CS et Deutsche Bank exclus du Stoxx Europe 50
Les titres des deux banques ont perdu 60% de leur valeur sur un an. Leur capitalisation trop faible pour rester dans l’indice.
Lundi, la compagnie d’indices financiers Stoxx a annoncé que Crédit Suisse et Deutsche Bank ne figureraient plus dans le Stoxx Europe 50 des plus grandes capitalisations européennes. La compagnie, détenue par la Deutsche Börse, remplacera les deux géants bancaires par le fabricant néerlandais de composants de semi-conducteurs ASML et la compagnie de construction française Vinci. Les deux banques sont exclues de l’indice sur la base de la règle de «Fast Exit» de Stoxx qui permet l’éviction de titres qui restent en 75eme place du classement des capitalisations ou plus pendant deux mois consécutifs. Pour la Deutsche Bank, c’est la première fois qu’elle n’est pas dans l’indice depuis 1998.
Le Stoxx Europe 50, est un indice pondéré par la capitalisation. Il a vu sa performance «plombée» par le secteur bancaire depuis un an déjà. L’indice du secteur bancaire européen de Stoxx, en chute depuis juillet 2015, a perdu plus de 43% de sa valeur depuis.
La mauvaise conjoncture est en cause. La politique de la BCE également. Les taux d’intérêt négatifs, en particulier, ont rogné les bénéfices sur les obligations, les spreads ont disparu.. Les banques européennes, dont la capitalisation n’est pas particulièrement forte, peinent à servir un dividende à leurs actionnaires. C’est d’autant plus pénalisant que les régulateurs n’ont de cesse de durcir les exigences en matière de capital.. Les banques ne peuvent ni augmenter leur capital dans des conditions satisfaisantes, ni rémunérer correctement les actionnaires, ce qui explique leur faible capitalisation boursière, laquelle est très inférieure à l’actif net.
Pour les deux banques, c’est alarmant. Les mauvaises nouvelles s’accumulent. En juillet, elles avaient été désignées comme deux des trois banques posant le plus grand risque systémique par le fonds monétaire international (FMI). Pour sa part, en plus, la Deutsche Bank avait aussi échoué aux stress tests américains. Maintenant, leurs titres seront d’autant plus défavorisés qu’ils seront liquidés par les fonds passifs répliquant le Stoxx. C’est la « double peine »; on chute parce que l’on a des problèmes de profitabilité, mais on est pénalisé en plus par la perte de standing, la réduction de liquidité des échanges, et la disparition d’investisseurs qui repliquent les indices. En somme, la difficulté à satisfaire le capital ou à l’augmenter est doublée.
Plus qu’un mauvais signe pour la Deutsche Bank et le Crédit Suisse, ce remplacement est un symbole de la situation désolante du secteur bancaire européen. Alors que les stress tests de vendredi de l’autorité bancaire européenne (EBA) annonçaient que la vaste majorité des banques européennes étaient assez capitalisées pour survivre à trois ans de récession, les marchés ont refusé de se réjouir de ces résultats. Au lieu de les saluer et de monter les cours, ils les ont à nouveau amputé de quelques pourcents! Il est vrai que pour arranger le tout, la Commerzbank allemande a fait état de mauvaises perspectives. La confiance semble s’évanouir de plus en plus vite.
Hier, les titres bancaires continuaient de chuter avec de forts volumes. En grande partie, cette baisse est une réaction à la méthode discutable de ces stress tests. Ils n’ont nullement tenu compte des taux d’intérêt négatifs, et les institutions les plus douteuses, les banques grecques et portugaises, ne figuraient pas dans le rapport rendu au public, alors que l’incertitude continue de planer sur leur stabilité. Les risques structurels qui planent sur le secteur bancaire européen semblent mal pris en compte par ce rapport alors que tout le monde sait qu’il avait pour but de rassurer les investisseurs.
