Billet: Les élites rationalisent la régression

On peut considérer que la semaine écoulée a été une semaine de pause sur les marchés. Semaine de pause et peut -être semaine de réflexion, qui sait?

Le débat sur la normalisation de la politique de taux de la Fed a repris et ceci a certainement contribué à calmer les ardeurs spéculatives.

Sur ce débat des taux , le FOMC fournit des indications contradictoires qui mettent les paris à 50/50.  Mais là n’est pas le plus important, non. Le plus important c’est ce que l’on pressent: il n’y a pas unanimité chez les docteurs, les PHD qui nous gouvernent, ils ne savent pas . Ils ne savent pas et cherchent à se convaincre à la fois eux même et entre eux! Et à nous convaincre nous, …que nous ne devons rien espérer.

On a vu jeudi un article passionnant de Laurence Summers dans le Washington Post intitulé » what we need to do to get out of this economic malaise » et une étude de John Williams le patron de la Fed de San Francisco , « Monetary Policy in a low R-Star world. »

Ces articles nous apprennent deux choses; d’abord la situation est mauvaise nous sommes en plein marasme , ensuite il n’y pas unanimité sur les solutions à ce problème de morosité économique .

Nous retiendrons l’affirmation la plus ferme et à notre avis la plus compétente, celle de John Williams lequel déclare: « le temps est venu de remettre en  question de façon critique les idées qui forment notre cadre de pensée en matière de politique et d’envisager  des ajustements pour faire face aux nouveaux challenges que nous devons affronter ». Et Williams refait un paidoyer en faveur d’une action fiscale : « les politiques fiscales et autres doivent supporter une partie  du fardeau pour aider à soutenir la croissance économique ».

Summers s’étonne » je ne vois pas ce qui pourrait être faux si on fixait un objectif de croissance nominale de 4 à 5% , il n’ y aurait que des bénéfices substantiels ». Ben voyons, nous aussi.

Ce qui frappe dans  ce débat , ce sont les oeillères! Les gens les plus « intelligents » ne regardent pas autour d’eux, ils ne voient pas le réel, ce qui existe, non, ils glosent, ils se commentent les uns les autres,ils restent dans  la bulle, dans  la bouteille comme la celèbre mouche. Ils ne veulent pas prendre l’air, ils veulent rester entre eux, entre « academics », entre professeurs ou chercheurs . Ce sont des gens pour qui le monde se réduit à leurs références livresques, doctorales. Ils s’enfoncent depuis des années, depuis des mois à l’intérieur d’une voie sans  issue, mais ils continuent.

l a grande mode, cette année, c’est Wicksell, Knut Wicksell,  l’économiste suédois qui a théorisé l’idée d’un taux d’intérêt qui serait naturel. Le taux naturel  ou neutre serait celui ou l’économie serait sur une  croissance saine auto-entretenue , ou il n’ y aurait ni boom, ni bust. Bref ce serait le taux idéal, celui qui ne nuirait à rien, qui ne ferait pas de tort. Nos zozos ont gobé tout cela, ils ont cru qu’un outil analytique, un outil conceptuel existait vraiment et comme le Saint Graal ou la pierre philosophale de nos alchimistes,  ils passent leur temps à le chercher.

Le taux neutre est une construction de l’esprit , comme l’homme rationel, un opérateur de raisonnement et comme beaucoup de choses,   le chercher  dans  la réalité c’est tomber dans  le piège du spiritualisme de l’évèque Berkeley ou des modelisateurs à la mode. Ils croient, ils adorent les produits de leur esprit.  Un peu comme Marx croyait à cet opérateur conceptuel qu’était sa découverte des classes sociales! On a vu ou cela a mené.

Le taux neutre est une construction pour raisonner, rien de plus, c’est d’ailleurs une évidence vide, c’est le taux auquel le crédit devrait être disponible pour que l’offre et la demande se rencontrent en un point d’équilbre stable et satisfaisant ; point à la ligne.

Hélas, il y a belle lurette que l’offre et la demande de crédit n’ont plus de signification dans nos systèmes pervers, car l’offre de crédit n’a plus de limites depuis la fin de l’étalon or, plus de limite depuis que l’on triche avec le capital des banques, plus de limite depuis que le crédit n’est plus réservé à l’investissement , plus de limite depuis que le crédit est originé par les banquiers sans limites, depuis que le crédit est produit par les gouvernements, depuis que les marchés ont supplanté le système bancaire traditionnel etc.

Bref dans  nos système on ne met plus en relation l’offre et la demande d’épargne. Dans la finance contemporaine il n’y a plus de lien entre d’un côté l’expansion du crédit et de l’autre le rendement économique. La finance contemporaine est fondée d’abord et surtout sur la finance de gouvernement, laquelle n’a aucun rapport avec la rentabilité economique et ensuite elle est fondée non pas sur les cash flows , mais sur les assets, les collateraux, comme au temps de John Law de sinistre mémoire. Dans la finance contemporaine, le prix du crédit est exogène, il échappe au jeu de l’offre et de la demande, c’est le couple maudit gouvernement/banque centrale qui dicte le prix du crédit mais aussi celui de tous les assets qui composent le champ financier! Il suffit de sortir de la bulle, de la bouteille et de s’interroger sur le rôle directeur du taux des Treasuries à 10 ans, dicté par les déficits du gouvernement d’une part et les QE, achats de  titres monétisés ,  d’autre part.

On ressort des théories , on se perd dedans et on en tire des conclusions alors qu’elles ne s’appliquent plus à ce que l’on appelle la finance contemporaine.

Depuis 20 ans tous les efforts intellectuels de ces PHD se résument à ceci: « trouver des arguments pour justifier plus de  stimulus monétaires, afin d’accélérer la croissance nominale »!

Cela 20 ans et plus que l’on invente, que l’on justifie, que l’on coupe les cheveux en quatre et vingt ans que l’on échoue. Que disons nous, non pas 20 ans, mais près de 30 puisque déja Greenspan en 1996 justifait son laxisme monétaire par l’idée que la croissance potentielle était durablement supérieure aux normes historiques grâce à la productivité exceptionnelle des nouvelles technologies! C’était le temps du New Paradigm. Greenspan se croyait autorisé à augmenter la vitesse de l’économie grâce … aux gains de productivité. Aujourd’hui, alors que nous sommes dans  la situation contraire, marquée par la disparition des gains de productivité, on prone les mêmes politiques; les stimulus monétaires!

Le monétaire, c’est bon pour tout, à toutes les sauces, pour tout et son contraire. Les « bides » de 2001, puis ceux de 2008, puis ceux de 2013 et ceux de 2014 n’ont rien changé, plus on échoue plus on persévère. Et en 2016 on refait le même circuit, le même débat, les mêmes erreurs. Depuis près  de 30 ans on passe son temps à justifier le laxisme monétaire, à lui trouver des raisons d’être et des excuses d’échouer! Depuis près de 30 ans on fragilise, on instabilise, on alloue les ressources de façon délirante, on triche, on masque, et à chaque alerte, à chaque menace de rechute on bétonne, on injecte.

Qui sait la masse de pourriture, d’insolvabilité,  de fausses valeurs qui est maintenant stockée, dissimulée dans le système, maintenant que toutes les comptabilités sont fausses,  que tous les problèmes sont reportés sur les fausses assurances que constituent les dérivés et que ces dérivés sont opaques?

A chaque alerte on répond par les mêmes remèdes et à chaque fois le rendement de ces remèdes se réduit, tandis que la masse de conséquences non voulues progresse inexorablement.

Nous le repétons, tout le travail de ces PHD a consisté depuis près de 30 ans à rationaliser , à trouver des justifications intellectuelles à la dérive névrotique et lâche de nos systèmes.

Le résultat , il est là, il crève tellment les yeux que personne n’ose le dénoncer; ils sont obligés de rationaliser leur échec, ils sont obligés de rationaliser la thèse scandaleuse de la stagnation séculaire.

Les élites rationalisent la régression. 

 

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