Les banquiers centraux savent-ils ce qu’ils font?
Monnaie (I). Ces dirigeants ont supplanté les gouvernements à la faveur de l’opacité de la chose monétaire.
En Juin 2000, Alan Greenspan a lancé une petite bombe. Il a avoué que la Réserve fédérale américaine n’avait plus aucune idée de ce qu’est la monnaie, et comment la définir. Ce devait être une bombe, car, comment mener une politique monétaire, manipuler, intervenir, si on ne sait plus très bien ce que l’on touche, si on ignore ce qu’est devenue la monnaie à force de triturations et d’innovations. Un peu plus tard un autre gouverneur interrogé sur ce qu’était la liquidité avouait son ignorance et répondait «la liquidité c’est quand on espère vendre plus cher que l’on a acheté». Ce n’est pas une boutade, c’est une profonde vérité, peut être pas théorique mais pratique. Elle explique que, pour maintenir la liquidité, lutter contre le resserrement des conditions financières, il faille sans cesse entretenir la hausse boursière.
Savent-ils ce qu’ils font? Nous pensons que c’est une question qui mérite d’être posée alors que les banquiers centraux se sont engouffrés dans une Grande Aventure, semblable à celle de John Law, ou à celle des Assignats de la Révolution française. Une Grande Aventure qui consiste à laisser créer de la monnaie à partir de rien, du crédit gratuit en veux-tu en voilà, et à prétendre qu’il n’y a pas de limites à ces actions (Kuroda et Draghi).
Law était un joueur, il était spécialiste et adepte des jeux de hasard et expert en calcul de probabilité. Il a conduit la France à la ruine, détruit la société française. Les banquiers centraux, grisés par les pseudo-découvertes de la pseudo-science économique, les mathématiques et les modèles, se sont lancés sur les traces de Law, ils ont instrumentalisé la monnaie. Eblouis par le quantitatif et les chiffres, ils ont perdu de vue le qualitatif et ce qu’il y avait derrière cette institution fragile qu’est la monnaie. La monnaie est en quelque sorte devenue le refuge de nos ignorances économiques au point que certains envisagent des «solutions radicales» comme la distribution de monnaie tombée du ciel pour stimuler la consommation, d’autres veulent la monnaie biodégradable, monnaie qui se dévalorise si on ne s’en sert pas. D’autres encore la veulent purs digits. Yellen a affirmé récemment que la monnaie «était un bien piètre réservoir de valeur». Greenspan de son coté revient à ses premières amours et considère que le retour à l’or est la seule solution pour sortir de l’impasse ou nous sommes. Un ancien économiste du FMI, face aux dysfonctionnements actuels va jusqu’à prôner la disparition, l’interdiction de la monnaie dans ce qu’elle a d’essentiel: le cash.
Cette question de ce qu’est devenue la monnaie mérite d’être posée parce que les banquiers centraux ont pris le pouvoir, ils ont supplanté les gouvernements que vous avez élus, alors que, eux, les banquiers, ne le sont pas. Ils ont pris le pouvoir à la faveur de l’opacité de la chose monétaire et de la complicité, d’une part, des ploutocrates et, d’autre part, des élites médiatiques ou autres. Le coup de force n’est pas tombé du ciel non, il est la manifestation de la prise de pouvoir concrète par un groupe social et ses alliés. La prise de pouvoir des banquiers centraux est sur-déterminée.
Les banquiers centraux ont non seulement coupé tout lien entre la monnaie et ses référents comme l’or ou les marchandises, mais aussi tout lien avec le bon sens. Les théories les plus modernes soutiennent l’idée que la monnaie, les monnaies ne sont rien d’autre que des jetons, des «tokens», des digits d’ordinateurs et que tant qu’ils sont acceptés, tant que l’on croit en eux, alors il est possible d’en créer en toute quantité et de les distribuer à ceux que l’on choisit. Les banquiers modernes ne se posent pas de question au-delà de cette imbécillité, non, ils voient la création de monnaie à partir de rien, comme une abstraction, pas comme une action problématique. Car enfin, il y a bien un problème, la question n’est pas seulement de savoir combien de jetons on crée, mais bien de savoir à qui on les donne. C’est cela qui est important, car ceux à qui on les donne, ces jetons, les banques, les ploutocrates, les kleptocrates, la Communauté Spéculative Mondiale, ont accès à un pouvoir d’achat quasi gratuit qui leur permet de rafler toutes les richesses avant les autres: l’immobilier, les actions, les œuvres d’art, l’or, etc. etc. En clair, ceux qui sont proches du guichet qui distribue les jetons bénéficient d’un avantage incroyable, par comparaison à ceux qui sont en bout de chaine et qui ont à peine accès au crédit pour se loger ou s’installer un petit commerce, ou payer les études de leurs enfants.
Lagarde, du FMI, a expliqué que, depuis 20 ans, les classes supérieures avaient raflé à la fois les patrimoines et les revenus. Elle n’explique pas pourquoi et comment, non, mais nous vous l’expliquons: c’est grâce au levier, grâce à la possibilité qu’ont certains de s’endetter et que cela ne leur coûte rien. Le levier, la dette permettent d’anticiper, d’acheter avant les autres. La Sagesse des Nations dit: «on ne prête qu’aux riches, cela n’a jamais été aussi vrai»; elle dit aussi: «l’argent va à l’argent», c’est encore plus vrai.
Et tout cela est avalisé, toléré par des gouvernements socio-démocrates dont la propagande dit qu’ils sont les garants de l’égalité, fers de lance de la lutte contre les inégalités! La vérité oblige à constater et à dire que ce sont ces gouvernements qui produisent l’inégalité! Eh oui! Comment? Tout simplement parce que ce sont ces gouvernements qui font des déficits, qui font des dettes et qui, par conséquence, la dette des uns étant la richesse des autres, ces gouvernements enrichissent leurs prêteurs, les banques, les ploutos, les kleptos, les émirs du pétrole, les Japonais. N’oubliez jamais ceci, les dettes des uns constituent le capital, la richesse des autres. C’est ainsi que les banquiers privés ont amassé des fortunes considérables aux siècles derniers: en prêtant aux rois, aux républiques dépensières, puis à vos gouvernements.
Le comble est que, maintenant, plus besoin de mobiliser l’épargne pour amasser des fortunes, non il suffit d’être près du guichet des banques centrales, de ramasser la monnaie digit qui tombe gratuitement et de prêter cette monnaie avec un écart substantiel. C’est pire que s’enrichir en dormant; c’est s’enrichir en pillant un bien public qui n’appartient à personne, en la détournant, cette monnaie. Ils, les banquiers centraux, enrichissent tous ceux qui acquièrent des actifs financiers avec l’argent tombé du ciel, ces actifs qui sont la base du système de la Grande Aventure.
Les banquiers centraux croient, comme Law, avoir découvert le Graal, le moyen de transformer le plomb en or. En fait ils ont découvert les moyens mathématiques et statistiques de transformer l’eau des égouts, le crédit pourri, en eau claire, crédit aussi bon que l’or, money-like. On fabrique du triple A en tranches avec du subprime. Grâce au calcul des probabilités, ils créent du bon crédit à partir du subprime insolvable. Grâce à la création continue de liquidités, ils masquent l’insolvabilité chronique du Système. Law inflatait le cours des actions de la Compagnie du Mississipi qui servait de base à sa création monétaire; eux font la même chose à l’échelle globale, mondiale, ils inflatent toutes les actions, tous les fonds d’Etat. Ils créent de la monnaie et du crédit pour inflater, gonfler le prix des assets, pour créer un effet de richesse et, ensuite, ils arguent de cette inflation du prix des actifs pour ensuite en créer plus. On peut en créer plus parce qu’il y a des gages, des garanties, des collatéraux, et on doit en créer plus parce que si on n’en crée pas plus, alors les prix des assets, la Bourse va s’effondrer! Law et Ponzi étaient des débutants. Ah les braves gens!
Le bon sens ne peut expliquer pourquoi les bilans des banques centrales sont portés à 20 trillions, pourquoi elles financent quasi directement les déficits des Etats en achetant leurs dettes sur les marchés, pourquoi elles ont tué la rémunération de l’épargne, pourquoi elles imposent des taux d’intérêt négatifs à ceux qui ont la naïveté de gérer prudemment leurs affaires. Plus encore! Le bon sens ne peut comprendre pourquoi, afin de poursuivre la descente aux enfers des taux négatifs, c’est à dire la spoliation des épargnants, des retraités, des assurés, ils veulent empêcher de détenir du cash, des espèces. Ils veulent les supprimer, les interdire. Déjà ils en diabolisent la détention.