Décryptage des mouvements du pétrole
Ce qui est grossier sur ce marché du pétrole est l’archétype de ce qui se produit et se reproduit en plus fin depuis des années; la volonté de créer une fausse réalité.
Il y a la réalité et il y a la propagande. C’est ainsi, depuis des années qu’il convient d’analyser les données économiques et financières. Tout est Potemkine, tout est décor de carton pâte. Cela tient parce que les gens ont perdu l’esprit critique. Et puis l’abondance générée par le progrès des techniques donne l’illusion que beaucoup de choses tombent du ciel. Et puis l’économie est chose complexe. Mais il y a des cas ou tout le monde peut comprendre et se rendre compte. Le cas du pétrole est un de ces cas.
L’offre est supérieure à la demande, l’état des stocks, la situation difficile des pays producteurs, les rivalités géopolitiques, tout cela conduit à un prix du pétrole bas et qui devrait encore baisser jusque 35 ou 40 dollars le baril.
Cependant les producteurs ont un intérêt objectif et collectif à mentir pour produire plus, vendre plus au meilleur prix, donc ils ont un intérêt structurel, fondamental à faire prendre des vessies pour des lanternes.
Faire prendre des vessies pour des lanternes, c’est faire croire qu’un accord sur une limitation voire une baisse de la production est possible. Donc ils lancent, chaque fois que l’opportunité d’une réunion se présente, une rumeur: «on va discuter, voire se mettre d’accord sur une réduction de production». Et cela marche, cela fait monter les prix car il y a sur les marchés des idiots utiles, vendeurs à découvert, qui prennent peur, se rachètent et ainsi, par la hausse, donne crédibilité aux rumeurs mensongères.
Il y a d’un coté le Réel et de l’autre un Imaginaire et il faut bien comprendre que sur le court/moyen terme, c’est l’imaginaire qui prend le dessus. Sur le court terme dit Warren Buffett, les marchés sont des machines à voter, sur le long terme ce sont des machines à peser. Le réel est lourd pesant, il est soumis à la loi de la gravitation. Le réel se caractérise par la finitude et les bornes comme les capacités de stockage en matière de pétrole et le taux zéro en matière monétaire. En passant précisons que les taux négatifs ne sont pas un taux, pas un phénomène monétaire, non, c’est un impôt.
Les autorités ont parfaitement intégré cette distinction, elles ont tout «mis» sur les marchés. Il y a un marché pour tout et non seulement un marché pour tout, mais aussi des marchés pour les dérivés du Réel, un marché des ombres en quelques sortes. Un marché pour les tendances, les agrégats, les vitesses, les accélérations, partant du principe (faux) que tout est dérivable. Elles ont supprimé, coupé tous les référents, détruits tous les ancrages afin précisément de mettre en place la dictature de l’imaginaire.
Il s’agissait de tout rendre relatif. Si vous supprimez tout ancrage, si vous niez le fondamental, alors en tant que Maître vous pouvez tout imposer et en particulier vous pouvez imposer toutes les valeurs qui vous conviennent. Mais, incidente: pour imposer toutes les valeurs qui vous conviennent il faut que le système n’ait pas de «fuite», donc il faut des ensembles fermés comme l’Union européenne dite approfondie et bien sûr le NOM, le Nouvel Ordre Mondial.
Rothschild aurait dit que le Maître c’est celui qui maîtrise la monnaie; c’est trop limité et trop approximatif. Le Maître c’est celui qui conduit le ballet des valeurs, qui en ordonne la danse. C’est celui qui les met en scène, celui qui en balise non seulement le champ, l’univers, mais aussi l’ordonnance en fonction de ses objectifs. La monnaie n’est qu’un outil entre autres outils pour y parvenir. La communication, par exemple fait partie de ces outils complémentaires et privilégiés, d’ou d’ailleurs la structure de détention du pouvoir médiatique sur laquelle on n’insiste pas assez. L’école, l’art et le sport spectacle font aussi partie de cet agencement de l’univers des valeurs, et beaucoup d’autres choses.
La première étape de l’asservissement, c’est la destruction des valeurs, la seconde c’est leur séparation, leur disjonction d’avec les ancrages; disjonction obtenue en les plaçant dans un univers parallèle flottant, la troisième c’est la mise en place d’un système ou d’un lieu qui organise l’incertitude radicale des valeurs. Ce lieu c’est le Marché. Car c’est bien de cela dont il s’agit: imposer les valeurs qui conviennent aux Maîtres et autres dirigistes.
Leur ennemi c’est la valeur, la vraie, celle qui découle des rapports entre les gens, la valeur d’usage, la valeur d’échange et le travail. On peut ajouter si l’on veut, mais de ce n’est pas nécessaire, la valeur dite moderne, la valeur «désir» chère aux publicitaires.
Ce système est par essence fluctuant, fragile, incertain, il a sans cesse besoin d’être entretenu par des dépenses de plus en plus coûteuses et gaspilleuses, par des dettes, du crédit, des promesses, de la propagande, des mensonges. Comme telle sa caractéristique est le risque. Ce qui a donné naissance à une théorie du risque qui a consisté à nier le risque vrai, le risque du réel et à le rejeter dans les mathématiques: dans la variance, dans la volatilité des prix, des cours, bref dans les soubresauts des mouvements des ombres! Si Markowitz n’était pas né, il aurait fallu l’inventer. Mais non, la fonction crée l’organe, un autre serait venu. Le système dans son aveuglement est intelligent.
Encore un univers parallèle, imaginaire donc manipulable. Mais il a fallu le compléter par un autre imaginaire, par un mythe, celui de la toute puissance des Maîtres, c’est à dire par le mythe de la toute puissance/crédibilité des banquiers centraux.
Si on rejette le risque hors du réel, ce qui est le fondement de la situation présente alors il faut nécessairement imposer le mythe de la toute puissance d’une classe de grands prêtres détenteurs des Secrets. Il faut confier la tâche de la gestion du risque non pas à ceux qui agissent, qui font, qui produisent, qui échangent, mais à ceux qui connaissent les prières, les incantations. On passe d’un monde de science à un monde d’Autorité. Ce qui fait loi ce n’est pas le vrai et l’efficace, mais ce qui est cru.
La seule loi de l’économie qui s’impose à tous les systèmes est ce que l’on appelle la loi de la valeur. La valeur est l’horizon incontournable de l’économie. Et lorsque l’on dit qu’un jour il y aura «réconciliation», on ne dit pas autre chose que ceci: un jour l’imaginaire s’effondrera et les Valeurs, leur rareté, leur travail contenu, reprendront le dessus. Les choses économiques et autres se remettront en ordre.
Plus tard on analysera tout ce que les Maîtres ont fait depuis 2008 comme une gigantesque tentative d’échapper à la loi de la valeur, la loi de la rareté, loi de la solvabilité, loi du répondant. La crise de 2008 c’était, c’est encore, l’appel, l’exigence fondamentale de Kant: «mais cet or l’as tu dans ta bourse au moins». Que ce soit le crédit qui inflate les valeurs, que ce soit le marché financier qui fait léviter les cotations grâce au phénomène de jeu, le fameux appétit pour le risque, que ce soit l’immobilier qui remplace la propriété d’un bien par un contrat hypothécaire, tout cela sont des essais, récurrents de truquer la valeur, par le biais de la multiplication des signes monétaires, par le biais de l’avilissement des taux d’intérêt, par le biais de la parole et de promesses mensongères qui sont affublées du nom pompeux de «guidances».
La crise qui couve depuis 35 ans et s’est à nouveau extériorisée en 2008 est une crise de la Valeur. Et elle est traitée non pas en restaurant la vérité absolue et relative des valeurs, mais en les niant, comme nous ne cessons de répéter: en séparant l’ombre du corps, dans un imaginaire Faustien.
Nous avons assisté à cette séquence tout au long de ces derniers jours, avec son dénouement, prévu, prévisible; la rechute des cours du pétrole sur la déception.
Ce qui est grossier sur le pétrole est l’archétype de ce qui se produit et se reproduit en plus fin depuis des mois et des années; la volonté de créer une fausse réalité, un monde parallèle au monde réel. Cela marche mieux pour la finance, le monétaire et l’économie général que pour le pétrole seul car les acteurs sont plus sophistiqués, les metteurs en scène plus vicieux et les Maîtres mieux coordonnés.n