Editorial; la nouvelle ligne de partage de nos sociétés

La presse mondiale commence à ouvrir les yeux et à dépasser le simple stade de l’économisme et de la finance. Elle prend du recul et explique que ce qui se passe constitue la remise en question de l’ordre mondial issu de la globalisation et des innovations tous azimuts des années 80.
C’est un bon début, même si il est encore limité dans  la compéhension et l’analyse. C’est en comprenant et en traçant les contours du superficiel que l’on a une chance d’arriver à l’essentiel, à l’essence des phénomènes, à la Nécessité.
Il faut partir de ce que l’on voit et non pas de l’Idée.  Et ce que l’on voit c’est: la dislocation, la fragmentation, le recul en arrière, la rebellion, la montée de l’intolérance et des tensions. En attendant le rejet et la haine.
La globalisation, le recours aux dettes, la création monétaire au profit des marchés et des ultra-riches, la crise de 2008, les pseudo-remèdes mis en place, l’échec de ces remèdes à produire des résultats pour Main Street, la multiplication des guerres et des conflits géopolitiques, et enfin la question migratoire, tout cela a traversé nos sociétés… conformément à nos analyses de 2008 renouvelées en 2010 puis 2012. .
La crise est une crise de limites, elle revèle les limites d’un système et de son développement inégal, déséquilibré. Une crise est une rupture dans la linéarité, dans la continuité extrapolable, c’est une cassure qui remet en question un modèle, un ordre, une manière de fonctionner. Une crise s’attaque aux invariants d’un système, ce qu’il ne faut pas confondre avec le mouvement des cycles qui lui ne touche que les paramètres,  les variables, les inputs.  Les cycles répètent, c’est l’Eternel Retour. Les crise disent que l’on ne peut pas répéter, que l’on ne peut reproduire. C’est un terrible message que les sociètés doivent écouter.. hélas, elles en sont incapbles.
La crise a commencé par celle des produits financiers pourris, puis celle des institutions qui les avaient produites, puis elle a remonté aux lois et réglements qui les  avaient  permis et .. on s’est arrêté là.
Au lieu de poursuivre et de remonter la filière organique qui a conduit à la crise on a voulu forcer le destin , relancer le crédit alors qu’il était déja excessif, faire boire l’âne qui n’avat plus soif, sauver les banques alors qu’elles étaient pourries, maintenir la fiction que les dettes étaient recouvrables et dans cette voie, on a tout, déséquilibré à l’extrême sans espoir de retour en arriere.
On a pris les décisions les plus imbéciles et stupides, comme celles d’imposer l’austérité aux travailleurs et celle d’éroder leur protection sociale! On a supprimé la rémunération de l’épargne sans  songer que le système manquait déjà de revenus pour tourner et de capital pour assurer son équilibre.On a aggravé la crise de surproduction, on a inflaté le capital parasitaire alors que le profit est déjà très insuffisant pour  mettre en  valeur le vrai capital productif, , on a cessé d’investir dans  la production , on a préféré le Monopoly, on a donné la priorité au capital fictif, de poids mort, les créances, flatté les usuriers.
Nous avons prévu que dans cette voie, il n’y avait pas de retour en arière et que in fine tout aboutirait à la question fondamentale qui est celle de toute crise: qui va payer?
Nous avons affirmé que l’inéluctable allait se produire et que la réduction du butin de la croissance allait attiser les tensions sur le partage à la fois à l’intérieur des pays et donc disloquer l’ordre social et surtout et encore pire, attiser les compétitions géopolitques  non coopératives.
Nous y sommes, ce n’est que le début car la  voie de la fuite en avant, celle choisie par les élites et leurs alliés est mainteant totalement irréversible, c’est « marche vers le précipice ou crève maintenant dans le chaos ». . Il suffit de voir la réaction des eurocrates  et des politiciens du noyau dur de l’Union Européenne, ils veulent accélerer l’intégration,  la précipiter, sans  consulter les peuples de peur qu’ils disent « non »!
Nous allons soit vers une période de troubles sociaux, soit vers un réaménagement politique. Le réaménagement est urgent, il faut que les institutions et les partis se réforment  afin de traduire, d’exprimer les voeux des populations, ils faut qu’ils soient les intermédiaires de la souveraineté et non pas les étouffoirs de cette souveraineté qui cherche à s’exprimer maladroitement un peu partout. Il faut débattre, ouvrir , canaliser, exprimer , transmettre,  quel plus beau projet que celui là qui est l’essence de la démocratie. Il faut cesser de prétendre que l’on sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui.
Si il y a réaménagement politique dans un sens  qui permette la prise en compte pacifique, honnête, non violente  des souhaits des populations, alors, il n’y aura pas de recours à la force et à la violence sociale; mais si les lignes politiques actuelles sont maintenues, si on continue de brouiller les lignes de partage, si on refuse le réaménagement et la recomposition alors, il faut s’attendre à des attitudes désespérées et à des affrontements , du type de ceux que l’on a connu en Grèce, de ceux que l’on connait périodiquement en France …
Le découpage droite/ gauche fondé sur un état du monde et une mise en ordre économique et sociale, est dépassé, la ligne de partage vient de nous être lancée au visage, énorme, tellement énorme qu’on n’en  tire pas les conclusions, c’est celle qui sépare les partisans  de la pousuite de l’ouverture mondiale, de l’intégration, de l’universel abstrait, de la disparition des démocraties locales , de l’autre camp, ceux qui souhaitent un développement autonome, ceux qui souhaitent fixer eux même leur destin, ceux qui ont envie de conserver leur identité, ceux qui donnent la priorité à « ce qui est « sur « ce qui n’est qu’imaginé » par les partisans de l’idéologie moderniste.
La ligne de partage est elle aussi nouvelle, ce n’est pas la ligne de partage capital/travail d’hier, non celle là existe toujours, mais elle est brouillée, la ligne departage de notre temps, elle passe entre ceux qui bénficient de la nouvelle idéologie mondialiste et ceux qui en sont les victimes, les laissés pour compte.
Si on accepte de reconnaitre la nouvelle ligne de partage, alors, on s’établit dans un nouveau champ de dialogue, on s’installe dans  un autre espace politique, celui de l’arbitrage  entre les deux visions et la formation d’un optimum acceptable par tous.

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