Banque Nationale Suisse: 60 milliards aux Etats-Unis

60 milliards aux Etats-Unis

MERCREDI, 10.08.2016
Agefi Suisse

Réserves étrangères. La Banque nationale a renforcé son portefeuille  de titres US de 50% depuis décembre 2015.

Conrad Bertez

La semaine dernière, le rapport mensuel de Banque nationale suisse (BNS) au fonds monétaire international annonçait que les réserves de la banque en devises étrangères avaient progressé de 6.35 milliards de francs, passant de 609 milliards à 615.35 milliards. Ce n’était pas le seul rapport important pour le franc de la semaine: Le relevé trimestriel des avoirs en titres US de la BNS à la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine est aussi paru. Ce rapport nous apprend que la BNS était actionnaire à hauteur de presque 61 milliards de francs dans des entreprises américaines à la fin du mois de juin. Parmi les positions de la banque figurent, entre autre, presque 1.5 milliards de dollars en titres d’Apple, ou encore environ 740 millions en actions de Facebook.

Quand les réserves étrangères d’une banque centrale sont mentionnées, le public s’imagine souvent des coffres forts replis d’euros, de dollars, de yen, etc. Cette perception n’est pas entièrement correcte, même si les banques centrales gardent une partie de leurs réserves en  dépòts de monnaies. Pour la BNS,  la loi sur la Banque Nationale d’octobre 2003 a changé la donne. Elle lui a permis d’investir ses réserves de monnaie dans des actions étrangères et des obligations d’entreprises.

C’est particulièrement important pour un acteur de cette taille qui doit intervenir pour stabiliser une monnaie de réserve comme le franc tout en protégeant ses avoirs contre le risque de façon liquide. Les mouvements des changes sont larges, et la diversification réduit leurs risques. La banque ne révèle pas le détail de la majorité de ses avoirs, mais dans les grandes lignes, des 609 milliards de francs en devises étrangères que la banque détenait à la fin du mois de  juin, 41% étaient en euros, 34% étaient en dollars, et 8% en yen. Au niveau des actifs, les obligations d’état et les dépôts représentent 80% de ces avoirs. Les actions comptent pour 20% dont la banque n’indique pas l’allocation pour la plupart des devises.

Mais elle est forcée d’en révéler un peu pour ses avoirs en dollars, car la SEC oblige tous les grands investisseurs en titres, dont la BNS, à lui faire un rapport de leurs avoirs à la fin de chaque trimestre. Ainsi, on peut voir que la moitié des actions de la BNS, 10% des réserves étrangères, était dans des entreprises américaines à la fin du deuxième trimestre 2016. Cette quantité a augmenté de près de 50% depuis décembre 2015, passant de 41.3 milliards de dollars à 61.8. L’allocation n’est pas compliquée. La sélection est indicielle et la gestion est passive. Il n’est alors pas surprenant que les plus grandes lignes du portefeuille d’environ 2600 titres suivent la composition du S&P500.

Le rendement du fonds est légèrement en dessous de celui du S&P  depuis début juillet: 3.4% contre 3.9%. Mais le but de la BNS n’est pas de faire du stock-picking afin d’extraire un rendement maximal. Elle n’est pas un fonds souverain. Son but est de se fournir une couverture avec un rendement régulier qui peut être rapidement liquidée en fonction des demandes de la politique monétaire de la banque. Cette diversification est d’autant plus nécessaire que les gérants du fonds ne connaissent pas les politiques de taux d’intérêt de la banque, et ne peuvent pas aisément se protéger contre le risque en prenant des positions sur le franc comme d’autres le feraient, faute d’aller à l’encontre des objectifs de la BNS.

Le souci auquel la BNS fait affaire ne lui est pas particulier. Pendant les trente dernières années, les banques centrales du monde ont gagné accès à des instruments bien plus puissants que les taux directeurs et les achats de monnaie afin de mettre leurs politiques à bien. Leur univers d’investissement, que ce soit pour  maintenir la stabilité de leur monnaie à l’instar de la BNS, ou pour relancer leur économie, comme la banque centrale japonaise, dépasse maintenant celui de nombreux fonds d’investissements. Mais cette puissance vient a un prix, et les banques centrales doivent maintenant prendre des décisions bien plus complexes, tout en se montrant infiniment plus réactives qu’elles ne devaient auparavant l’être.

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