Les dépêches dimanche 21 Avril. La capitulation. Analyse.

 A lire:

Editorial: comment on en est arrivé là, résumé en un dessin. Vive les crises !.

https://brunobertez.com/2019/04/20/un-bon-papier-qui-anayse-et-critique-laction-des-elites-liberales-la-geopolitique-en-question/


 

Je pense que les observateurs sous estiment le changement de politique et de logique opéré en fin 2018 par la Fed.

Pour moi c’est un changement radical et il sera suivi d’autres changements dans la même direction en 2019.

La Banque  Centrale a reculé. Elle a abandonné sa doctrine d’action préventive pour contrôler l’inflation qui  normalement devrait se manifester en raison du resserrement du marché du travail. Elle l’a fait sous la pression des événements pour masquer sa panique face à la chute boursière de 20% qui menaçait la stabilité financière.

 

Elle a abandonné la doctrine élaborée au milieu des années 60 d’action préventive, doctrine qui a pour origine le passage aux idées  libérales (Barry Goldwater) et le constat que les effets des politiques monétaires était décalé de 18 mois. Ce qui impliquait la nécessité d’anticiper.

Selon la presse, «  Powell & Co. have put policy on hold until sub-par inflation rises convincingly.”

Ce qui se traduit. Powell et ses acolytes ont mis leur politique en réserve, en mode pause, jusqu’à ce que l’inflation, insuffisante, monte de façon convaincante.

On ne cherche plus à s’opposer aux anticipations inflationnistes, on veut au contraire les alimenter, les susciter: Plus question de prudence , on prend le risque de laisser sortir le génie de la bouteille.

Ceci est confirmé par la déclaration de Evans.

April 15 – CNBC (Thomas Franck): “Chicago Federal Reserve President Charles Evans said on Monday that he’d be comfortable leaving interest rates alone until autumn 2020 to help ensure sustained inflation in the U.S. ‘I can see the funds rate being flat and unchanged into the fall of 2020. For me, that’s to help support the inflation outlook and make sure it’s sustainable »

Evans nous dit qu’il est pour le maintien des taux bas jusqu’en 2020 pour soutenir les anticipations inflationnistes et faire en sorte qu’elles soient durables. Et il ajoute afin qu’il n’ y ait nulle ambiguïté que ceci devra être maintenu même si les objectifs d’inflation sont dépassés, ce qui veut dire implicitement que la Fed hausse sa ligne Maginot de défense contre la déflation au dessus des 2%.

April 15 – Reuters (Trevor Hunnicutt): “The U.S. Federal Reserve should embrace inflation above its target half the time and consider cutting rates if prices do not rise as fast as expected, a top policymaker at the central bank said… ‘While policy has been successful in achieving our maximum employment mandate, it has been less successful with regard to our inflation objective,’ Federal Reserve Bank of Chicago President Charles Evans said… ‘To fix this problem, I think the Fed must be willing to embrace inflation modestly above 2% 50% of the time.  »

La simultanéité des déclarations des gouverneurs de la Fed et la coïncidence avec la débâcle boursière de décembre est frappante, il s’agit d’une capitulation.

Une capitulation devant la Bourse, devant les marchés, devant les « animal spirits ».

Une capitulation habillée, rationalisée par un charabia diafoirique dont le seul but est de faire croire à un choix. Or il n’y a pas de choix, la Fed a capitulé.

La Fed a compris que si elle persévérait dans sa volonté de normaliserla politique monétaire , alors elle précipiterait la crise d’instabilité financière.

Nous l’avons dit dès 2009, pas de retour en arrière, c’est marche ou crève.

En fait elle ne prend pas de risque sur les prix à la consommation, sur le CPI comme Evans essaie de nous le faire croire, non la Fed prend le risque d’un emballement supplémentaire des prix des actifs financiers.

La Fed choisit d’accommoder l’inflation au lieu de continuer à faire semblant de s’y opposer. Il n’ a aucun risque déflationniste en vue. En Mars l’inflation a été de 1,9% année sur année ce qui n’est pas mal, et le pétrole ayant monté de 40%  en quelques mois, il n’y a aucun risque de déflation. Il est évident que de nouvelles hausses de prix sont dans le pipe-line, donc la volonté de pousser à l’inflation du CPI est un paravent, une excuse . Ce qui est en cause c’est la Bourse.

La volte face dis-je est une capitulation, définitive, devant le problème crée par l’inflation du prix des actifs boursiers: la stimulation a duré trop longtemps, les prix sont trop élevés et les bilans des institutions financières ne peuvent résister à une chute  boursière, voila le constat. Les gouvernements et les débiteurs ne peuvent faire face à une hausse des taux.

En décembre on a frôlé le précipice. La fragilité aiguë s’est manifestée et elle a choqué nos braves banquiers centraux au point qu’ils ont abandonné toute prudence, toute retenue. Ce fut le sauve qui peut. Nous sommes en plein dans les phases finales des dynamiques de bulle. Cette dynamique n’a plus d’autre raison de se poursuivre que … la peur d’arrêter.

Ce que la Fed nous fabrique c’est une nième construction parallèle. Elle fait semblant de nous avancer l’idée de booster l’inflation du CPI alors que ce qu’elle veut c’est maintenir la surévaluation bullaire des prix des actifs financiers. Un peu comme Macron qui nous fait une construction parallèle en prétendant lutter contre l’endettement alors que ce qu »il fait c’est transférer les ressources de la poche des ménages vers celles des entreprises , des banques et celles du gouvernement.

L’inflation du prix des biens et services n’est plus un problème dans nos systèmes, la pression sur les prix est une constante dans un monde d’innovation technologique, dans un monde globalisé et puis il est évident que les indices de prix sont périmés, obsolètes.

Non les prix des biens et services ne font pas problème, ce qui fait problème c’est le stock colossal de dettes, la masse de dettes irrecouvrable, les débiteurs zombies non solvables,  le surendettement des gouvernements, les prix des actions et la montagne de dérivés et d’assurances sans capital pour y faire face.

On gère non pas en fonction de l’économie réelle, en fonction de l’actif , en fonction de ce que l’on voit , mais en fonction du papier, du FIAT émis, c’est à dire du passif: en fonction des promesses que l’on ne peut tenir.

La question de la stabilité financière de l’édifice que l’on a monté, est le vrai problème de la période et il faut sans cesse renforcer l’échafaudage, bétonner pour que l’édifice résiste.

Le vrai problème que l’on ne peut ni avouer ni reconnaître c’est celui du leverage. on a créé encore plus de dettes et de promesses financières pour éviter l’effondrement en 2009 et maintenant ces dettes donnent le vertige. Encore heureux qu’il n’ y ait pas de choc externe, pas de tempête!

Les autorités vont à l’impasse au moins pour trois raisons.

-1  Peu à peu des marchés apprennent, ils sont de plus en plus cyniques et ils se conduisent en prédateurs sachant qu’ils contrôlent les instituts d’émission. Les marchés ont pris le dessus et au lieu d ‘être domestiqués, apprivoisés, ils deviennent de plus en plus exigeants, sauvages, c’est la jungle. Cette situation fait penser à celle des relations parents-enfants. La similitude étant la disparition de la discipline qui est la condition de l’apprentissage du réel. Les enfants finissent par prendre le contrôle des parents en raison de leur faiblesse , de leur complaisance et de leur refus de les frustrer. Monde de chantage.  Aux enfants-rois correspondent les marchés pervers devenus rois.

-2 L’économie réelle est de plus en plus mal régulée, guidée, pilotée, tous les signaux sont faussés;  elle dysfonctionne. L’allocation du capital est devenue délirante et elle aggrave considérablement le vrai problème du système, celui de l’insuffisance de la profitabilité du capital vraiment productif. C’est la spéculation qui engouffre tout.

-3 Cette lâcheté ce refus de traiter les problèmes et d’en accepter les coûts va renforcer les inégalités, elles vont devenir encore plus criantes, insupportables. Deja le camp capitaliste se fissure, on voit de plus en plus de critiques de la dérive actuelle chez des gens de renom, chez des gens influents. Tout ceci va cristalliser les mécontements et favoriser les révoltes sociales  illibérales. Les arrangements sociaux vont devenir de plus en plus difficiles à tenir comme on le voit en Grande Bretagne, aux USA, en France, en Europe Centrale …


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