Le 60e anniversaire du Traité de Rome approche. Dans le plus grand secret, les élites préparent la fuite en avant, ce qu’ils appellent un approfondissement de la construction européenne.
L’approfondissement, c’est une scélératesse de plus. Il s’agit d’encore plus d’Europe, il s’agit de dépasser les identités, de briser les résistances des peuples … dans leur intérêt.
Cela est normal, ils savent mieux que vous ce qui vous convient, ce qui est bon pour vous et vos enfants. Ils detiennent la vérité, ils ne se trompent jamais n’est ce pas ? Ne nous ont ils pas fabriqué une monnaie parfaite, une belle et bonne croissance, une superbe démocratie, une harmonie entre les peuples? Ah qu’il fait bon vivre ensemble en Europe!
Ce n’est même plus de la bien-pensance, c’est du cynisme. Du cynisme autoritaire. Mais en même temps du cynisme lâche, ils n’osent même pas aborder cette question, pourtant centrale des projets européens, dans la campagne électorale Française.
Dans cette campagne navrante, conçue pour des débiles mentaux, tout est diversion, tout est divertissement. Regardez le cloaque qu’ils remuent, la puanteur qui s’en dégage; tout cela est fait pour le cirque, pour les jeux du cirque, afin que le peuple regarde ailleurs. Ailleurs que là ou c’est important.
Les Projets des candidats sont tout simplement ridicules. Tout leur échappe, la monnaie, les taux, les déficits, la dette, les lois et bientôt la fiscalité. Les candidats n’ont aucun levier. Ils parlent dans le vide, ils n’ont pas les moyens de faire quoi que ce soit. Ce sont des marionnettes. Ce n’est pas parce que l’on a tout mis sous le boisseau pendant quelques mois, que les réformes ne vont pas être imposées, que la protection sociale ne va pas être rognée, que les classes moyennes ne vont pas être laminées. Le laxisme de Hollande n’a été que toléré! Et personne ne le dit. Personne ne s’avise de rire des projets de Hamon candidat officiel des socialistes, successeur donc de Hollande. Rien de ce qu’il prétend promettre ne pourrait passer l’obstacle de Bruxelles.
En bonne logique, à partir du moment ou l’Europe se mêle de tout, ou elle commande, ou elle impose , ou elle dicte, la consultation électorale présidentielle devrait être une sorte de référendum sur la question: voulez plus ou moins d’Europe?
Chaque fois qu’ils sont consultés, les peuples répondent : moins!
Qu’importe, il suffit de ne pas les consulter et on fait toujours plus!
L’intégration européenne se heurte depuis plus de vingt ans, à une résistance croissante. Une résistance qui pourrit le paysage politique dans la mesure ou elle alimente la dislocation de la société, la fragmentation et produit un mouvement vers les extrêmes. Une résistance qui s’est exprimée lors de divers référendums, et qui a culminé en juin 2016 avec le Brexit, symptôme d’un mal plus large que certains ne veulent pas regarder en face.
Avec arrogance, les élites ont condamné le vote britannique comme populiste et aberrant. Ils ont ri des votes Italiens. Ne faudrait-il pas, pourtant, qu’elle se décident à entendre la colère qui gronde et qu’elles acceptent de se réconcilier enfin avec les peuples pour sauver, avec eux, ce qui peut être sauvé d’un projet européen qui rencontrerait leur soutien?
Dans un petit livre « Sauver l’Europe » (Liana Levi), l’ancien ministre Hubert Védrine, plutot eurosceptique mais pas trop , critique les « européistes » autrement dit les fédéralistes qui veulent toujours plus d’intégration européenne. Il faut lire ce livre. Il y a de bonnes choses, raisonnables.
Pour sauver le « projet Europe », Hubert Védrine propose un scénario en trois temps :
-une pause dans l’intégration,
-une conférence qui redéfinirait les compétences et les priorités européennes qui déboucheraient
– sur une refondation.
Dans l’Europe d’Hubert Védrine, l’Union ne se mêlerait plus de tout et de n’importe quoi, et elle retrouverait peut être grâce auprès des Européens.
Nous ne sommes pas aussi optimiste que Vedrine car, si l’Europe est ce qu’elle est , il y a de bonnes raisons, il y a des causes et c’est par là qu’il faut commencer: l’analyse des causes, l’analyse du vice de construction , des vices fondateurs européens. Ce n’est pas par les conséquences ou les symptômes qu’il faut commencer. Cela, c’est marcher sur la tête. Non il faut décortiquer, faire l’analyse critique impitoyable, sans complaisance des conditions qui lui ont donné naissance.
Mélenchon est l’un des rares à travailler, voici sa dernière analyse en forme de mise en garde. Lisez cette analyse, vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus.
« L’avenir de l’UE est en discussion à l’approche du 60ème anniversaire du traité de Rome, le 25 mars 2017…
…Trois rapports parlementaires, en préparation, en précisent déjà les lignes directrices. Ces rapports, discutés à la va-vite en commission parlementaire afin d’empêcher les débats, sont à l’image de la grande coalition qui gouverne l’Union Européenne. L’un a été rédigé par le belge Guy Verhofstadt, membre du groupe de centre-droit ALDE, le second et le troisième sont rédigés conjointement par la droite et les sociaux-démocrates : Reimer Böge (PPE) et Pervenche Berès (S&D) d’un côté et Mercedes Bresso (S&D) et Elmar Brok (PPE) de l’autre. Et preuve supplémentaire de l’accord politique qui existe entre les principaux groupes politiques au Parlement européen, les 3 rapports disent peu ou prou la même chose.
Le constat d’échec de la gouvernance de l’UE est posée nettement par le rapport Verhofstadt : « il est désormais temps de mener une profonde réflexion sur la façon de remédier aux lacunes de la gouvernance de l’Union européenne en procédant à un réexamen global et approfondi du traité de Lisbonne » il estime de plus que « le 60e anniversaire du traité de Rome serait un moment approprié pour lancer une réflexion sur l’avenir de l’Union européenne et convenir d’un projet pour les générations actuelles et futures de citoyens européens menant à une Convention dans le but de préparer l’Union européenne aux décennies à venir ». Les propositions pour faciliter la prise de décision et l’évolution des structures de l’UE reviennent à creuser encore un peu plus le déficit démocratique de l’UE.
Ainsi, les trois rapports s’accordent pour réclamer le remplacement des prises de décision à l’unanimité au Conseil par des prises de décisions à la majorité « qualifiée ». Le rapport Verofsdadt va plus loin en proposant de « permettre l’entrée en vigueur des modifications apportées aux traités après un référendum paneuropéen ou après ratification par une majorité qualifiée de quatre cinquièmes des États membres ». Les 3 textes demandent également un renforcement des pouvoirs de la Commission. Comment ? Via la création « d’un ministre des finances de l’Union européenne » au sein de la Commission, comme proposé par Verhofstadt ou en fusionnant le poste de président de l’Eurogroupe avec celui de commissaire aux affaires économiques et financières, proposé par le rapport Bresso & Brok.
Car s’il s’agit de renforcer la gouvernance de l’UE c’est d’abord sur le plan économique. Aussi les rapports proposent la création d’un « code de convergence » qui « devrait conditionner l’accès à un financement par le MES/FME » (rapport Boge & Berès). Le rapport Verhofstadt demande « l’intégration du pacte budgétaire dans le cadre juridique de l’Union et l’introduction du Mécanisme européen de stabilité et du Fonds de résolution unique dans le droit de l’Union », afin de graver, plus profond dans le marbre des traités, l’obligation de respect des règles austéritaires. Le rapport Bresso et Brok rappelle lui aussi l’importance de « l’application intégrale du cadre créé par le « six-pack », le « two-pack » et le Semestre européen, ainsi que sur la nécessité de s’attaquer en particulier au problème des déséquilibres macroéconomiques ».
On se dirige ainsi sensiblement vers une UE de plus en plus autonome des États sur le plan économique. Évidemment en figeant la règle libérale comme un absolu. L’ordolibéralisme enfin institutionnel. Bien sûr, dans tout cela, et conformément à la doctrine ordolibérale : sans aucun contrôle démocratique. Ainsi le rapport Bresso et Brok propose de « modifier l’actuel système fondé sur des contributions calculées en fonction du revenu national brut (RNB) vers un système reposant sur de véritables ressources propres pour le budget de l’Union et de la zone euro » via « une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) réformée, une taxe sur les transactions financières, une taxe sur le CO2, une participation sur l’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés, un impôt européen sur la fortune ou d’autres sources de recettes ». Les rapports proposent également la constitution d’un « trésor » soit au niveau européen (Rapport Verhofstadt), soit restreint au niveau de la zone euro (Rapport BÖGE & BERÈS) accentuant ainsi le phénomène de l’UE à deux vitesses.
Les 3 rapports dépeignent également une Union belliciste qui s’organise pour la guerre via la mise en place d’une « défense commune » via la création d’une « direction générale de la défense (DG Défense) » (Rapport Verhofstadt), mais aussi « la mise en place d’une coopération structurée permanente (CSP) », « l’établissement de quartiers généraux civils et militaires permanents », « l’institutionnalisation d’un Conseil des ministres de la défense permanent et doté d’une personnalité propre » (Rapport Bresso & Brok). L’atlantisme des rédacteurs est mis en évidence par leurs déclarations passionnées sur l’Otan avec lequel il conviendrait de « constituer un partenariat global » pour « renforcer la coopération » en supprimant « les obstacles politiques qui subsistent ». Ainsi, l’Union européenne se transforme doucement en un Big Brother européen possédant un « service européen de renseignement » (Rapport Verhofstadt) assorti d’une « obligation d’échange de données entre États membres » et auquel s’ajoute la création d’un poste de « procureur européen ».
Enfin sur la question des réfugiés, l’UE ferme définitivement la porte à toute idée de solidarité proposant de manière inique à ce que « soient signés des accords avec les pays tiers sûrs afin de contrôler et d’endiguer les flux migratoires avant que les migrants n’arrivent aux frontières de l’Union européenne » ou encore l’adoption d’un « dispositif législatif contraignant et obligatoire à l’égard de la réinstallation ». Ainsi, au final, les propositions parlementaires ne proposent en rien un changement de cap de l’UE mais au contraire un renforcement de sa course effrénée vers l’instauration d’un gouvernement fédéral autoritaire au niveau de l’Union européenne.
On peut cependant penser que ces rapports d’initiative parlementaire n’auront que peu d’impact dans les décisions qui se prendront en dehors du cadre parlementaire à l’occasion des 60 ans du traité de Rome et dont l’Allemagne a esquissé les grandes lignes lors du sommet de la Valette. Angela Merkel y a, en effet, annoncé que « il y aura une Union européenne à différentes vitesses, que tous les États ne vont pas participer à chaque fois à toutes les étapes d’intégration ». Déclaration confortée par les propos de François Hollande qui confirme la possibilité d’une Europe « à plusieurs vitesses » tout en demandant timidement à « préserver l’unité européenne ». Il semblerait que quatre pays soient prêts à franchir cette nouvelle étape : la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, les quatre principales puissances européennes une fois entériné le divorce du Royaume Uni. Les pays du Benelux ont également confirmé que « différents parcours d’intégration (…) pourraient apporter des réponses efficaces aux défis qui affectent les États membres à différents niveaux ».
Et la déclaration que préparent les Vingt-sept pour le rendez-vous de Rome, pourrait ainsi contenir un ensemble de valeurs et de principes communs à tous, tout en précisant que certains États membres souhaitent partager un niveau supérieur d’ambition. On y comprend donc que les réformes annoncées par les 3 rapports ne concerneront qu’un nombre restreint d’États membres. Une forme d’Europe à la carte dont on va vite voir quel état de compétition et de domination il va organiser…. »