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Cher lecteur,
À partir du 8 novembre prochain, les pouvoirs publics pourront :
- Fixer arbitrairement les rendements des assurances vie, à la manière du livret A et à la place des companies d’assurance et ;
- Geler indéfiniment les retraits de vos assurances vie — c’est à dire que vous ne pouvez pas jouir de votre épargne même si vous en avez besoin. Ce qui s’apparente à de la spoliation.
Il s’agit d’un arsenal de mesures qui pourront bien sûr être appliquées à une compagnie d’assurance en difficulté mais aussi à toutes les companies d’assurances :
C’est une nationalisation de l’épargne qui ne dit pas son nom.
Une assurance vie est essentiellement un produit d’épargne qui n’aurait pas d’intérêt particulier si elle n’était largement défiscalisée.
C’est cette défiscalisation qui permet aux contrats d’assurance vie de présenter le meilleur rapport rendement / sécurité pour les épargnants, du plus modeste au plus fortuné.
C’est ainsi que les contrats d’assurance vie représentent aujourd’hui 40% de l’épargne en France — 1 500 Mds€ en valeur.
Cette incitation fiscale n’est bien sûre pas une simple largesse désintéressée de l’État :
Elle a permis à l’État de capter une bonne partie de cette manne de 1 500 Mds€ pour financer à bon compte sa dette, 80% des avoirs des assurances vie sont placés en dette souveraine — ce que l’on appelle « les fonds euro ».
Malheureusement, cela a aussi créé une distorsion dangereuse.
Cette forte incitation à placer votre argent dans un fonds euros d’assurance vie a privé l’économie privée d’une source importante de financement — en particulier les PME qui souffrent tant depuis 2008.
Mais ce n’est pas tout. Voilà que l’État et le gouverneur de la banque de France, M. Villleroy de Galhau, trouvent tout d’un coup que les largesses fiscales de l’assurance vie participent à un « excédent d’épargne » [1].
C’est un point très important, il marque le moment où l’État cesse complètement de vous représenter pour suivre son intérêt propre :
Tant que l’État a besoin de votre épargne pour financer son déficit, l’assurance vie est encouragée.
Maintenant qu’il trouve à se financer durablement auprès de la Banque centrale européenne —et cela bien que cela lui soit spécifiquement interdit, mais cela fera l’objet d’une prochaine lettre— il préfère réorienter votre épargne vers… la consommation.
C’est logique : la consommation c’est de la TVA, de l’impôt sur les sociétés si c’est un produit français… c’est surtout de l’inflation qui permet de réduire artificiellement la charge de la dette et vous appauvrit en même temps de manière d’abord indolore.
Mais de votre point de vue : c’est tout autre.
Si vous avez déjà un logement décent, de quoi vous déplacer, vous chauffer, vous nourrir et vous vêtir… Pourquoi donc devriez-vous dépenser plus ?
Oui, vous avez raison d’être prudents.
Oui, il est sans doute plus sage d’éviter des dépenses inutiles aujourd’hui afin de pourvoir à celles peut-être vitales de demain.
Oui, vous avez intérêt à échanger des services avec vos proches, aider votre voisin à réparer sa machine et réciproquement. Partager vos trajets en voiture, échanger vos maisons plutôt que de les louer…
Mais ce n’est pas l’intérêt de l’État.
L’État doit prélever la taxe.
Alors que fait l’État ?
Le régime des assurances vie présente un biais qui draine un surplus d’épargne.
Très bien supprimons le biais. Supprimons l’avantage fiscal des assurances vie.
Mais ce n’est pas ce que l’État fait.
Le chemin qu’a pris l’État est malheureusement bien vicieux et dangereux et s’exprime dans l’article 21bis de la loi fleuve sur « la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique », dites Sapin 2, loi fourre-tout et indigeste dont les articles se discutent en colliers de perles jusque tard dans le nuit de l’hémicycle : le 21bis a été approuvé à 1h du matin, en force, comme amendements « techniques ».
Vous trouverez aussi des dizaines d’articles de grande qualité sur les détails techniques qu’implique cet article de loi, notamment ici, ici ou ici.
C’est l’esprit qui m’intéresse.
Et l’esprit c’est que l’ÉTAT pourra disposer de 1 500 Mds€ d’épargne à sa guise en :
- la confisquant ;
- la favorisant ;
- la dissuadant ;
- la faisant pourrir — et c’est bien le plus probable…
1 500 000 000 000€, cela représente les 2/3 de la dette de la France.
C’est un outil extrêmement puissant mis entre les mains de personnes aux abois et qui n’auront ni à perdre, ni à souffrir des choix qu’ils feront.
Bien sûr ce sont des mesures présentées comme exceptionnelles qui pourraient tout à fait ne jamais être appliquées.
Il se trouve qu’il n’y a pas de hasard et que ce projet de loi a bénéficié d’une procédure accélérée… Car le temps presse.
Les compagnies d’assurances sont dans une situation catastrophique.
Le secteur de l’assurance est en train d’être asphyxié par l’environnement de taux bas et négatifs.
Cette situation a un précédent : le Japon de la fin des années 1990. C’était il y a moins de 20 ans et 7 compagnies d’assurance avaient fait faillite en l’espace de 4 ans.
En cause : les rendements garantis des contrats d’assurance-vie étaient devenus trop élevés par rapport à la conjoncture.
Il y a quelques jours, l’agence de notation Standard & Poors a publié une étude sur l’impact des taux négatifs sur le secteur de l’assurance [2]. Même constat que pour le Japon de 1997, les compagnies d’assurance n’ont plus les moyens de rémunérer leur contrats d’assurance-vie.
Cela fait déjà deux ans que les assureurs puisent dans leurs réservent pour servir des taux d’intérêt supérieurs aux rendements réels de leurs avoirs.
À ce rythme, il faudra à peine 2 ans pour qu’ils arrivent au seuil des intérêts garantis : en moyenne autour de 1%. Il seront alors piégés en plus de faire face à la concurrence d’autres placements plus attractifs.
La conclusion de Standard & Poors est sans appel : sans remontée des taux, le secteur entier sera en faillite d’ici 2 ou 3 ans maximum.
Et même si les taux remontent : le filet se referme
Il faut donc que les taux remontent, me direz-vous.
Sans parler des problèmes que cela poserait, notamment pour le financement du deficit de l’État et des collectivités, cela serait aussi une mauvaise nouvelle pour les assureurs.
Les avoirs des fonds euros ont en effet été placé dans des obligations d’État de long terme, à très faible rendement, et en cas de remontée des taux, ils ne pourraient servir un intérêt reflétant cette embellie… et il y aurait un risque fort que de nombreux épargnants transfèrent leurs avoirs vers d’autres placements plus rentables…. Et là encore, c’est la banqueroute pour de nombreuses compagnies d’assurance.
La triste réalité est que la partie est déjà jouée.
C’est l’heure des comptes.
L’incapacité de l’État à se réformer conjugué au choix des banques centrales de les sauver coûte que coûte fait une victime collatérale : l’épargne privée. VOUS.
Sans intervention de l’État, une purge se produirait avec faillite des assureurs les plus faibles et ré-organisation du secteur autour de groupes les plus sains.
Mais les moyens d’intervention dont l’État se dote, en particulier la capacité à agir sur le secteur dans son ensemble au lieu des seuls moutons noirs, laisse présager de la volonté de l’État d’éviter les faillites.
Il s’agit de ne pas punir les mauvais élèves mais de diluer, de contaminer le secteur dans son ensemble, le laisser littéralement pourrir en dissuadant les initiatives par une mise au pas du secteur tout entier.
Il est urgent de sortir du jeu sans attendre.
Bien sûr je ne peux en aucun cas prédire l’avenir. Mais le secteur de l’assurance et les moyens d’interventions dont l’État se dote présentent aujourd’hui un risque d’une importance majeurequi justifie d’agir au plus vite.
Si vous détenez une assurance vie en euros : rachetez-là.
5 pistes pour placer votre argent
Malheureusement, les banques sont dans une situation plus préoccupante encore que les assureurs. À tel point qu’il faut accepter que laisser vos économies sur un compte courant présente aujourd’hui des risques : risque de faillite, risque de taxation.
Je comprends que cela paraisse incroyable mais tel est le prix à payer face aux expérimentations monétaires actuelles (je reviendrai dans une prochaine lettre sur les politiques monétaires dévastatrices des banques centrales).
L’idéal, comme toujours, est encore de diversifier vos investissements, notamment en en sortant une bonne partie du système bancaire :
- Gardez toujours un peu d’argent liquide chez vous (quelques milliers d’euros selon votre situation financière) ;
- Achetez de l’or, de l’argent, du cuivre même, sous forme de pièces ou de lingotins, mais toujours physique ;
- Investissez dans l’immobilier : il y a de beaux placements à faire dans des T2 et T3 de province en ce moment pour peu qu’on respecte quelques règles de base ;
- des investissements dans des objets qui « stockent » la valeur peuvent avoir un sens, surtout si vous avez une passion. Sachez que les planches de BD se vendent une fortune aujourd’hui, comme certains meubles vintage. Attention, toutefois, le vin est un placement très risqué à l’image des flacons qui peuvent toujours être bouchonnés après tout ;
- Enfin de manière plus conventionnelle, envisagez aussi un contrat en assurance-vie… au Luxembourg. Vous bénéficierez des garanties luxembourgeoises bien plus solides qu’en France et de la fiscalité française.
Tous ces placements ne conviennent bien entendu pas à tout le monde. Ils ont chacun leur intérêts et leurs risques. J’y reviendrai dans cette chroniques dans les semaines qui viennent.
Je vous en remercie d’avance.
À votre bonne fortune,
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