Les extrapolations de raisonnements
Les taux bas détournent de l’investissement productif. Le gonflement de la valeur des actifs financiers anciens renforce la crise de l’insuffisance de profit.
Le Wall Street Journal et l’OCDE ont publié des indications paradoxales sur les conséquences des taux nuls ou négatifs sur les taux d’épargne dans les pays où ils sont pratiqués. Ils constatent que les consommateurs dans les pays concernés épargnent plus au lieu d’épargner moins et que les entreprises conservent plus de cash. En Suisse, Suède, Allemagne, Danemark, Japon et même aux USA, il y a une tendance nette à la hausse des taux d’épargne depuis l’effondrement des taux et les taux négatifs.
Nous avons toujours adopté ce point de vue, les taux nuls ou négatifs obligent à épargner plus! Au delà de la «rationalité» apparente qui voudrait que si l’épargne est moins récompensée, alors on épargne moins, il y a une rationalité supérieure bien plus efficace et agissante; si on réduit la rémunération de l’épargne, alors on a besoin d’épargner plus pour sa sécurité ou ses vieux jours. Les taux bas ou négatifs sont un signal qui dit: il faut épargner plus, l’avenir ne sera pas rose. Les taux nuls ou négatifs produisent de l’humeur déflationniste.
Les taux négatifs sont une erreur intellectuelle qui illustre parfaitement le penser faux de nos dirigeants. Ils pensent «linéaire» et «continu», ils sont incapables d’intégrer les ruptures qui font que certains phénomènes s’inversent lorsque certains seuils sont atteints.
Ils croient qu’en ruinant l’épargne, en supprimant sa rémunération, ils incitent à la consommation et soutiennent ainsi l’activité économique! Ce qu’ils croient être de la rationalité est une idiotie concrète. En laminant l’épargne, on ne favorise pas la consommation, on oblige à épargner plus. Les ménages rognent sur tout ce dont ils peuvent se passer maintenant pour préserver leur santé financière future et ne pas tomber dans la dépendance. A partir d’un certain stade, l’effet de la suppression de la rémunération de l’épargne la rend encore plus indispensable, encore plus désirable, on ne peut plus se passer d’épargner si on ne veut pas déchoir. Les taux bas ou négatifs envoient des messages, ils parlent, ils disent que demain ce sera pire qu’aujourd’hui.
Dans les périodes ou l’humeur des citoyens est maussade, quand ils ont peur de l’avenir, ils donnent la priorité à leur sécurité future et si on baisse la rémunération de leur épargne, ils calculent fort justement que pour subsister à l’avenir, il leur faut épargner plus maintenant. Le taux d’épargne monte au lieu de baisser. L’utilité d’un euro ou d’un franc suisse dans 10 ans devient très élevée, cet euro ou ce franc suisse deviennent vitaux. Au lieu d’être dévalorisée par le temps l’utilité de cet épargne devient tellement grande qu’elle devient désirable coûte que coûte, quelle que soit la situation.
Donc les politiques de taux négatifs sont des extrapolations de raisonnements linéaires totalement idiots. Mais c’est normal, les idiots produisent des raisonnements idiots n’est ce pas? Ils connaissent les livres, ils ne connaissent pas la vie, pas la réalité.
Mais il y a plus, car si vous faites baisser les taux ou si vous les mettez négatifs, alors les actifs financiers anciens se revalorisent, vous vous enrichissez en dormant; leur prix augmente ce qui leur donne un attrait spéculatif sans fatigue et sans risque; ceci vient détourner les agents économiques d’investir dans des équipements neufs. Les taux bas, à partir d’un certain point détournent de l’investissement productif, ils leur font concurrence. Un récent prix Nobel l’a fort justement démontré il y a peu de temps. Nous, nous soutenons cette idée depuis des années.
Mais il y a encore plus, car si vous gonflez la valeur des actifs financiers anciens, vous augmentez alors la masse de capitaux qu’il faut honorer, qu’il faut rémunérer dans le système, vous augmentez ce que l’on appelle la contrainte de profit; vous renforcez l’insuffisance de profit dans le système! En fait vous renforcez la crise de l’insuffisance de profit. La crise est une crise d’insuffisance du taux de profit et de l’insuffisance de la masse de profits pour rémunérer tout le capital, le productif, le fictif, le parasitaire, le capital de poids mort, qui se trouvent dans le système.
Le système pour se rééquilibrer a besoin de détruire du capital fictif, il n’a pas besoin de l’inflater! Les managers, lesquels sont sous la dépendance des institutions financières et doivent leur obéir, ces managers sont obligés comme on dit de «délivrer». «Délivrer», c’est fournir aux détenteurs de capitaux la rentabilité qu’ils espèrent, c’est à dire que c’est ratifier les cours de bourse élevés en produisant une marge de rentabilité à la hauteur des cours, à la hauteur des anticipations contenues dans les cours de bourse. Ce qui veut dire que vous devez «sortir» un bénéfice de plus en plus élevé afin de ne pas être mis à la porte. Et aussi afin de toucher vos bonus.
Les taux bas augmentent le taux de profit qui est exigé dans l’économie dès lors que le pouvoir est en faveur du capital. Celui-ci force les managers, sous peine d’être «virés» ou de subir une OPA, à délivrer des profits à la hauteur de leurs espoirs, ils les forcent à rogner les investissements au strict minimum, à la productivité maximum, il les force à réduire les risques, à faire des buy-backs, à distribuer des dividendes, il les force à faire de l’ingénierie financière et des acquisitions.n
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