passé la nuit dernière ne soit que le début d’une suite de désengagements au sein de l’UE, conduisant finalement à des conflits toujours plus fréquents et toujours plus proches de nous.
Le débat qui semble s’ouvrir en Irlande du Nord – rester au sein du Royaume-Uni ou rejoindre la République au sud pour rester au sein de l’UE – risque de rouvrir les plaies de la guerre civile qui a abouti à la création de l’Eire en 1922, et de remettre en cause le « Good Friday Agreement » de 1988 qui mettait fin aux troubles insurrectionnels d’après-guerre. »
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