La question du dollar , des dévaluations compétitives indirectes, sont essentielles, plus que les interdictions de visa. C’est un changement dans le régime global.
Et bien sur la presse et les politiciens, ne voient cela que sous l’angle anecdotique.
Relisez soigneusement notre article sur le paradoxe du Dollar fort, il explique tout ; et sutout le lien inextricable avec l’ensemble du système et le lien avec la valeur des assets financiers.
Le dollar et le régime monétaire qui lui est associé sont les piliers de la valorisation des assets financiers ou si on veut, l’air chaud que l’on souffle dans les bulles, bref le truc magique pour les faire léviter.
Vous trouverez en bas de texte, le rappel de notre article sur le dollar fort et comment il faut le comprendre.
February 1 – Reuters (Sinead Carew and Jamie McGeever): “U.S. President Donald Trump and a top economics adviser on Tuesday unleashed a barrage of criticism against Germany, Japan and China, saying the three key U.S. trading partners were engaged in devaluing their currencies to the harm of American companies and consumers.
The comments from Trump at the end of a White House meeting with pharmaceutical executives, as well as from trade adviser Peter Navarro…, were the starkest indication yet that the first-term Republican president is prepared to jettison two decades of ‘strong dollar’ policies advocated by predecessors dating back to the Clinton administration.
The criticism also signals a weakening of the U.S. commitment to an agreement among the financial leaders of the world’s top 20 economies, struck after the 2008 financial crisis, that countries would not pursue policies to target exchange rates for competitive purposes.”
February 2 – Nikkei Asian Review (Mikio Sugeno): “By accusing Germany and Japan of intentionally devaluing their currencies, the Donald Trump administration has attacked normal monetary policy designed to maintain healthy inflation, a dangerous step that could upend an understanding long shared by major economic powers.
It was a moment Haruhiko Kuroda had been dreading. The Bank of Japan governor told reporters Tuesday after the central bank’s two-day policy meeting that the new U.S. administration is still taking its first steps, and that the BOJ ‘will see how things play out.’ He knew anything he said could be misconstrued.
Several hours later, the president Trump called out China and Japan by name as having devalued their currencies over the course of years: ‘They play the money market, they play the devaluation market’ while the U.S. sits idly by, Trump said.”
Trump n’est pas adepte de la politique du dollar dit « fort ». Il voit les QE comme des mécanismes de dévaluation. Le régime de risk-on que l’on essaie de tenir à bout de bras dans le monde afin de favoriser la création de crédit, ce régime repose sur la politique du dollar dit « fort » ou plus exactement sur ce que l’on appele le « carry », le leveraging spéculatif : short yens, short euros et short francs suisses, vendeurs à découvert de yens, euros et CHF, qui procurent le financement pour acheter des assets qui rapportent plus. Le maintien de l’appétit pour le high yield repose sur le carry. C’est compliqué, technique, mais c’est ainsi. Trump introduit une incertitude majeure, laquelle va produire de la volatilité et donc réduire l’appétit pour le risque. Trump va faire monter les VaR, les value at risk et donc réduire la capacité bilantielle des banques, c’est à dire la liquidité globale.
En Prime
Article Bertez : Un dollar fort, qu’est ce que cela veut dire pour les marchés.
On vous parle sans cesse d’une politique Américaine dite du dollar fort. Encore ces derniers jours, il y a eu un débat à la suite des déclarations de Trump et de Mnuchin sur cette question. Trump a trouvé que les monnaies utilisées par certains pays comme l’Allemagne, le Japon etc était trop basses et leur donnaient un avantage mercantiliste. On a parlé de guerre des monnaies, de guerre commerciale.
Mais le revers de la médaille de ces polémiques est fondamental, systémique, structurel: si on trouve que les monnaies tierces sont trop basses, on implique que le dollar est trop haut. Donc comme les Etats Unis ont absolument besoin de maintenir le seigneuriage et surtout de drainer les capitaux du monde entier surtout en ce moment, on se trouve devant une contradiction inquiétante qui consiste à vouloir un dollar désiré, mais dont le prix est faible. Négation de toute loi du marché. Il faut donc dire le contraire de ce que l’on a affirmé la veille: il faut en même temps affirmer: « on veut un dollar fort » et “on veut un dollar plus faible”. On appuie sur le frein et l’accélérateur en même temps. C’est une technique classique, une structure de communication , utilisée régulièrement par ceux qui sont chargés de la conduite des affaires. C’est une forme de gestion de ce que nous avons appelé la « gestion du facteur temps », on veut des choses contradictoires, mais à des niveaux de temporalité différents.
Nous avons expliqué que les apparentes contradictions pouvaient être réconciliées à condition de prendre l’expression, « dollar fort » dans un sens différent du sens commun: les USA veulent bien un dollar fort au sens de dollar-roi, un dollar-maître du monde, un dollar pilier du système mondial, un dollar qui régule la valeur monétaire de toutes choses, un dollar qui dicte sa loi au monde global et surtout qui régule le niveau des prix des prix des biens, des services et du pétrole, dans le monde selon ses besoins. Exemple, quand le dollar baisse, cela signifie, il faut en matière monétaire pratiquer la symétrie, cela signifie que les prix de biens et services importés dans le monde augmentent . Et inversement faire monter le dollar, c’est faire baisser les prix des biens et services importés dans le monde. Cette réalité est beaucoup mieux comprise quand on applique l’analyse au prix du pétrole, c’est le prix central du système. Bien entendu il faut tenir compte de certains « leads and lags », cest à dire des décalages temporels.
Le dollar roi est une pièce dans un système complexe
Tout a commencé en 1971, en théorie, mais en pratique en 1973 avec avec le régime des changes flottants. Le nouveau régime monétaire imposé par les USA fait du dollar le Centre, le roi du système, la monnaie hégémonique de l’économie globale. Pendant un certain temps, on a tatonné, joué aux apprentis sorciers, mais il est vite apparu qu’il était possible de piloter les économies et le commerce mondial grâce à ce système des changes flottants. Le deal est que les Etats -Unis régulent l’offre de dollars en fonction de leurs besoins d’abord, puis en fonction des besoins/pilotage du commerce mondial, ils maintiennent la valeur externe du dollar dans un intervalle raisonnable en regard des monnaies des pays avec lesquels ils commercent, ils influencent les prix mondiaux et en contrepartie , ils offrent aux pays exportateurs leur base extraordinaire sans limite de demande de leurs consommateurs. “Le Minotaure américain fait tourner à pein les usines allemandes, chinoises”, mais en contrepartie, ils leur donne des reconnaissances de dettes, il les financiarise. Dans le cadre de ce système non formalisé, mais implicite, les pays excédentaires, les créanciers recyclent leurs excédents vers le marché financier américain, les USA importent l’épargne du reste du monde, le ROW et le marché financier américain exporte des dettes, des titres de propriété, des promesses, des IOU’s.
Digression: ce mécanisme explique la situation des banques européennes, elles ont muté, et se sont anglo-saxonnisées afin de gérer les excédents , sans penser un seul instant qu’elles n’avaient pas de banque centrale souveraine adossée à à une nation pour les sauver en cas d e pépin, pourtant inéluctbale. Elles ont oublié que la BCE est une Banque Centrale sans état, (sans Trésor public) et que les états, eux ont des gouvernements sans Banque Centrale! C’est le drame italien qui est en cours. Fin de digression.
Et c’est ce que Trump n’a pas compris : tout cela, c’est un « deal » implicite, un système , un assemblage organique dans lequel on ne peut changer une pièce seule sauf à prendre le risque de tout voir s’effondrer ou se gripper.
En passant, c’est grâce à cette interprétation que nous avons toujours soutenu un paradoxe: tant que l’on est dans ce système, ce qui compte pour la valeur des assets, c’est à dire le niveau des marchés, ce n’est pas le fondamental, le sous jacent réel, mais « ce contre quoi » on échange les assets: la monnaie, sa quantité, sa masse, son prix, sa rotation etc.
Le fondamental est mort, ou plutôt suspendu, c’est ce que nous appelons un « horizon » dans ce système et c ‘est ce que les Cassandre n’ont jamais compris! Ils restent prisonniers de la « value », comme si on était encore avant 1971 et 1973. Les monnaies flottent, les changes sont flexibles et les actifs financiers qui sont « ce contre quoi » on échange la monnaie , eux lévitent.
C’est simple, c’est évident, cela crève les yeux …au point qu’on ne le voit pas.
La contrepartie des assets financiers contrairement au sens commun et contrairement à ce que pensent et professent les Cassandre, ce n’est pas l’économie réelle, c’est la « base monétaire »! Sauf pour les “assets strippers”, les prédateurs/dépeceurs, etc qui ont le pouvoir d’accéder aux actifs des entrepsies et d ‘en disposer. « Base monétaire » n’est pas une réalité, c’est un concept ultime, un opérateur de raisonnement. Pourquoi? Parce que tous les assets doivent être détenus et que, quand on vend, on demande quoi en contrepartie ? De la monnaie de base… in fine. C’est ce que l’on a vu dans la Grande Crise Financière et qui explique la fourniture de monnaie de base, les QE. Et la perversion raisonnable: le stockage de la monaie de base.
Le problème de nos systèmes c’est donc la disproportion colossale entre l’empilage de la valeur des assets, du crédit, des promesses, face à la contrepartie qui sera exigée en cas de révulsion: la monnaie de base. D’ou l’attitude des banques TBTF, qui le savent: elles gardent des quantités colossales de réserves faussement dites oisives, auprès des banques centrales.
Si vous saissisez le lien entre le dollar fort, le système, le recyclage mondial etc, alors entrevoyez la folie de Trump qui veut donner un coup de pied dans tout cela sans préparation, sans vision d’ensemble: un coup de pied de l’âne.
Il resterait , pour avancer notre hypothèse à pouvoir mieux cerner ce concept de monnaie de base dans le monde moderne, car il n’est pas ce que l’on croit, ce n’est pas la monnaie de base américaine, c’est beaucoup plus compliqué que cela car la base monétaire nécessaire pour faire tourner les affaires est globale, alors que la Fed est “nationale”. Le système s’est complexifié, il y a les réserves mondiales, il y a l’eurodollar, la question de la capacité bilantielle des grandes banques, et la création de « dollars », de « digit dollars » .
Mais c’est une autre histoire.