Bail-in, les troubles continuent pour les banques italiennes
Les quatre banques nées du bail-in italien de fin-2015, Banca Marche, Banca Etruria, CariChieti and CariFerrara, ne sont pas encore sorties d’affaire.
Les quatre banques italiennes nées du bail-in italien de fin-2015, Banca Marche, Banca Etruria, CariChieti and CariFerrara, ne sont pas encore sorties d’affaire. (Reuters)
Apres leur mise sous tutelle, l’annulation de leur dettes subordonnées, la formation d’une «bad bank» pour leur actifs non-performants, et leur recapitalisation par les autres banques italiennes, elles ne trouvent pas preneur. Outre la mauvaise performance opérationnelle des banques, les repreneurs potentiels restent soucieux de la qualité de leur portefeuille de dettes, malgré l’assainissement.
Mises en faillite par des années de récession et des portefeuilles lourds en dettes non-performantes, quatre banques italiennes de petite et moyenne taille avaient été mises en “résolution” par la Commission Européenne en fin-novembre 2015. Ce procédé, crée par la directive sur le redressement et la résolution des crises bancaires (BRRD) de 2014, met les banques sous la tutelle d’une autorité nommée par le gouvernement. Cette fois, c’était la banque centrale italienne, dont le travail était d’assurer le sauvetage ou la liquidation des banques en mauvaise santé d’une façon qui minimise les risques de crise financière, tout en évitant au maximum l’apport de fonds publics.
Au cours de ce procédé de résolution, les quatre banques ont été liquidées. Leurs meilleurs avoirs ont été transférés à quatre nouvelles «good banks», tandis que leurs actifs non-performants ont été assignés à une «bad bank» aussi créée à l’occasion. Le capital des actionnaires des anciennes banques, ainsi que toutes les créances subordonnées sur celles-ci, largement détenues par des épargnants italiens, ont servi à éponger les pertes, c’est à dire, réduits à zéro.
Comme cela n’a pas suffi pour capitaliser les nouvelles banques, le secteur financier italien a été mis à contribution. Les établissements italiens en meilleure santé, comme Unicredit ou Intesa Sanpaolo ont contribué 3.5 milliards d’euros de leur fonds de garantie des dépôts afin d’absorber les 1.7 milliards de pertes de plus et sont devenus actionnaires à hauteur des 1.8 milliards restants. Leur but est de revendre les nouvelles banques au plus vite, afin de récupérer leur mise autant que possible.
Cet objectif était déjà mal en point. Le cout des restructurations des nouvelles banques à réduit ce capital de 400 millions, mais il semble que cette situation va continuer d’empirer. Les nouvelles banques avaient été mises aux enchères en lot par la banque centrale italienne, et celle-ci a annoncé hier qu’elle venait de rejeter trois offres, dont une d’Apollo Global Management et une de Lone Star. D’après une source proche des négociations, la banque centrale a rejeté les conditions qu’avaient mis ces investisseurs à la reprise, et s’ouvre maintenant à de nouvelles soumissions. Il semble qu’elle considère maintenant de vendre les banques individuellement.
L’échec de ces négociations pose un souci énorme aux grandes banques actionnaires. Les offres de reprise représentent une fraction des 1.4 milliards qu’elles espèrent récupérer. Une vente à ce prix imposerait de fortes pertes à un système financier dont la santé n’est, à en croire les stress tests de l’EBA, pas parfaite. En effet, alors que les réserves de liquidités des banques italiennes sont les plus faibles d’Europe, leurs niveau de dettes non-performantes, au moins 18%, en est le plus élevé. La situation ne s’améliore pas, non plus. Les banques tentent de soutenir l’économie en prêtant autant que possible, mais la croissance italienne ne repart pas et menace de faire monter les taux de défaut déjà élevés. Pendant ce temps, le régime de faibles taux d’intérêt de la banque centrale européenne rogne sur les marges. Elles ne peuvent guère se permettre de réduire leur capital encore plus.
La cause de ces offres de rachat au rabais, c’est le portfolio de dettes des banques. Bien que les dettes jugées non-performantes aient été assignées à la bad bank, les investisseurs restent inquiets. Ils ne pensent pas que ces dettes valent autant que la banque centrale italienne annonce. Ces banques sont dans la même situation que la Novo Banco portugaise, elle aussi issue d’un bail-in, capitalisée par le système bancaire de son pays, et elle aussi incapable de trouver preneur pour le moment.
La peur est que ces nouvelles good banks, issues des liquidations d’établissements en faillite, ne soient que des bad banks un peu moins mauvaises. Les autorités de résolution nationales sont en charge d’évaluer la qualité du portefeuille des banques qu’elles tentent de redresser, et il devient de plus en plus clair que les investisseurs ne sont pas d’accord avec ces calculs. C’est surement en partie à cause de ces calculs de dettes assez généreux que les marchés n’ont pas répondu aux résultats des stress tests de l’EBA avec grand enthousiasme.
Mais ce n’est peut-être pas le plus gros problème. Avec la Novo Banco, ce sont maintenant cinq institutions issues d’un bail-in qui ne parviennent pas à trouver de preneurs, qui ne parviennent pas à inspirer confiance, alors qu’elles pèsent sur le bilan des banques de leurs pays respectifs. Les faiblesses bancaires sont rarement isolées à une ou deux banques dans un pays. Souvent, elles touchent la totalité du système dans des proportions variées. La faiblesse générale des secteurs bancaires italiens et portugais en témoigne. Si les banques portugaises et italiennes sont représentatives des résultats du bail-in, le risque pourrait ne pas s’arrêter aux épargnants des institutions sous résolution, car, en fin de compte, on aura transféré la maladie des anciennes banques aux banques plus «saines», et ainsi rendu tout le secteur plus faible.