Le commencement de la fin
Prévisions 2017 (1/2). La fuite en avant accélère sans rien résoudre. Le premier semestre sera satisfaisant mais trompeur.
Voici venu le temps des fameuses prévisions annuelles. Elles se résument comme suit:
l Nous sommes en crise fondamentale, structurelle même si cette crise prend diverses formes, apparences et donc produit différentes manifestations.
l Les Cassandre ont tort, structurellement tort et ils trompent le public. Les autorités n’ont certes pas le pouvoir de résoudre les problèmes et d’apporter des solutions à la crise, mais elles ont un pouvoir colossal, qui est celui de retarder l’inéluctable (ceci je le professe depuis le début des années 80).
l Le traitement des crises est toujours le même: il s’agit de retarder, de «kick the can» par le biais de la politique monétaire. D’abord politique monétaire classique, ensuite politique monétaire non conventionnelle, enfin politique monétaire autoritaire, violente, brutale, confiscatoire comme les taux négatifs, la menace sur le cash, l’helicopter money, la politique de contrôle des revenus et enfin la spoliation. Nous grimpons l’échelle de la répression financière. Et du cynisme.
l Le traitement monétaire jusqu’à un certain stade est favorable aux actifs financiers et nous avons résumé cela par une affirmation scandaleuse maintes fois déclinée: «Vive les crises»! Tout cela peut continuer tant que la demande pour la monnaie reste importante, tant que l’on ne la fuit pas.
l Au delà de ce certain stade, la tendance à la destruction succédera à la répression, mais cela ne sera pas linéaire, il y aura des hauts, des bas et des rémissions et donc des illusions.
l Nous avons considéré depuis 2010 qu’il n’y aurait jamais d’Exit et que la Fed ne pourrait jamais réduire la taille de son bilan («ils ont brûlé les navires»). Ceci a déjà été confirmé par Yellen à deux reprises en 2015 et 2016. La tentative en cours de normalisation des taux se fait par un subterfuge technique qui ne passe pas par la réduction de la taille du bilan de la Fed
l Nous avons depuis 2010 pointé l’année 2017 comme l’année du commencement de la fin, c’est à dire l’année ou les failles se révélaient, les choses échappaient au contrôle. Ceci s’est manifesté à l’été 2016 lors de la crise Chinois et en janvier-février 2016. Et puis il y a eu la sérieuse alerte sur la banque phare mondiale, la Deutsche Bank. Grâce à la concertation, tout est rentré dans ce que l’on peut abusivement appeler l’ordre.
l S’agissant des marchés, même si nous utilisons par commodité de temps à autre le mot «bulle», nous affirmons qu’il n’y a pas de «bulle» et qu’il n’y en aura pas tant que la masse de liquidités dans le monde continuera de progresser. Ce qui fait la valeur moderne c’est l’échange monnaie contre actifs quasi-monétaires, ce n’est pas le rapport entre le réel et les actifs papiers. Le champ des actifs est homogène affirmons nous et le lien avec le champ réel est coupé.
La période devient chaotique, c’est le propre des transitions. Au début 2016, nous avons considéré que le risque de récession devenait envisageable, le commerce global fléchissait et la «bulle» chinoise menaçait d’éclater.
Nous avons rapidement compris et estimé que ceci ne se produirait pas et anticipé des actions vigoureuses et secrètement coordonnées en particulier avec la Chine afin d’éviter cette récession; c’est ce qui s’est produit grâce à une création de crédit colossale en Chine, complétée par un contrôle de la baisse du change du yuan et grâce à un renversement de la stratégie des producteurs de pétrole.
Une modeste reprise économique s’est profilée dès le second semestre. Aux Etats-Unis, il faut noter que la tendance à la dégradation des profits a été enrayée et ceci a constitué un soutien relatif aux dépenses d’équipement. Ceci a aussi été constaté au niveau global. Vous savez que nous accordons un rôle central au profit et au taux de profit dans nos appréciations de la situation.
En fin d’année 2016, les marchés financiers sont devenus exubérants en liaison avec la victoire de Trump et son projet des Trumponomics.
Ils anticipent de larges réductions d’impôts, un programme de dépenses d’infrastructure et des dérégulations. Les ménages semblent plus optimistes, on le voit nettement dans les dernières enquêtes de confiance des consommateurs. Le dernier baromètre de l’Université du Michigan a atteint 98,2 en décembre, c’est le plus haut depuis janvier 2004. A noter que l’exubérance des actions a fait les affaires de la Fed, la hausse minuscule des taux a été bien absorbée, certes les portefeuilles obligataires ont perdu 3 trillions, mais les portefeuilles d’actions se sont valorisés de 3 trillions. Pas d’appauvrissement global.
Du coup tout le monde prévoit une accélération de la croissance. A noter que cette prévision est une surprise pour beaucoup d’observateurs. Gavyn Davies, l’ancien de chez Goldman, maintenant au Financial le reconnaît, «c’est la première fois que toutes les économies majeures donnent l’impression de vouloir croître au dessus du trend de ces derniers années». Gavyn Davies veut espérer, mais il ajoute que «ce n’est pas pour autant qu’il a confiance que l’économie globale sera capable de vaincre les forces puissantes de la stagnation séculaire».
L’optimisme est il justifié? Non, au delà d’un coup de fouet, les Trumponomics ne résolvent rien.
Tout est possible, car on part de bien bas et grâce au crédit on peut faire un bout de chemin. La croissance des Etats-Unis pour l’ensemble de 2016, ne l’oublions pas est à peine de 1,5%, la plus faible depuis 2012; on peut faire mieux! Le redressement du 2e semestre a pour origine la consommation, le logement et le crédit, pas l’investissement des entreprises! Quelle sera la réaction des consommateurs si le coût du crédit augmente comme cela est prévu?
Le relais par la dépense des entreprises ne semble guère probable, la hausse du dollar, est un vent contraire tout comme la mauvaise allure de la productivité: elle force à peser sur les salaires. Et puis il y a le boulet, l’esclavage volontaire de la dette: les entreprises ont émis des tombereaux de dettes qui les affaiblissent et fragilisent afin de profiter des taux bas avant la hausse.
On a émis de la dette pour spéculer, pour faire de l’ingénierie, pas pour investir productivement. Comme le remarque Bill Gross: «les taux ultra bas ont incité à bâtir du leverage parce que c’était avantageux, mais cela plante les graines du prochain ralentissement ou du prochain accident financier»
Le principal frein à l’investissement devrait être à notre avis, l’incertitude sur le futur régime mondial, en particulier sur l’évolution de la globalisation. Elle a déjà touché son pic, mais les projets de Trump la rendent encore plus problématique.
L’horizon n’est pas dégagé, la visibilité est faible, les entreprises n’aiment pas cela. La globalisation joue un rôle essentiel dans la production et la réalisation de profit pour les grandes firmes. Il n’y a pas que le commerce mondial qui ralentit, il y a les mouvements de capitaux: les flux internationaux de capitaux se tarissent, les investissements à l’étranger sont en vif recul. On assiste à une nette re-domestication.
Au total, nous pensons que l’année 2017 peut être une année de rupture, de choc encore plus que ne l’a été 2016: beaucoup de paramètres qui gouvernent la situation fondamentale se sont dégradés, la fuite en avant n’a fait qu’accélérer sans rien résoudre. Elle a fragilisé.
Au plan conjoncturel, la lancée de la fin 2016 devrait permettre un premier semestre 2017 plutôt satisfaisant, mais trompeur. Les craintes de récession devraient resurgir vers la fin de l’année. Ce serait un profil inverse de celui de 2016 qui avait mal commencé mais qui a bien fini.
S’agissant d’investissement rien n’est à son prix, rien n’est attrayant, tout sera perdant en termes réels, y compris en réinvestissant les intérêts et dividendes, dans une perspective de long terme.
Retenez bien ceci et si vous voulez aller vite, uniquement ceci: nous ne sommes pas en train de sortir de la crise, nous entrons dans une nouvelle phase, une phase active au sens ou on le dit pour les volcans.
La dialectique du roi dollar, la hausse du dollar n’est pas un sous produit non voulu de la normalisation des taux, c’est une nécessité, une arme des Etats-Unis pour maintenir le système monétaire actuel qui est en sa faveur. La hausse du dollar a à voir avec «The World America Made». La hausse du dollar équivaut à une mise au pas. Mise au pas de Trump, mise au pas du reste du monde.
Voici l’arme de destruction des périphériques, émergents, concurrents et compétiteurs stratégiques qui prétendent porter le challenge aux Etats-Unis: le dollar, c’est l’arme atomique suprême de ce pays.
La Nouvelle Phase sera celle de la préparation du Grand Reset. C’est notre hypothèse de travail. Nous en ignorons bien sûr le contenu et la forme, mais nous sommes certains de sa nécessité. La nécessité est logique, dialectique, surdéterminée. Peu importe les discours et les intentions affichées. C’est elle qui gouverne. Il est évident que la pensée logique est incapable de fournir un calendrier, le temps logique n’est pas le temps des humains mais celui des dieux.
Les Etats-Unis ont monté les taux deux fois, les marchés considèrent qu’il y aura trois nouvelles hausses en 2017.
Les Etats-Unis réduisent la stimulation interne, domestique, mais ils bénéficient des entrées de capitaux venant d’ailleurs, ils assèchent le reste du monde, le ROW. Ils réussissent le paradoxe de réduire la stimulation tout en maintenant l’aisance.
Les Etats-Unis drainent la richesse mondiale! La normalisation de la Fed coïncide fort opportunément avec les espoirs que le paria, Trump, a fait naître sur la stimulation. Il sert les visées du système malgré lui! Comme quoi, quand la nécessité est là, elle gagne.
Le ROW, lui est obligé de pratiquer l’inverse, les QE et l’avilissement. Les Etats-Unis drainent la richesse mondiale, les idiots inutiles de la BCE la lui servent sur un plateau, en dévalorisant votre euro, en «trashant» votre droit à prélever dans le monde! Seuls les Allemands comprennent les enjeux, mais l’idéologie de Merkel l’empêche de prendre les mesures qui permettraient de contrer Draghi.
Objectivement, n’écoutez pas leurs cris d’orfraie, les Etats-Unis recherchent un regain d’attractivité du dollar comme ils l’ont fait au début des années 80, par Volcker.
C’est l’arme suprême pour réaffirmer l’ordre du monde qu’ils ont produit, «The World America made». Comme par hasard il coïncide avec le slogan publicitaire de Trump: «Make America Great Again»; et comme hasard, il déclare tout de suite les hostilités avec les compétiteurs stratégiques: les Chinois! En projetant complémentairement de saper leur rapprochement avec les Russes.n
Une réflexion sur “Le commencement de la fin”