Essai L’année de la Réconciliation

Note :

Un « essai » est un texte un peu particulier dans ma conception. Il faut prendre le mot « essai » au pied de la lettre, c’est à dire que c’est  une tentative qui vise à proposer une idée ou une analyse, soit pour provoquer la réflexion, soit pour suggérer une ébauche de raisonnement. Puisque c’est un « essai« , cela  quelque chose d’inabouti, de mal assuré. En fait, je ne fais qu’explorer ce que j’entrevois. Mais si je le publie c’est parce qu’à mon sens il y a quelque chose à creuser et que cela peut être utile.

——————–

L’année 2017 commence bien. Surtout pour les commentateurs: elle est incertaine. Donc il y a de la matière et de l’intérêt. Le public se pose des questions, donc il y a un marché pour ceux qui prétendent y répondre.

On est passé en l’espace de quelques jours de l’enthousiasme du rally Trump, au doute , puis à  la confusion. Nous dirions qu’à ce jour, c’est la confusion qui domine et non pas l’unanimité. Les choses ne se passent pas comme prévu; on était parti sur la reflation Trump, la hausse du dollar, la hausse des taux et la semaine, à l’inverse a été marquée par l’annulation d’une partie des mouvements précédents. Un exemple: le dollar qui était au dessus des 103 au dollar index est revenu dans les eaux des 101. Tout cela nous semble normal nous sommes dans une sorte de jeu de quilles ou de bowling et tout vacille, tout est bousculé.

Le marché des valeurs à revenu fixe est redevenu positif avec une stabilisation des taux du 10 ans nettement en dessous des plus hauts (-22 pbs) et un volume record d’émissions. L’argent passe de la poche des uns vers la poche des autres,  les Corporate ont émis pour plus de 68 milliards de dollars  depuis le 2 janvier! La part du lion revient aux financières, lesquelles ont représenté 85% des émissions, elles ont donc vendu à bon prix des quantités considérables de papier au public et à ses institutions à la faveur du regain boursier sur le secteur. Les ETF spécialisés dans le secteur financier ont récolté 11 milliards depuis le début de l’année et l’indice des banques a progressé deux fois plus que le S&P 500, grâce aux promesses de dérégulation.

Sur les actions, écoutons le  FT: “‘Fang’ stocks add $83bn to their market value over 7 days.” Facebook sports a 2017 gain of 11.6%, Apple 2.8%, Netflix 8.0% and Google 4.7% ».Les fameuses Fang, Facebook, Apple, Netflix et Google ont provoqué un effet de richesse de 83 milliards en quelques jours!

Grace à Trump, on adore le risque , on joue à la fois l’inflation avec les actions , mais aussi la déflation en revenant sur l’obligataire. Les petites et moyennes  entreprises et les consommateurs n’ont jamais été aussi optimistes, ils en redemandent. Si Trump n’avait pas existé il aurait fallu l’inventer.

En 2016 nous étions dans le pire des mondes, vous l’avez oublié, mais relisez les comptes rendus du début d’année 2016  jusqu’ à fin février, en 2017 nous sommes dans le meilleur des mondes, même plus Goldie Lock, même plus « ni trop ceci, ni trop cela »!

Les marchés ont la mémoire courte: nous sommes passés d’un début 2016 calamiteux à une année 2016 insousciante puis à un début 2017   exubérant sans que rien, au fond n’ait vraiment changé, si ce n’est :

1) le réglage encore plus laxiste  des autorités et ensuite

2) les victoires populaires en Grande Bretagne et en Italie

3) les espoirs suscités par les Trumponomics  .

L’aversion  pour le risque a laissé la place à l’optimisme le plus  extrême. On craignait la hausse des taux, l’implosion de la bulle Chinoise, la révolte des « braillards » et finalement, tout a bien tourné: les effets se sont inversés.

La hausse des taux a produit  des anticipations inflationnistes bienvenues, l’implosion chinoise a provoqué une création de crédit historique en Chine de 3 trillions , le vote des braillards a mené au pouvoir des gens qui tournent le dos à l’austérité et usent ou vont user de l’arme budgétaire. La proximité des consultations électorales en Union Européenne incite les plus austères, les Pays du Nord à la plus grande tolérance à l’égard des Pays du Sud, les dérapages sont plus que tolérés, ils sont conseillés! Le Davos tourne autour de la réduction des inégalités, de la répartition des fruits de la mondialisation, Lagarde demande une globalisation plus « inclusive »,  les élites ont peur !

Nous sommes toujours dans le même schéma d’inversion  si souvent décrit: le mal produit le bien! Le négatif produit le positif. Loi du Triangle.  Ici nous  proposons l’hypothèse nouvelle: l’échec a produit la crise populaire, la crise populaire produit des changements d’orientation de l’action des élites , les changements d’orientation vont se traduire par une activation, une mise en branle de la monnaie morte injectée pendant 7 ans :  de zombie elle va devenir vivante.

Les élites auraient tort de pavoiser car si amélioration et optimisme il y a, ce n’est pas grâce à la confiance qu’ils inspirent , mais au contraire grâce à leur rejet.

Notre diagnostic, résumé  est le suivant: l’inflationnisme instillé par les banques centrales a été pendant longtemps stérilisé, neutralisé faute de participation populaire, mais il était là et il n’attendait qu’un catalyseur  et ce catalyseur est venu. Le sentiment a changé et l’inflationnisme progresse et il gagne l’économie réelle, les consommateurs, les petites entreprises, et peut être qui sait il gagnera peut être les grandes entreprises.

En un mot comme en cent pour formuler encore autrement la même idée, il y a début de ce que nous avons appelé souvent « Réconciliation ». La Réconciliation c’est le mouvement par lequel l’écart ente la Sphère Financière et la Sphère Réelle se contracte, le gap se referme.

Présenté encore autrement, mais cela est plus audacieux, l’argent mort, les « digits »  qui ont été injectés dans les livres de comptes  ont tendance à devenir vivants.  L’argent frémit et de ceci témoigne la forte hausse du crédit aux Etats Unis.

L’inflationnisme a été porté à son comble en 2016 en raison de la menace de catastrophe  du début d’année ,  et les victoires populaires du Brexit  de Trump et la défaite de Renzi  ont joué comme des accélérateurs qui ont surpris les Maîtres, les marchés ont compris que dorénavant ce ne serait plus comme avant, quelque chose, comme un verrou, avait sauté.

Inflationnisme, plus pression populaire, le risque/la chance  est maintenant que se forme la mère, la grand mère de toutes les bulles!

Et ce n’est pas fini car en 2017, il y a quasi un peu partout en Europe, des consultations électorales qui seront au moins aussi importantes que celles de 2016, au moins aussi « game changer ». Nous serons dans le vrai tout ou rien. Non pas que nous croyons à la victoire des « braillards », non,  mais nous croyons à la peur qu’ils inspirent aux élites et  cela suffit.

Laisser un commentaire