Les mystères du capital, la crise, Jackson Hole. D’une certaine façon le capital fait la grève

Alors que commence la réunion des grands prêtres au Grand Téton, les débats tournent autour de l’échec des politiques monétaires et de ce qu’il faudrait faire pour les rendre plus efficaces.


Ci dessous , l’échec des ZOZOS , leur politique n’a provoqué aucun répit sur la déflation! 

ABOOK August 2016 BS Expansion PCE Deflator Fed BS

Personne ne s’avise de les remettre radicalement en question pour la bonne raison que nous sommes dans  un système de pensée unique; celui des PHD du MIT et autres . Le système est consanguin et monopolistique, il croit aux artifacts intellectuels qu’il a mis au monde. Il refuse névrotiquement de tuer le père. Donc pas de remise en question des prémices, mais:

-soit une aggravation des politiques comme celle de répression financière,

-soit un complément fiscal

La proposition de « l’helicopter money » n’est pas nouvelle , c’est un « mix » fumeux des politiques antérieures, plus direct et plus cynique.

Les intellectuels les plus en vue adoptent la thèse de la croissance séculaire ralentie sans même se poser la question de mettre à jour ses soit disants  causes.  Pour eux elle tombe du ciel.

Nous proposons une thèse bien plus réaliste que le système de la pensée dominante ne veut pas examiner: celle de la chute tendancielle du taux de profit en regard de tout le capital existant dans  le système (capital fictif et capital productif) aggravée maintenant par l’érosion de la masse de profits elle même. Pour formuler la même chose autrement, la crise est une crise de surpoduction comme dans les années 30, ce que Bernanke appelle une insuffisance de la demande globale, mais cela c’est son mode d’apparaitre, ce n’est pas la cause.

Nous sommes dans  la conjonction de trois éléments: une baisse tendancielle du taux de profit en raison de la hausse de la composition organique du capital,  une suraccumulation de capital fictif comme les  dettes et une masse considérable de capital périmé , mal alloué que l’on n’ose plus détruire.

Le cercle  est devenu vicieux, baisse du taux de profit, pression sur les revenus, recours au crédit, constitution d’une masse de capital fictif, repression financière qui inflate le capital fictif, cannibalisation de l’investissement productif, ralentissement de la productivité, chômage . Une terrible boucle se boucle sous nos yeux, laquelle n’est dissimulée que par la fuite en avant dans la réprsession financière accélérée, ce qui est la proposition qui est au coeur de la réunion en cours à Jackson Hole. On cherche comment rendre les taux d’intérêt plus negatifs sans  déclencher l’arbitrage vers le cash,  et comment faire passer l’idée d’un objectif de taux d’inflation de 2% à 4%.

De notre thèse découle une recommandation totalement opposée aux voies actuellement suivies: au leu de continuer d ‘inflater la valeur du capital ancien , il faut le déflater, le restructurer, l’euthanasier, bref il faut revenir aux pratiques historiques du Jubilee, et en même  temps pour éviter la chute déflationniste, il faut  procéder, pour soutenir et relancer la machine à une grosse injection de « revenus » , par un procédé de type « helicopter money ».

La hausse des retours aux actionnaires: un symptôme:

Contrairement aux radotages des socio-démocrates et autres bien pensants, ce n’est pas hausse des dividendes qui pénalise l’investissement et la productivité, c’est l’inverse. La rentabilité du capital investi productivement étant insuffisante, les managers et les actionnaires préfèrent retourner l’argent aux actionnaires sous forme de dividendes, de buy-backs et d’ingénierie financière. Les emplois financiers étant plus rentables et moins risqués que les emplois productifs, il y a cannibalisation.

US corporate profits

Tant que les emplois financiers seront performants, ils feront concurrence aux emplois productifs! Il faut, pour modifier tout cela, soit faire chuter les indices de bourse, empêcher les performances , soit introduire de nouvelles règles fiscales! Eh Oui! Paradoxal?

Nous sommes dans  une lutte, dans  un affrontement. Le capital fait la grève face à la chute du taux de profit séculaire. Le taux de profit rapporté à l’ensemble de ce qui a statut de capital, chute depuis plus de 30 ans car le capital productif d’une part s’alourdit, (sa composition organique croît), mais surtout le capital fictif, le capital non productif de poids mort, le parasitaire, croît de façon exponentielle, à la fois par les déficits et par le developpement de l’intermédiation.


La chute de la croissance par tête tout au long des dernières années : avec la chute de la productivité et la chute de la croissance par tête, le système capitaliste perd sinon sa légitimité, du moins sa raison d’être. C’est ce qu’expriment  les dislocations sociales dites populistes. 


Growth per capita

Les autorités qui n’ont rien compris au fond au système capitaliste  et au marché financier, veulent faire baisser le coût du capital pour forcer à investir. Elles croient qu’en baissant les taux d’intérêt elles font chuter le coût du capital, ce qui est une erreur intellectuelle colossale! Ce sont des naifs.


Seule l’ Allemagne investit car c’est le pays le moins financiarisé, la culture est une culture orientée vers la production. 

German investment

La baisse des taux d’intérêt fait monter la valeur des titres anciens  sur les marchés, les détenteurs et les acheteurs de titres ne veulent pas perdre, ils veulent que les cours de Bourse restent élevés et ils ont les moyens de l’obtenir en distribuant des dividendes et faisant des buy back et des M&A grâce au crédit gratuit. Au besoin, ils exercent un chantage sur la banque centrale, laquelle est devenue leur otage.

L’ingénierie financière est la réponse du capital face à la tentative des autorités de faire baisser le coût du capital. Le capital ne veut pas, n’accepte pas de gagner moins; il fait monter les cours de bourse et mêne une politique qui soutient ces cours élevés, ce qui fait qu’il maintient sa performance malgré les pressions. Mais une partie de la performance cesse d’être interne , elle devient externe.

Les autorités n’ont rien compris au concept de coût du capital. Le coût du capital est une notion très complexe, très sophistiquée,  pas du tout simpliste.  Elle  peut être formulée de la façon suivante: c’est tout ce qu’il faut offrir, procurer, assurer au capital pour qu’il accepte  de s’investir, tout ce qu’il faut lui offrir pour le séduire. Le mot important est le mot « tout ». Il contient la rentabilité, la croissance, la liquidité, la sécurité, l’absence de volatilité etc…Les dividendes ne sont qu’un des aspects.

Le coût du capital inclut, pour simplifier,  le maintien, voire la croissance du niveau du cours de bourse, et la promesse de progression des bénéfices, coûte que coûte. Ceci est une simplification car le capital, pour le séduire, il faut lui offrir beaucoup plus de choses.

EN PRIME  :Comment on a sauvé les banques !

 

3 réflexions sur “Les mystères du capital, la crise, Jackson Hole. D’une certaine façon le capital fait la grève

  1. @christian coste
    « Dit autrement, je croyais encore (mais je ne sais plus vraiment si je puis continuer de me fier à ce que je croyais avoir discerné hier) que lorsque les taux d’intérêt montaient, le taux d’inflation montait également. »

    Sauf erreur de ma part, c’est l’inverse et non automatique. En effet, la suite est celle-ci : Baisse des taux par la BC pour espérer faire remonter le taux d’inflation. Quand l’inflation remonte, alors la BC remonte après coup son taux directeur, après un délai variable. En théorie.

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  2. Ce très intéressant article suscite deux interrogations :

    1. Alors que vous qualifiez « l’helicopter money » de « mix » fumeux des politiques antérieures, plus direct et plus cynique, vous recommandez, pour relancer la machine, une injection massive de revenus du type « helicopter money », après l’euthanasie du capital fictif,
    Je comprends que la situation historique nécessite un traitement de choc ou de nature hétérodoxe, mais je m’interroge sur la suite. Tout comme les politiques de QE massif (assouplissement monétaire quantitatif), qu’il est très difficile ensuite d’interrompre, qu’adviendra-il lorsque le moment semblera venu de laisser l’helicopter au sol ? Pensez-vous que les bénéficiaires des mannes célestes resteront sans réaction ? Politiquement, pourra-t-on même envisager de les restreindre ? Je crains que « l’helicopter money » nous entraîne un petit peu plus dans ces solutions socialistes qui restreignent toujours plus les libertés et abaissent encore un peu plus le sens de la responsabilité des individus.
    En outre, si nos maîtres font la promotion d’une croissance séculaire ralentie, je ne vois pas bien la cohérence de cette idéologie avec la mise en œuvre d’une politique keynésienne du type « d’helicopter money ». N’est-ce qu’une solution de repli ou de la dernière chance ? Peut-être ne croient-ils pas, au fond d’eux-mêmes, à leurs propres artefacts intellectuels.
    En tout cas, l’helicopter money devrait permettre de faire avancer encore un peu plus (avec l’appui de l’énorme question de l’intelligence artificielle et de la robotisation) la « théorie » relative au revenu universel. Comme trop souvent, sous des atours « bienfaiteurs de l’humanité », peuvent se cacher des effets collatéraux en matière de liberté. Peut-être voyons-nous se dessiner devant nos yeux atterrés une domestication de plus en plus rapide et sophistiquée de l’homme.

    2. Vous nous rappelez que les « grands intellectuels » de la pensée unique dominante souhaitent, en même temps, ancrer les taux d’intérêt dans la zone négative, afin, pensent-ils, d’abaisser le coût du capital, et faire monter le taux d’inflation dans une zone comprise entre 2 et 4 %. Je pensais qu’en économie le taux d’intérêt était le taux directeur et qu’en tout état de cause, taux d’intérêt et taux d’inflation étaient corrélés positivement. Dit autrement, je croyais encore (mais je ne sais plus vraiment si je puis continuer de me fier à ce que je croyais avoir discerné hier) que lorsque les taux d’intérêt montaient, le taux d’inflation montait également. Si tel n’est plus le cas, alors pourquoi la FED revient-elle régulièrement sur la problématique de remontée des taux d’intérêt ? Peut-être n’est-ce que du bluff ou une forme de pilotage à vue, comme certains de vos écrits récents me l’ont laissé penser.
    En tout cas, merci encore pour cette analyse intelligente et courageuse.

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    1. Vous ne pouvez imaginer un jubilee sans en même temps imaginer une forte injection, directe de pouvoir d’achat. Si vous faites le jubilee seul vous déclenchez une spirale déflationniste terrible, pire que celle des années 30. Il faut traiter l’excès de capital et l’insuffisance de revenus en même temps. J’appelle cela un helicopter money par commodité, vous pouvez appeler cela injection de pouvoir d’achat ou rabais fiscal par exemple. IL faut en même temps agir sur le boulet du surendettement qui empêche la croissance et sur l’insuffisance chronique de revenus. Si vous ne faites que l’une des actions, vous ne retrouvez pas de mouvement auto-entretenu. En plus de ces deux mesures il faut bien sur des mesures complexes d’accompagnement, mais c’est une autre hsitoire.

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