Essai. Tremblez les vieux, les futurs déclassés …

Martin Wolf du FT est  une sorte de maitre à penser keynésien des néo libéraux à tendance financialisée. Ses écrits sont toujours intéressants, ils permettent de coller à l’évolution de la pensée de ces gens.

Il a récemment commenté et survolé quelques livres économiques, pour la saison d’été.

The Globotics Upheaval: Mondialisation, robotique et avenir du travail, de Richard Baldwin, Weidenfeld & Nicolson, RRP £ 20.

Selon Wolf, «Globotics» décrit l’intégration de l’intelligence artificielle dans la robotique. Les améliorations technologiques faciliteront grandement la collaboration à distance. En outre, de nombreuses tâches actuellement exécutées par des personnes le seront par des robots et par l’IA.

Selon lui, cette combinaison transformera et menacera les opportunités économiques offertes à un nombre considérable de personnes relativement instruites dans les pays à revenu élevé.

En d’autres termes, l’intelligence artificielle et les robots stimuleront le commerce mais réduiront les emplois dans des domaines qualifiés qui favorisaient auparavant le commerce et l’investissement.

La croissance des agrégats macro comme le commerce, et les GDP masque la réalité des problèmes qui, elle se situe au niveau de la répartition et de la ventilation . Cela va mieux pour le global, mais cela va plus mal pour certains.

Oui, c’est un problème dialectique.

Réduire le temps de travail, en particulier le temps de transport et de logistique, ne peut que renforcer la productivité. Mais dans le régime actuel du capitalisme financialisé qui recherche le profit maximum, cela ne signifie pas réduction  de la durée du travail pour tous, non cela  signifie une perte d’emplois pour certains que la technologie remplace.

Ces emplois seront  remplacés par de nouveaux emplois associés à la nouvelle technologie. Mais partiellement .

La création d’emploi dans les nouvelles technologiies , cela se produit, mais en partie seulement. Pour les autres, la robotique et l’IA vont se traduire par un véritable chemin de croix.

Les travailleurs qui ont été licenciés vont sans aucun doute chercher/trouver  un emploi dans un autre secteur, mais même s’ils en trouvent un , la perspective  qu’ils vont devoir affronter est celle du déclassement. C’est une verité bien connue de tous ceux qui se trouvent dans cette sitauation dès maintenant; la rétrogradation. Surtout avec le vieillissement et les reports de l’âge de la retraite.

Dévalorisés  par la division du travail, concurrencés par les travailleurs venus d’ailleurs, plus ou moins agés, en position de faiblesse donc, ces pauvres diables valent si peu en dehors de leur ancien poste   qu’ils ne peuvent trouver accès à aucune industrie, à l’exception de quelques branches de qualité inférieure et donc surapprovisionnées et sous-payées. C’est exactement ce qui se passe aux USA. Ce n’est pas de la théorie.

Ce qui est négligé par les apotres du modernisme et de la productivité à n’importe quel rythme, c’est la situation d’ensemble. La productivité, les robots , l’IA  ont pour fonction de réduire le nombre d’heures travaillées dans le système, mais comme le système est un système de concurrence exacerbée pour le profit , avec un rapport de forces défavorable au facteur travail, les gains sont absorbés par le Capital et l’Etat.

La masse de revenus qui revient au facteur travail à tendance à s’éroder, ce qui se voit bien dans la répartition des valeurs ajoutées.  Et donc se pose la question: qui va acheter, qui va faire tourner la machine économique si la croissance continue, si la production enfle et si le pouvoir d’achat n’est pas là?  Surtout si au lieu de laisser  les prix baisser , les idiots inutiles que constituent les banquiers centraux forcent à une inflation de 2% pour alléger les dettes du système?

Réponse: il n’ y a que la progression illimitée du crédit qui peut suppléer l’érosion des revenus gagnés et maintenir en marche la machine. Face à l’insuffisance chronique des revenus, face à  l’insuffisance de la demande, il faut produire du crédit. Et du crédit bon marché, bradé, de plus en plus bradé;  avec même des taux négatifs, il faut payer les  gens pour qu’ils s’endettent. On va les payer pour qu’ils acceptent la servitude.

Donc résumons;

-la robotique et l’IA reduisent  le nombre d’heures travaillées dans le système

-elles mettent au chomage partiel, gonfle l’armée de réserve des chomeurs

-elles pèsent sur le pouvoir d’achat gagné

-elles provoquent une déflation/insuffisance de la demande

-elle oblige à suppléer par le crédit

-la masse de crédit menace d’etre insolvable si on n’a pas une inflation de 2% avec répression financière c’est dire des taux négatifs

-cette inflation réduit encore le pouvoir d’achat réel

-il faut encore accroitre les dettes …

C’est un système dialectiquement condamné.

Par ailleurs :

L’idéologie néo libérale a crée le culte du risque.

On  en a l’expression quasi régulière chez Macron: si vous ne réussissez pas c’est parce que vous êtes paresseux ou que vous ne prenez pas le risque de traverser la rue.

Il faut bien comprendre ce qu’est l’ideologie du risque, c’est l’affirmation que seuls peuvent être rémunérés ceux qui prennent des risques, c’est à  dire ceux qui jouent, qui parient. Ceux qui sont vainqueurs dans l’arène sociale qui fait s’affronter les citoyens/gladiateurs  entre eux.

Cela signifie que le système admet qu’il n’y a qu’une petite partie qui gagne et que les autres ceux qui n’ont pas le gout du risque ou du jeu sont condamnés à la régression/relégation. Le système n’a pas de dette vis a vis d’eux.

L’idéologie du risque légitimise le rationement et l’affectation de ce qui est rare a une minorité.  « The winner takes all » , le gagnant empoche toutes les mises.

L’idéologie du risque rejette les difficultés économiques non pas sur ceux qui gèrent, les Macron, les élites, les responsables, mais sur ceux qui sont gérés, sur ceux qui obéissent  et  elle les culpabilise.

 

 

 

 

5 réflexions sur “Essai. Tremblez les vieux, les futurs déclassés …

  1. On entre dans 20 ou 30 ans de MMT généralisée.
    Par le digital et l’IA, la mondialisation va s’accroître sur le monétaire, sur la consommation de sous-culture à tendance universelle (influencée en grande partie par le désir de gentrification des femmes de pays en voie de developpement, véhiculée principalement par la mode).
    L’Afrique va rater son développement, hormis une dizaine de grandes villes qui courent à la métropolisation.
    Les US et l’Europe vont se japonniser de plus en plus.
    Si le chartalism foire, on aura émeutes, épidémies, guerres.
    Si au contraire, par chance, l’humain est globalement Frédéric Lenoirisé, l’écologie et le chartalism ont une chance.

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    1. « Il y a une guerre officieuse entre le capital aidé par les gouvernements et l’humanité »

      Oui et c’est une guerre subreptice que les gouvernements gagnent parce qu’elle n’est pas ouverte, donc pas perçue comme telle.

      En ce sens la répression de Macron , à l’echelle de l’histoire a dessillé certains yeux.

      C’est une guerre d’usure, ils prennent les catégories sociales et professionnelles une par une, selon la vieille stratégie du dernier Horace face aux Curiace.

      « Les deux villes décidèrent d’un commun accord de régler leur conflit en désignant trois champions de chaque côté. Tite-Live considère, sans en être certain, que les Horaces étaient les champions de Rome et les Curiaces ceux d’Albe. D’après la tradition ancienne, les Albains furent tous les trois blessés rapidement et deux des Romains tués.

      L’Horace survivant, Publius Horatius prit la fuite, poursuivi par les Curiaces blessés. Mais ceux-ci ne le rattrapèrent pas en même temps, ce qui permit à l’Horace de les tuer l’un après l’autre. »

      La guerre ne sera gagnée que lorsque le peuple prendra conscience qu’il est combattu à mort par les élites mondialisées.

      On rejoint la technique du gradualisme et de la grenouille ébouillantée: si on fait les choses doucement, les victimes ne prennent aucune conscience de leur sort et mieux elles collaborent comme le firent certains juifs qui sont tombés dans le piège de contribuer à leur holocauste.

      Beaucoup de stratégies utilisées empruntent aux nazis et surtout à Goebbels, au plan intellectuel elles empruntent pour leur justification à Carl Schmitt.

      La faillite des partis politques, des syndicats et des médias tient à ceci, ils n’éclairent plus le peuple , ils exercent un metier. Iln’ y a plus de vocation. l faut lire André Tardieu sur la professionnalisation des politiciens et des autres, il avait tout compris il y a plus de 80 ans. « Sur la pente de Tardieu », génial.

      C’est selon moi la prise de consncience qui est le le problème du peuple, il croit encore que les élites travaillent et agissent dans l’intéret géneral , et qu’elles detiennent le vrai savoir et la verité. En fait le public ressent mais il n’en croit pas ses yeux!

      Je démontre jour après jour qu’il n’en est rien, les élites se battent pour le maintien de l’ordre qu’elles ont instauré et quelles veulent consolider.

      D’ou la violence du maintien de l’ordre exemplifiée par la répression ignoble des manifestants par les mercenaires FDO; la police est devenue nationale lors de l’Occupation pour empêcher que les polices municipales et autres ne soient au plus près de la population et ainsi fraternise avec elles .

      Attention je ne dis pas que tous sont des mercenaires non républicains, non, mais il suffit d’une poignée pour donner le ton.

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  2. L’idéologie du risque rejette les difficultés économiques non pas sur ceux qui gèrent, les Macron, les élites, les responsables, mais sur ceux qui sont gérés, sur ceux qui obéissent et elle les culpabilise.

    oui c’est tout a fait cela: les domines seraient trops cons et incapables d’obeir,c’est pour cela qu’on est dans la m… et non pas parce que les dominants seraient decadents et incapables …

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