SDF cognaçais de 39 ans, Wilfried a joint CL pour dire l’urgence de sa situation et celles des précaires.
Un squat dans Cognac, insalubre au possible. C’est là que Wilfried, 39 ans, a passé la nuit dernière. «C’est pas humain», dit-il. Celles d’avant, c’était sous la tente. Son errance dure depuis juin dernier «quand [son] ex-compagne [l]’a mis dehors». Violences conjugales, contrôle judiciaire sur le dos, il ne le cache pas: depuis neuf ans à Cognac, ce père d’une petite fille est aujourd’hui dans l’impasse. Il fait partie de ces sans domicile empêtrés dans des parcours d’errance destructeurs. Il alterne depuis cet été vie dans la rue et hébergement d’urgence, ballotté de centre en centre. Quand il y a de la place.
Wilfried a ainsi fait un saut à Rochefort dans un centre d’urgence. «Mais si je reste trop là-bas, je risque de perdre ma demande de logement social à Cognac, souligne-t-il. Et trouver du boulot quand on te promène comme ça, c’est pas possible. Les boîtes d’intérim me le disent: situation instable, donc c’est délicat de me confier des missions. Elles sont réticentes. On tourne en rond. Je tourne en rond.»
Wilfried a déjà bossé pourtant. Il a des fiches de paie. Il cherche du travail. Son dossier de demande de logement au centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) est en cours, comme son dossier RSA. «Mais rien n’avance. J’ai perdu 7 kilos et je suis fatigué de cette galère, je ne vois pas l’issue», s’inquiète-t-il.
Et de regarder d’un œil envieux et interrogatif l’élan de solidarité en faveur des migrants de Calais qui traverse depuis quelques semaines Cognac. «C’est bien, il faut aider ces gens. Mais je dis il faut nous aider aussi à Cognac. Quand je vois tout ce qui est fait pour ceux qui vont arriver, c’est un peu dur à avaler quand toi tu te bats depuis des mois pour t’en sortir et que ta situation ne change pas.»
Se faire entendre, «pour une fois», c’est la raison pour laquelle il a contacté Charente Libre. Pour confier aussi les inquiétudes qu’expriment aujourd’hui les personnes en situation de précarité comme lui face aux risques à venir de concurrence entre «pauvres». «On les entend de plus en plus en effet dans les discours, c’est une réalité. Ce n’est pas simple à gérer», admet-on au 115. «C’est pas du racisme anti-migrants, c’est juste un coup de gueule, du ras-le-bol», tient à préciser Wilfried, soucieux de ne pas être instrumentalisé par ceux pour qui le sans-abri, d’assisté jusque-là, est devenu d’un coup le compatriote à défendre contre le migrant.
Extrait de La charente Libre