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Cher lecteur,
Nos enfants paieront pour nos errances passées.
C’est faux, mais c’est la grande porte par laquelle s’invite la question économique dans la campagne présidentielle.
Le journaliste star François Lenglet publie le livre « choc » de la rentrée intitulé :Tant pis nos enfants paieront.
Ça fait frémir.
C’est si évident.
2 140 milliards de dette publique à rembourser , en chiffres cela donne :
2 151 000 000 000 €
C’est le salaire de tous les fonctionnaires… pendant 10 ans !
Ou encore 10 millions de maisons.
Imaginez le fardeau à rembourser quand il faut encore payer les factures, les impôts, le loyer, les emprunts, les courses, le plein d’essence…
Mais les papyboomers ont eu la vie facile, eux :
- la progression des salaires ;
- une retraite pleine à un âge raisonnable ;
- Ils ont acheté des maisons et appartements à bas prix qui valent aujourd’hui des fortunes ;
- Même leur épargne fructifiait bien mieux qu’aujourd’hui ;
- Ils ont eu la part du lion des 2 000 milliards de dettes accumulées par l’État…
À leurs enfants il ne resterait que les factures à payer et leurs yeux pour pleurer.
Bienvenue, c’est la guerre des âges
« Il y a quarante ans, la vieillesse était souvent synonyme de pauvreté et de mal-logement, en l’espace de quatre décennies, le rapport de force s’est inversé : tant mieux pour les seniors, et tant pis pour la jeunesse ! Aujourd’hui, le taux de pauvreté des 18-29 ans est de 18,6%. Il était de seulement 5% en 1970.
Aux uns le patrimoine, les emplois stables, le temps libre et de longues retraites passées en pleine santé. Aux autres la précarité, le mal-logement, les cadences infernales et les cotisations sociales qui ne cessent d’augmenter. Pour les uns, c’est une vie de croisière, pour les autres, une vie de galère. »
Voilà comment était présentée cette année une émission du même François Lenglet : La Guerre des âges.
Tremblez lecteurs, la prochaine prise de la Bastille sera une maison de retraite !
Il y a là une faute aussi grossière qu’habituelle en économie : corrélation n’est pas cause.
Ce n’est pas parce que la richesse des retraités augmente que celle des jeunes diminue.
Cette lecture donne à croire que la richesse a été « transférée » des jeunes vers les vieux.
Comme si la richesse était un gâteau à partager.
C’est séduisant et heureusement FAUX. Les causes de la richesse des retraités n’ont rien à voir avec la pauvreté des jeunes.
En clair : Non les vieux ne piquent pas dans le portefeuille de leurs enfants (les parents raisonnables savent que c’est généralement le contraire qui se produit).
Commençons d’abord par une autre erreur de François Lenglet :
L’erreur de débutant sur les statistiques « de jeunes »
Lenglet compare le taux de pauvreté des jeunes passé de 5% en 1977 à 18,6% aujourd’hui.
Il n’y a malheureusement rien de comparable.
C’est un autre grand classique des statistiques sur « les jeunes ».
Dans la vie des statistiques, il y a 2 sortes de jeunes, les actifs et les inactifs (habituellement étudiants).
Quand on compare le revenu des jeunes dans le temps, on compare le revenu des jeunes actifs (les autres n’ ont pas de revenu, il n’y a rien à comparer).
En 1980, 25,9% d’une classe d’âge a son bac… En 2012, ils sont 76,7%.
C’est-à-dire qu’en 1980 les 3/4 des « jeunes » étaient actifs à 18 ans. En 2012, les 3/4 poursuivent des études secondaires et seuls les plus faibles se retrouvent sur le marché du travail dès 18 ans, c’est-à-dire actifs.
Il y a donc 18,6% de pauvreté dans le quart des jeunes les plus démunis d’aujourd’hui contre 5% de pauvreté parmi l’immense majorité des jeunes de 1980.
Cela ne nous dit absolument rien si ce n’est que, oui ma bonne dame, il faut bien un bac+5 pour être vendeur aujourd’hui… Ce n’est pas que de la discussion de comptoir.
L’exemple est éloquent.
En 1980, un vendeur travaille 40 heures par semaine, de l’âge de 18 ans jusqu’à 60 ans avec 4 semaines de congés par an.
En 2016 un vendeur travaille 35 heures par semaine, de l’âge de 22 ans jusqu’à 63 ans avec 5 semaines de congés par an.
Au total cela fait 15% d’heures travaillées en moins pour le salarié de 2015 comparé à 1980.
C’est déjà ça pour le papyboomer, il suait plus que ses enfants.
Et à l’échelle d’une nation c’est énorme.
Le travail crée le travail
Mais justement, du travail il n’y en a pas me direz-vous, il faut bien se partager ce qu’il reste !
Prenons l’exemple de la Suisse, le pays le plus riche du monde ou à peu près.
En 2015 on y commence à travailler à 20 ans, 42h par semaine avec 4 semaines de congé légal et jusqu’à 65 ans. C’est 30% de plus qu’un Français d’aujourd’hui.
Pour ceux qui croient que plus un pays est riche moins on travail : c’est tout le contraire.
Voici pourquoi.
À l’échelle d’un foyer, plus on a d’argent plus on est riche.
Cela est faux à l’échelle d’une nation.
Une nation n’est riche que de ce qu’elle produit : industrie, services, agriculture…
Et mieux elle produit plus elle peut se développer, se diversifier, se réinventer… Et créer ce travail qui nous manque si cruellement.
Imaginez, un instant la corporation des boulangers.
Elle préfèrera produire 1000 baguettes à 1€ que 1 500 baguettes à 50 centimes. Elle gagnera 250€ de plus en produisant 500 baguettes de moins : quelle peine économisée !
Mais à l’échelle de la nation, il vaut bien mieux avoir 1500 baguettes à partager que 1 000… Et en plus pour moins cher !
Pourtant, si vous êtes un homme politique et que vous comptez vos soutiens caste par caste. Vous allez promettre à toutes les corporations plus d’argent pour moins de production.
Finalement vous aurez beaucoup d’argent pour acheter peu de choses. Vous croyant plus riche de 250 euros, vous n’en serez que plus pauvre de de 500 baguettes. Et pareil pour le bifteck, la voiture, la maison etc…
C’est comme ça qu’à l’échelle d’une nation on en vient à gagner de plus en plus d’argent pour être de plus en plus pauvre.
Et cela se vérifie en ce moment même :
L’Allemagne a pratiqué une politique de modération salariale de 2002 à 2010 impulsée par le chancelier Schröder.
La France a fait tout le contraire et augmenté le coût du travail de 50% entre 2000 et 2015 (une partie en hausse de salaires et l’autre en impôts).
Résultat, l’Allemagn voit son niveau de vie progresser plus vite que la France sur la même période (de 7,5%) => moins d’argent, plus de richesse.
Retenez bien ceci, l’argent ne crée pas la richesse. Ce ‘nest pas parce qu’on distribue des billets qu’on en devient plus riche. Cela semble évident mais cela n’empêche pas la Banque Centrale Européenne d’injecter 80 milliards d’euros tous les mois dans l’économie (700€ par foyer tout de même).
Voici encore un fabliau de mon invention pour éclairer cette idée que l’argent ne crée pas la richesse :
La fable du bûcheron et du boulanger
Il était une fois, dans un pays fort lointain, un bucheron et un boulanger.
Chaque jour le bucheron vendait ses fagots au boulanger pour 4 sous et le boulanger vendait en retour au bucheron du pain pour 4 sous aussi.
Vint un grand incendie qui détruisit la forêt où travaillait le bucheron. Le bucheron devait dorénavant marcher jusqu’à la forêt voisine et en rapporter le bois sur ses épaules. Face à cette nouvelle difficulté, le bucheron rapportait dorénavant moitié moins de fagots.
Le bucheron et le boulanger se concertèrent bien ennuyés car le bucheron n’avait plus assez de fagots à vendre pour acheter son pain. Le boulanger, lui, perdait un client et en était fort gêné aussi.
Que faire se demandèrent-ils ?
– Il faut que tu achètes mon bois plus cher lui dit le bucheron, sans quoi je n’aurais plus assez à manger.
– Impossible lui répond le boulanger, je n’aurai plus de quoi acheter ma farine.
– Alors fabriquons ensemble une charrette pour aller chercher ton bois ou trouvons un remplacement : peut-être pouvons-nous cuire le pain avec un feu de tourbe.
Alors qu’ils se concertaient vint un économiste.
Il donna 4 sous au bucheron qui s’en trouva soulagé. Le bucheron pu alors acheter son pain au boulanger. Le boulanger, lui, se retrouvant avec 8 sous au lieu de 4 se trouvait bien plus riche et fort embêté de manquer de bois accepta alors d’acheter son bois plus cher.
Finalement, au lieu d’avoir fabriqué leur charrette ou trouvé une alternative au bois, le boulanger et le bûcheron, plus riches de 4 sous se retrouvent en fait plus pauvres d’un fagot par jour et dans la situation même qu’ils souhaitaient éviter.
Ce surplus de monnaie, en donnant l’illusion de richesse à court terme bloque les investissements nécessaires pour ajuster offre et demande au lieu même de favoriser ces investissements comme il est communément admis.
Cette fable légère est de mon invention. Elle est bien sûr simpliste mais construite à partir des travaux sur la dynamique monétaire de l’économiste français Maurice Allais, elle illustre comment l’inflation rend plus pauvre en donnant d’abord l’illusion d’être plus riche.
Elle explique aussi en partie pourquoi les efforts gigantesques consentis par les les État et banques centrales depuis 2008 pour relancer l’économie se sont avérés contre-productifs.
Nous ne sommes riche que de ce que nous produisons.
Je le répète, en tant que nation, nous ne sommes riches que de ce que nous produisons.
Cela ne veut d’ailleurs pas dire produire toujours plus, mais toujours mieux.
Vouloir limiter le travail pour mieux le répartir a pour effet de détruire à la fois la richesse et le travail au lieu de le stimuler.
La vérité est que notre jeunesse est pauvre de ce qu’elle travaille moins.
Je précise tout de même que je n’ai aucun lien avec le MEDEF ou toute organisation de lobbying patronal.
Ma conclusion se fonde sur l’observation : je le répète la politique de modération salariale de l’Allemagne a porté ses fruit, le niveau de vie général s’en est trouvé amélioré.
Et la dette me direz-vous ? Ce sera l’objet d’une autre lettre mais disons tout de même qu’un État souverain peut décider d’annuler ses dettes à tout moment. L’effet le plus néfaste est que plus personne ne vous prête d’argent à partir du moment où vous déclarez la banqueroute. Vous vous retrouvez obligé d’équilibrer votre budget…
Pour finir, n’hésitez pas à répondre à ce message si vous avez des remarques, questions ou réclamations !
À votre bonne fortune,
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