Brexit: les prédictions de catastrophes ne se sont pas réalisées mais les vrais enjeux arrivent.

Les impacts du Brexit

MERCREDI, 17.08.2016
Agefi Suisse

Les prédictions de catastrophes ne se sont pas réalisées mais les vrais enjeux arrivent.

Conrad Bertez

Dans les semaines qui ont précédé le Brexit, les prédictions apocalyptiques se sont multipliées. Si les britanniques choisissaient de quitter l’Union européenne, on leur promettait une catastrophe financière, un crash immobilier, une douloureuse récession accompagnée de chômage et d’inflation, une perte de tous leurs avantages européens, et beaucoup d’autres maux économiques. Deux mois plus tard, l’incertitude plane toujours. Même les ministres britanniques reconnaissent qu’ils ne savent pas par où commencer leurs négociations avec Bruxelles. Ils ont besoin de plus de temps, et c’est pour cela qu’ils prévoient maintenant de ne quitter l’Union qu’en fin 2019. Mais  l’impact est un peu plus clair, et il semble maintenant possible, à en croire par exemple la Banque d’Angleterre (BoE), de se préparer à l’avenir.

Il est  visible que les conséquences financières dont prévenaient les analystes ne se sont pas concrétisées. Celles liées à l’annonce du résultat du referendum, en tout cas. Biens que certains titres, surtout les bancaires comme Lloyd’s, aient perdu fortement depuis le referendum, les marchés britanniques se portent bien. Le FTSE 100 et le FTSE 250 sont tous deux proches de leurs niveaux les plus élevés de tous les temps, les indices américains aussi. On ne peut pas en dire autant pour les indices européens tels que le Stoxx, mais le Brexit n’en est pas la cause. Cette erreur à court terme des analystes n’est néanmoins pas de leur faute. Sur la base des marchés au lendemain du vote, ils avaient presque raison, mais ils ne pouvaient pas prédire que toutes les grandes banques centrales du monde agiraient en concert pour éviter la catastrophe.

A plus long terme, néanmoins, le constat devient moins optimiste. Les conséquences économiques de la décision britannique commencent à se faire sentir, car la panique était brève, mais l’incertitude semble installée pour un certain temps. Ainsi, les PMI UK de Markit, capturant des variables clé des secteurs tels que la production, les nouvelles commandes, les prix, et l’emploi, ont montré de fortes chutes pour juillet. Pour les services, il était de  47,4, pour la manufacture, 48,2, et pour la construction, 45,9. Chaque résultat en dessous de 50 correspond à une détérioration. Les sondages de la BoE reclètent cela. D’après eux, les entreprises britanniques prévoient de laisser leurs effectifs inchangés au cours des six prochains mois. Les investisseurs ne risquent pas d’avoir envie de faire des grandes expansions au Royaume-Uni avant d’en savoir plus sur les termes de la séparation entre Londres et Bruxelles.

Ce ralentissement de l’investissement se fera sentir sur l’économie. Même si le risque de récession semble maintenant écarté, la BoE prévoit une croissance presque nulle pour le reste de l’année, de 0,8% pour 2017, et de 1,8% pour 2018. C’est pour cela qu’elle a décidé d’intervenir au début du mois en baissant son taux d’intérêt directeur, en étendant son programme d’achat de titres, et en mettant en place des structures pour encourager les banques a émettre plus de crédit. Mais ce n’est qu’un support pour l’économie, et non une cure aux maux du Brexit. Même l’économiste en chef de la BoE, Andrew Haldane, le pense. Il annonçait dimanche dans le Sunday Times que le Brexit est «une transition dans le régime économique et d’échange du Royaume-Uni, alors que la politique monétaire ne peut qu’offrir un baume de court terme pour l’incertitude économique.».

Ce sont les éléments de cette transition qui dépendent des négociations qui sont essentiels pour le Royaume-Uni et pour l’Union européenne. Un ralentissement macroéconomique, un pays peut s’en sortir. C’est une question de temps et d’ajustement. Mais la fin du passeport financier britannique, par exemple, pourrait contraindre l’Union à revoir sa stratégie de croissance. Le Royaume-Uni représentait trois quarts du marché de capitaux européens en avril. La fin de la libre circulation de capitaux entre Londres et le reste de l’Europe peut drastiquement altérer la façon dont les entreprises se financent. Elles pourraient devoir dépendre bien plus des banques, comme c’était le cas auparavant. Il est aussi évidemment question pour les institutions financières du financement en dollars, le dollar funding, dont Londres est le principal port d’entrée européen. Pas étonnant, alors, que les places européennes telles que Francfort et Paris se pressent d’essayer de se substituer aux anglais, pour le moment sans grand succès.n

Signe inquiétant de déprime dans l’immobilier

Changer d’ordinateur, de voiture ou de moquette va bientôt coûter plus cher aux Britanniques du fait du vote sur le Brexit, dont les effets encore incertains sur l’immobilier et l’alimentation suscitent l’inquiétude. Les conséquences du référendum, qui doit se traduire par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, étaient jusqu’à présent peu tangibles mais plusieurs annonces récentes laissent penser que le consommateur britannique s’apprête à faire les frais de cette décision qui a d’ores et déjà entraîné un fort affaiblissement de livre. La chute de la devise, qui a perdu entre 10 et 15% de sa valeur face à l’euro ou au dollar depuis le vote, se répercute directement sur les sociétés qui vendent au Royaume-Uni des biens produits à l’étranger, comme les automobiles, l’informatique, les vêtements ou certains aliments.

Le constructeur automobile Peugeot a indiqué avoir décidé une augmentation de 2% en moyenne depuis le 1er août pour les modèles des trois marques phares Peugeot, Citroën et DS. De même, le groupe informatique Dell a fait savoir qu’il était contraint de répercuter sur ses prix le coût de ses composants, libellés en dollars. Autre exemple, le groupe britannique Headlam a expliqué que la baisse de la livre augmentait de 0,6% le coût de ses revêtements de sols pour la maison, importés principalement de Belgique et des Pays-Bas, ce qui se traduira par une hausse de prix de même ampleur.

Tous les regards se tournent désormais vers l’alimentation et l’immobilier, qui sont jusqu’à présent relativement épargnés. La grande distribution est pour l’instant quasiment immunisée grâce à la concurrence féroce entre enseignes qui cassent les tarifs pour maintenir leur part de marché, a expliqué Fraser McKevitt, analyste au sein du cabinet Kantar à Londres. Selon lui, il pourrait toutefois y avoir à terme des conséquences sur les prix de certains produits alimentaires «si la livre reste faible» longtemps, rappelant que «40% des biens alimentaires sont importés au Royaume-Uni». Le comparateur de prix mysupermarket.com a déjà observé que le prix du panier moyen dans les supermarchés avait progressé de 1% en juillet, le second mois consécutif de hausse, estimant que «les craintes quant à l’impact du Brexit sur le coût de la vie s’installent».

L’immobilier donne de son côté des signes préoccupants et une déprime du marché peut être redoutée. Les loyers payés pour les nouveaux contrats de location ont baissé à Londres en juillet sur un an, pour la première fois depuis novembre 2010, d’après le groupe Countrywide. Cette bonne nouvelle pour les locataires est toutefois mauvaise pour les propriétaires d’autant que selon le site Rightmove, les prix à la vente dans l’immobilier résidentiel londonien ont reculé de 2,6% entre le 10 juillet et le 6 août après des années de flambée des prix immobiliers.

Si les premiers effets du Brexit se font sentir, les chiffres officiels ne montrent pas encore une montée en flèche des prix, avec seulement une légère accélération de l’inflation en juillet, à 0,6%. Mais la hausse est parfois nette d’un mois sur l’autre pour certains produits, comme les boissons alcoolisées, et les analystes s’attendent à une poussée générale dans les mois à venir, via les biens importés. Il faut dire que la Banque d’Angleterre (BoE) tente de relancer la machine économique, notamment l’inflation, via de nouvelles mesures de soutien monétaire, avec pour conséquence de pénaliser toujours plus la livre.

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