Baisse des taux d’intérêt de la banque d’Angleterre attendue ce jour

Contentieuse baisse des taux d’intérêt de la banque d’Angleterre attendue jeudi

MERCREDI, 03.08.2016
Agefi Suisse

Les mauvais indicateurs économiques suite au vote en faveur du Brexit suggèrent que le Royaume-Uni pourrait connaître une récession modeste dans les années à venir. Les marchés s’attendent à l’annonce d’une politique plus accommodante de la part de la Banque d’Angleterre, mais cela ne semble pas faire l’unanimité.

Conrad Bertez

Les marchés s’attendent à l’annonce d’une politique monétaire plus accommodante de la part de Mark Carney, mais cela ne semble pas faire l'unanimité.

Les marchés s’attendent à l’annonce d’une politique monétaire plus accommodante de la part de Mark Carney, mais cela ne semble pas faire l’unanimité.(Reuters)

C’est jeudi que se conclut la réunion mensuelle de la Banque d’Angleterre (BoE). Le consensus des marchés est que suite à la mauvaise performance des indicateurs économiques britanniques tels que le PMI, des politiques monétaires plus stimulantes seront annoncées à l’issue de la réunion du comité de politique monétaire. Une baisse de 25 points de base des taux d’intérêt de la Banque est attendue, mais moins de la moitié des économistes sondés par Bloomberg s’attendent à la mise en place d’un programme d’achat de dettes pour stimuler l’économie.

Ci dessous probabilité d’une baisse décidée par la BOE 

Le mois dernier, la Banque d’Angleterre avait surpris les observateurs en décidant de laisser sa politique monétaire inchangée sur le comportement des agents économiques. Elle attendait disait-elle de voir plus clairement les effets du referendum sur l’Union Européenne sur le comportement des agents économiques. Les effets du vote pour quitter l’Union sont maintenant bien plus évidents, en tout cas pour le court terme. L’indice des services PMI UK de Markit, capturant des variables clé du secteur telles que la production, les nouvelles commandes, les prix, et l’emploi, est paru mercredi à 47.4 pour le mois de juillet contre 52.3 en juin. C’est son niveau le plus bas depuis 2009, et la chute de 4.9 points mois-sur- mois est la plus forte jamais enregistrée.

Les services ne sont pas les seuls à souffrir: l’indice PMI manufacturier britannique de juillet a été révisé à la baisse en fin de semaine dernière, passant de 49.1 à 48.2. Le marché immobilier de son côté a fortement souffert. Le PMI de la construction est paru mardi à 45.9. Chaque résultat en dessous de 50 correspond à une détérioration, et les résultats que l’on constate en Grande Bretagne sont sévères.

L’impact à long terme de la séparation du Royaume-Uni ne sera connu que dans plusieurs années, mais ces chiffres sont tels que le scénario de récession dont prévenait la BoE avant le vote semble maintenant plausible.

Les économistes de Markit s’attendent maintenant à une récession en fin 2016 et à une très faible croissance de 0.2% en 2017. La Banque d’Angleterre avait annoncé récemment que la majorité des entreprises qu’elle avait sondé ne s’attendent pas à un impact de court terme sur leurs politiques d’investissement et d’embauche, mais l’éventail de mauvais indicateurs dont elle dispose maintenant risque fort de la rendre encline à agir avant que l’impact du Brexit devienne encore plus prononcé.

Il n’est pas garanti qu’elle réussisse à enrayer les dispositions négatives. Un régime de taux d’intérêt plus bas encourage normalement l’investissement du secteur privé, mais cela demande un certain niveau de stabilité. Et l’incertitude ne favorise pas l’investissement. Il n’est pas certain que les dirigeants britanniques veuillent immobiliser plus de capital au Royaume-Uni alors qu’ils doivent encore attendre pour connaitre les modalités du départ britannique dont les négociations n’ont même pas encore commencé.

L’impuissance potentielle de la Banque d’Angleterre face au Brexit n’est pas une théorie marginale. C’est la thèse que soutient la banque anglaise Barclays. C’est aussi celle de Gilles Moec, économiste de la Bank of America, qui suggérait dans un entretien avec le Financial Times qu’une politique monétaire accommodante pourrait n’avoir que peu d’effet à ce stade. Plus décourageant encore, l’ancien économiste de la BoE, Charles Goodhart, pense que la banque est à court de munitions, et ne peut plus stimuler l’économie. Pour lui, la banque d’Angleterre baissera ses taux d’intérêt; pas parce que cela serait efficace, mais afin de préserver sa crédibilité.

Que les tentatives de relance de la BoE puissent être inefficaces est une chose, et certains, dont les économistes de la Bank of America, pensent qu’il vaut toutefois la peine d’essayer. Mais il serait dangereux de penser que la tentative ne coute rien. HSBC, la banque domiciliée à Londres dont les bénéfices trimestriels étaient annoncés en baisse de 45% mercredi, a prévenu que si les taux baissaient de 0.25%, elle perdrait 100 millions de dollars, et que si les taux devenaient négatifs, elle en ferait passer les couts aux banques et aux institutions non-financières avec qui elle fait affaire. Il est difficile de penser qu’ils seraient les seuls à le faire.

Les fonds de pension britanniques, eux-aussi, ont demandé à la Banque d’Angleterre d’être prudente dans sa politique monétaire. Suite au référendum, les investisseurs à la recherche de sécurité ont fait chuter le rendement des obligations à 10 ans britannique de 0.75%. Les fonds de pension doivent maintenir leurs paiements sur de très longues périodes, alors que le rendement des obligations qu’ils détiennent chute et que leurs prévisions de coûts augmentent. Si la BoE faisait baisser les rendements encore plus en achetant des titres, les déficits des fonds de pension pourraient augmenter de plusieurs milliards, alors qu’ils sont déjà déficitaires à des niveaux record. Le gouverneur de la banque d’Angleterre, Mark Carney, s’efforcera donc d’être prudent, car dans son annonce de jeudi, il risque d’annoncer une solution à court-terme qui pourrait devenir un problème à long terme.

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