Les dépêches, contagion, contagion

L’état de santé de Deutsche Bank a fait  chuter le secteur bancaire à Wall Street. Il a fait baisser les marchés asiatiques cette nuit. 

La Deutsche Bank est le plus gros intervenant sur les dérivés avec un notionel de 64 trillions . Son leverage est de plus de 37 fois, son capital ne représenatnt que 2,68% de son bilan. Sa rentabilité est très faible, sinon nulle. La DB est un acteur, voire l’acteur majeur sur ce qu’il est convenu d’appeler « l’eurodollar ». La DB essaie de changer de business model en raison de la mutation des marchés financiers et de la raréfaction des financemnents en dollars en cours depuis 2014 ; la DB est au coeur du recyclage mondial des déficits des uns et des excédents des autres. C’est la banque systémique par excellence.

Les problèmes actuels ou potentiels de la DB ne se situent pas au niveau des fonds propres ou même de la rentabilité, les problèmes sont au niveau du financement , refinancement ou ce que l’on apppelle la « liquidité ». Celle ci peut disparaitre très rapidement, façon Lehman et cela a déja commencé. Un « run » de gros peut faire disparairte le refinancement de gros de son bilan et un « run » de détail est également possible. Le capital n’a rien à voir dans l’affaire et une augmentation de capital ne changerait rien  au contraire: on l’a vu dans le cas des banques italiennes, les augmentations de capital font chuter les cours de Bourse et créent la panique. La voie choisie par la DB, liquider des actifs est la bonne, mais elle est couteuse aussi bien pour la DB que pour la place en genéral. La direction de la DB est condamnée à agir vite, au dela des paroles car ce genre de situation peut évoluer de façon accélérée.

Les problèmes des banques allemandes sont aggravés par la politique monétaire de la BCE, mais celle n’en est pas la cause principale.

L’arrogance des allemands et l’hostilité des anglo-saxons  semble aggraver la situation  

Ce qui se passe sur la DB est déflationniste, comme tout ce qui « impair » le secteur bancaire et la création de crédit, et autres bestioles modernes synthétiques et mathématiques. 

On se reportera à nos nombreux articles récents qui analysent la situation en profondeur en particulier au niveau du refinancement.

Peu avant la clôture des marchés européens, l’agence ‘Bloomberg’ annonçait que la première banque allemande a perdu des clients dans la compensation de produits dérivés. Ces clients, des fonds d’investissement spéculatifs (« hedge funds ») auraient retiré cette semaine à Deutsche Bank une partie de leurs opérations de compensation de produits dérivés pour les confier à d’autres banques. Or, la première banque allemande est l’un des plus gros acteurs mondiaux sur ce marché de la compensation des produits dérivés.

Les cours des bancaires en nette baisse à New York jeudi soir

Cette information, basée sur un document interne que s’est procuré ‘Bloomberg’, doit toutefois être relativisée : sur 200 fonds clients dans la compensation de produits dérivés, seule une dizaine d’entre eux ont retiré à Deutsche Bank une partie de leurs activités.

Cela a cependant suffi à déclencher un nouveau vent de panique sur les valeurs bancaires à Wall Street jeudi soir, un mouvement qui pourrait s’étendre en Europe vendredi. Le titre (ADR) Deutsche Bank a ainsi plongé de 6,8% à 11,46$ en séance sur le Nyse dans un volume record, tandis que les actions de Goldman Sachs (-2,7%), JP Morgan Chase (-1,6%), Bank of America (-1,3%) et Wells Fargo (-2%) ont également bu la tasse.

L’ADR de la banque française Société Générale coté à Wall Street a cédé jeudi soir 4,2%, alors qu’à la clôture de Paris, le titre SocGen avait reculé de seulement 0,5%. A la clôture de Francfort, le titre Deutsche Bank avait gagné 1% à 10,88 euros. Il a néanmoins abandonné plus de 50% depuis le début de l’année et évolue près de son plus bas historique, atteint la semaine dernière à un peu plus de 10 euros.

L’Etat allemand dément préparer un plan de sauvetage

Le 20 septembre dernier, le quotidien allemand « Handelsblatt » avait écrit que plus de 20 MdsE de fonds sous gestion auraient été retirés de Deutsche Bank au cours du premier semestre, dont près de 7 MdsE en Allemagne.

La plus grande banque allemande, qui gère près de 2.000 milliards d’euros d’actifs (soit plus de la moitié du PIB allemand) s’est engagée depuis un an dans un vaste plan de restructuration destiné à renforcer son bilan et à réduire son profil de risque. Ce plan prévoit notamment de supprimer 9.000 postes (9% de ses effectifs) et de diminuer sa taille en sortant notamment d’une dizaine de pays.

A la mi-septembre, la banque a encaissé un coup très dur lorsque la justice américaine lui a imposé une amende géante de 14 milliards de dollars (12,5 MdsE) pour solder son rôle lors de la crise des crédits « subprimes » de 2008. Ce montant est quasiment équivalent à la capitalisation boursière de « DB », qui est tombée autour de 15 MdsE…

Même si le montant de cette amende devrait être négocié à la baisse, de nombreux analystes estiment que la banque allemande (déjà l’une des moins bien capitalisées d’Europe) devra lever des capitaux frais sur le marché, voire recourir à une aide d’Etat pour faire face à cette sanction judiciaire. Dans les deux cas, les actionnaires actuels (dont les fonds souverains du Qatar avec 9%) verraient leurs participations fortement diluées… Des rumeurs ont circulé ces derniers jours dans la presse sur un projet de plan de soutien par l’Etat allemand, mais le gouvernement a jusqu’ici formellement démenti une telle hypothèse.

Avant de lever des capitaux, Deutsche Bank devrait aussi accélérer les cessions d’actifs, ce qu’elle a déjà commencé à faire en vendant mercredi l’assureur-vie britannique Abbey Life Insurance à Phoenix Group Holdings, pour 1,1 milliard d’euros. L’établissement pourrait également céder son unité de gestion d’actifs DWS, valorisée à plusieurs milliards, même s’il s’agit d’un de ses plus beaux fleurons. La banque pourrait aussi procéder à une nouvelle opération de titrisation de prêts aux entreprises afin de se décharger du risque pesant sur ces prêts.

Deutsche Bank est la banque systémique la plus risquée, selon le FMI !

Les déboires de Deutsche Bank ont eu un effet négatif considérable sur l’ensemble du secteur bancaire, dans la mesure où l’établissement est considéré comme « systémique ». Une perte de confiance des autres acteurs financiers pourrait même entraîner, par effet domino et dans le pire des cas, une faillite à la Lehman Brothers, la banque d’affaires dont la chute avait déclenché la crise financière mondiale en septembre 2008. La plupart des observateurs excluent cependant un tel scénario noir, estimant que ni l’Allemagne, ni la BCE, ne peuvent se permettre de laisser sombrer l’un des fleurons de la banque du Vieux Continent…

Fin juin, une étude du FMI avait jugé que Deutsche Bank était la banque la banque « systémique » la plus risquée, c’est-à-dire la plus susceptible de provoquer des dommages à tout le secteur, en raison de son interdépendance avec de nombreuses entreprises.

Les liens de la Deutsche Bank avec les plus grandes banques mondiales en font le principal facteur de risque pour le système financier dans son ensemble, avait ainsi mis en garde le Fonds monétaire international. En outre, cet été, une filiale américaine de Deutsche Bank a été l’un des rares établissements à échouer aux tests de résistance (« stress tests ») menés par la Réserve fédérale.

[Bloomberg] Bank Stocks Decline in Asia as Deutsche Bank Concerns Increase

[Bloomberg] Won, Ringgit Lead Drop in Emerging Currencies as Yield Bid Wanes

[Bloomberg] Gold Advances as Deutsche Bank Concerns Stoke Demand for Haven

[Reuters] Fever spreads: China’s property speculators descend on inland cities

[NYT] Concern Over Deutsche Bank’s Health Shakes Markets

[WSJ] The Ghost of Lehman Brothers Haunts Deutsche Bank

[FT] Hedge funds pull business from Deutsche Bank

[FT] Outflows from European equity funds approach $100bn

[FT] The return of Mao: a new threat to China’s politics

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