Face aux « menaces grandissantes sur l’économie mondiale » le Fonds monétaire international (FMI) a appelé samedi certains pays du G20 à muscler leurs dépenses publiques pour soutenir la croissance, une position appuyée par Paris et Washington, en opposition à l’Allemagne.
Nous y sommes, cela fait plusieurs mois que nous avons annoncé le virage, le FMI a sauté le pas, il prône à nouveau l’augmentation des dépenses publiques et le retour aux déficits keynésiens.
Ne nous y trompez pas, il n’attendait que cela depuis le mois d’avril ou ses économistes avaient montré le bout de leur nez en pataugeant lamentablement sur les perspectives médiocres et les remèdes à y apporter.
Le Brexit et le terrorrisme ne sont que des prétextes, ce qui est la cause du nouveau tour de manège keynesien, c’est tout simplement l’échec du round précédent, le tour purement monétaire. On a touché les limites du monétaire, les banques sont laminées, leur rentabilité est détruite, par les taux bas et négatifs, il faut aller plus loin pour éviter la chuted ela bicyclette globale, et donc on revient au fiscal.
Il y a quelques jours, après les records enregistrés sur les fonds d’étar lors du vote Brexit, nous avons pris le risque de diagnosrtiquer une formation de « top » sur les dettes souveraines et conseillé de commencer un programme de vente échelonné. Nous avons diagnostiqué une bulle colossale, la mère de toutes les bulles sur cette classe d ‘actifs et ce qui s’annonce va dans notre sens et renforce notre conviction. Les obligations sont devenues plus risquées que les actions, même si en pratique tout est risqué. Il n’y a pas de diversification possible car tous les actifs ont le même sous jacent, à savoir la politique monétaire et si on s’achemine vers l’action fiscale alors le sous-jacent monetaire doit devenir moins porteur.
Alors que débute à Chengdu (sud-ouest de la Chine) une réunion de deux jours des ministres des Finances du G20, l’institution de Washington a diffusé samedi un rapport dépeignant un tableau alarmant de l’économie mondiale. « La croissance demeure faible, les risques à la baisse sont devenus plus proéminents », indique le FMI, après avoir abaissé mardi ses prévisions de croissance mondiale pour 2016 et 2017, à 3,1% et 3,4% respectivement.
La progression du PIB du globe pourrait même « ralentir encore plus drastiquement si la montée actuelle des incertitudes politiques et économiques persiste, à la suite du +Brexit+ », souligne le rapport. Dans ce contexte, les politiques monétaires ultra-accommodantes trouvent leurs limites, et « les marges de manoeuvres budgétaires quand elles existent doivent être utilisées », a plaidé le FMI, notamment pour « compenser les coûts de réformes structurelles », celles-ci restant plus que jamais « nécessaires » (marché du travail, fiscalité…). On notera la contorsion risible qui consiste à reconnaitre que les fameuses réformes structurelles sont une imbécilité de plus, en terme d’activité économique car dans le court terme, « elles ont un coût »; il est mainteant évident qu’elles pèsent et sont … déflationnistes. On ne l’avait pas vu, pas dit, mais mainteant on s’en rend compte et on suggère qu’il faut que cela soit compené par une hausse des dépenses publiques. Le FMI et sa bande de joyeux kénéysiens ont lutté contre les déficits, proné l’austérite, fait la propagande des réformes et maintenant ils font machine arrière et reconnaissent disctrètement que tout cela était contreproductif, ils reviennent au classique: les dépenses gouvernementales! L’Australie, la Canada, les Etats-Unis et l’Allemagne sont nominalement enjoints par le Fonds à « orienter les dépenses publiques vers les investissements dans les infrastructures ».
Plus encore, « des réformes qui facilitent l’accroissement des investissement d’infrastructures aideront à gonfler les capacités productives, doperont directement la demande à court terme et catalyseront les investissements privés », fait valoir le FMI.
Le secrétaire au Trésor américain, Jacob Lew, était samedi sur la même longueur d’ondes.
« On en arrive à un point où il est essentiel pour nous tous de redoubler nos efforts et d’utiliser tous les outils à notre disposition pour muscler notre croissance commune », a-t-il déclaré à des journalistes à Chengdu. « Ce sont des recettes familières, mais qu’il vaut le coup de réitérer, qu’il s’agisse des outils structurels ou budgétaires », a-t-il insisté.
Berlin, en effet, campe sur ses principes des uniques « réformes structurelles », après avoir dénoncé lors d’un précédent G20-Finances des relances budgétaires « inefficaces » et des politiques monétaires « contreproductives ».
EN PRIME MIchel Husson
Si c’est le FMI qui le dit Michel Husson,
Le progrès socialǡ18 juin 2016 Les certitudes du FMI sont en train de vaciller. En témoigne un article publié dans son magazine Finance Ƭ DevelopmentǤ Sous le titre ǼNéo-libéralismeǣ survenduǫǽ (Neoliberalism: oversold?), trois de ses économistesesquissent une sorte de mea culpa.
Cet article synthétise plusieurs études des mêmes auteurs (Jonathan Ostry, Prakash Loungani et Davide Furceri) qui les ont plongés dans un doute profond. Ces experts officiels mettent en cause deux principes néolibéraux essentiels: la liberté de circulation des capitaux et l’austérité budgétaire.
Pour les économistes du FMI, la liberté de circulation des capitaux financiers sont « un facteur de risque permanent ». Ils ont repéré 150 épisodes de forte hausse des flux entrants de capitaux dans plus de 50 économies émergentes qui ont conduit, dans 20%des cas,une crise financière qui, souvent, débouche sur un recul de la production .
Ils en viennent à considérer que le contrôle des capitaux peut être une »option viable « .
Contre l’austérité budgétaire Les mêmes auteurs remettent en cause l’idée que l’austérité pourrait être favorable a la croissance. Ils visent nommément Jean-Claude Trichet quand il présidait la Banque centrale européenne, mais ils auraient aussi pu citer la fameus rigueur/croissance) de Christiane Lagarde, leur actuelle présidente.
Ils constatent que Les épisodes de consolidation [austérité] budgétaire ont été suivis en pratique par un recul plutôt que par une hausse de la production. En moyenne, une consolidation du PIB condui à une hausse de 0,6 point du taux de chômage de long terme et, dans les cinq ans,à une hausse de 1,5 de l’indice de Gini qui mesure l’inégalité des revenus .
Pire, l’effet combiné de l’ouverture aux capitaux et de l’austérité budgétaire conduit un creusement des inégalités, susceptible de réduire la croissance, à l’encontre de l’objectif du programme néolibéral . Pour les trois économistes, il y a maintenant des preuves solides que l’inégalité peut significativement peser sur le niveau et la durabilité de la croissance .
Pas une révolution … Et ils enfoncent le clou Ces résultats suggèrent le besoin d’un point de vue plus nuancé sur ce que les mesures libérales peuvent être capables de réussir . En dépit de cette formulation nuancée, cette prise de position marque un tournant. Certes, c’est une évolution, pas une révolution , précise l’économiste en chef du FMI, Maurice Obstfeld. Mais le Financial Times ne s’y est pas trompé et violemment pris position contre ce mea culpa déplacé ». Il a raison de s’inquiéter car le fait même d’assumer le terme de néo-libéralismeǽest révélateur du changement.
Le FMI n’a évidemment pas renoncé son orientation générale et il existe un grand écart entre son service de recherche et la pratique de ses « Men in black »
En témoigne sa position dans le cas grec, qui consiste à prôner la restructuration d’une dette jugée insoutenable, mais sous la condition que soient mises en oeuvre des réformes structurelles qui seraient encore plus brutales que celles qui sont aujourd’hui imposées au peuple grec. Ces manifestations d’un désarroi croissant sont de plus en plus nombreuses au sein des institutions internationales.
Il serait dommage de ne pas rebondir sur ce scepticisme qui naît au sein même des bras armés du capitalisme pour montrer que leurs certitudes vacillent, et que résister aux politiques néo-libérales, c’est décidément faire oeuvre de salut public.
Michel Husson