Il me semble que Trump commet deux erreurs. La première est une erreur de politique économique, la seconde une erreur de politique étrangère.
J’ai deja abordé la question de la politique économique donc je n’y insisterai pas. Elle va entrer en collision avec la Fed. Que l’on sache que se lancer dans une action de stimulation par la dépense de grands travaux keynésiens alors que le taux officiel de chômage est sous les 5%, est quasi suicidaire. Les conseillers de Trump oublient que la stagnation salariale qui prévaut depuis les années 80 constitue une sorte de ressort bandé qui ne demandera qu’à se détendre à la première vraie occasion. Si dans le même moment vous retirez les limites ou les modérations à la hausse des prix que constituent la concurrence étrangère, vous avez toutes les conditions réunies pour un dérapage. La situation économique américaine après 8 années de stimulation mérite d ‘être gérée avec le plus grand doigté.
Par ailleurs , mais ceci est plus politique qu’économique il est manifeste par les nominations et les première déclarations de Trump qu’au lieu de s’éloigner du Big Business afin de satisfaire ses promesses de campagne, s’en rapproche, au point de coucher avec lui. Le caractère crony du système américain au lieu de se réduire est en passe d’être renforcé. La nomination du patron d’Exxon à la tête du Secrétariat d’Etat indique que la politique étrangère sera dominée par le business, la recherche d’avantages plutot que le sens de l’histoire.Tout ne se résume pas au pétrole dans la vie. On voit poindre une sorte de risque de corporatisme.
Au plan international les choses commencent à se clarifier, grace aux gaffes du Président élu et de son équipe.
Je relève:
-rapprochement avec la Russie
-le durcissement avec la Chine
-le durcissement avec le Mexique
Le rapprochement avec la Russie est nécessaire, mais il est dialectique. Il faut sortir des politiques d’affrontement et de démonisation, mais en même temps contenir la Russie. Il faut cesser de la provoquer mais lui montrer les limites à sa politique étrangère de tendance agressive. Il faut cesser de comparer Poutine à Hitler, mais en même temps parvenir à un équilibre. Et c’est un jeu délicat sinon dangereux: comment cesser de provoquer tout en restant fort? Les Chinois viennent de dire que Trump commettait des erreurs de gamin en politique étrangère, on peut craindre que cela ne soit aussi le cas avec la normalisation Russe.
Le ton faucon avec la Chine ne semble pas résulter du hasard, il nous parait être un choix afin de lever la voix et de créer un rapport de forces. La mise en cause de la One China Policy est soit une erreur de débutant, soit une monnaie d’échange. Une posture de négociation. Les problèmes , les relations avec la Chine ne ressortent pas du baton et de la carotte car autour de ces problèmes il y a la finance, la stabilité du marché financier global, les flux de marchandises finies et semi finies, les monnaies et rien n’est unilatéral. Le dollar est quasi condamné à monter et le Yuan quasi condamné à baisser, c’est la logique d’une situation qui date de nombreuses annnées et des politiques qui ont été suivies antérieurement.
Secouer l’édifice chinois c’est secouer aussi l’édifice global, mettre en péril la stabilité du système et celle des USA! Le système de Bretton WoodsII, le système de recyclage sur lequel nous avons vécu est en train de se déliter par le flux de ventes de Treasuries US initié depuis 2013/2014. La Chine a perdu une grande part de sa compétitivité, elle est obligée de stimuler sans cesse pour maintenir une croissance socialement suffisante, le macroprudentiel est de moins en moins efficace: le Yuan a vocation a baisser. La question est de savoir si cela peut être géré sans danger pour l’édifice mondial. Trump n’a pas l’air de l’avoir compris, il reste prisonnier des schémas et des promesses de sa campagne aux chômeurs de la désindustrialisation.
Le vrai risque de cette ignorance de Trump, c’est une guerre commerciale qui obligatoirement débouchera sur une guerre financière et monétaire. La pyramide mondiale n’y résistera pas. Désigner la Chine comme Currency Manipulator serait non seulement idiot, car le yuan est surévalué, le FMI le reconnait, mais également ce serait une déclaration de guerre.
S’agissant du Mexique. Le plus important ce ne sont pas les rodomontades de Trump, mais les mouvements de change. La campagne de Trump, puis ses déclarations initiales, tout cela a fait s ‘effondrer le cours du Pesos , ce qui rend l’attrait du travail et des produits mexicains encore plus grand. C’est Trump lui même qui améliore la compétitivité du Mexique et qui produit le problème contre lequel il prétend lutter. Il y a peu de chances que dans ces conditions Trump réussisse à dissuader les grandes enrterpises américaines de procéder à des délocalisations et à entamer des relocalisations. Il est probable qu’il va mettre en place des obstacles aux échanges entre les deux pays, ce qui aura pour effet non pas de rapatrier des productions mais de produire des hausses de prix et donc des baisses de pouvoir d’achat interne nuisibles à la croissance.
[Reuters] Asian shares, dollar wobble as investors brace for Fed outcome
[Bloomberg] China Stocks Drop as Dollar Stalls on Fed Countdown, PBOC Watch
[Bloomberg] China Home Sales Rose 16% in November at Slowest Pace This Year
[Reuters] Trump’s tough trade talk makes U.S. firms fear China retribution