Editorial: vous allez enfin comprendre pourquoi on n’échappera pas à la Grande Destruction.

La lecture des travaux des économistes les plus qualifiés montre que la baisse des taux est discutable. Il y a des arguements « contre » et des arguments « pour ».

Néanmoins les autorités persévèrent et envoient des signaux non équivoques, elles s’orientent vers un assouplissement, avec un bel ensemble.

Pourquoi? Tout simplement parce que la motivation de la baisse des taux est ailleurs, elle est prioritairement financière et systémique. Elle est obligatoire en vertu du fameux « marche ou crève ».

Face aux cycles de baisse des taux et de stimulation du credit, les réactions sur les marchés sont immédiates et peu nuancées: c’est la hausse.

On se retrouve  en raccourci devant le problème de toute la stimulation de la période post-crise: à savoir que les cadeaux monétaires produisent un effet immédiat, puissant,  haussier sur les prix des actifs financiers mais un effet retardé, faible et de courte durée sur les économies réelles. Ce qui a pour conséquence d’ancrer la divergence entre d’une part l’évolution des marchés, en  hausse rapide et cumulative et d’autre part l’évolution de la sphère réelle, médiocre, peu vigoureuse.

La surévaluation augmente à chaque fois et avec la surévaluation augmente aussi la fragilité!

On a beau faire des rachats d’action pour bétonner « la valeur » du capital, le système se fragilise du coté du crédit, du coté des dettes de qualité douteuses. Bref les primes de risques comprimées par la création de crédit et le laxisme ne reflètent plus du tout l’état général de l’économie. Ce ne sont plus seulement les taux qui ne sont pas à leur prix, ce sont également les primes de risque.

On peut avancer une image: les marchés prennent l’ascensur et les économies réelles prennent l’escalier.

Il n’y a jamais rattrapage.

Or le rattrapage c’est ce que prévoyaient et souhaitaient à l’origine les promoteurs de ces politiques monétaires aventureuses non conventionnelles; ils considéraient que le monétaire serait un « starter », un booster ponctuel et que derrière comme un moteur, la croissance spontanée, auto entretenue,  s’enchainerait, ce qui permettrait la régularisation des politiques monétaires et donc résorberait la surévaluation des actifs financiers provoquée par le dopage initial .

Selon Bernanke et ses aides, comme Bryan Sack, on enclencherait  le schéma suivant:

-stimulation monétaire, baisse des taux, , baisse du coût du capital, invetissement, effet de richesse

-hausse des prix des actifs en anticipation de la reprise  de la croissance

-jeunes pousses, green shoots,  de la croissance auto entretenue

-croissance forte et en « V », effet de ressort,

-arrêt des stimulations monétaires

-remontée du taux de profit dans l’économie américaine

-baisse du risque donc baisse des primes de risques, baisse générale du prix du risque

-afflux de capitaux domestiques et étrangers sur le marché financiers et

-finalement soutien justifié, solide des niveaux de valorisations boursière

Donc pas de crise financière, pas de risque de fragilité de la pyramide financière, pas de creusement des inégalités , pas de spoliation de Main Street au profit de Wall Street. Car le réel objectif allait rattraper et résorber les anticipations.

C’était un pari gagnant-gagnant qui se rééquilibrait de lui même et finalement devenait légitime.

Hélas,  il a échoué.

Un beau schéma, bien théorique, du bon jus de crane  ..  qui s’est révélé non seulement faux , mais trop optimiste et dangereux car:

-d’une part il n’y a pas eu de reprise auto-entretenue et

-d ‘autre part il a fallu poursuivre les dopages ce qui a fait se creuser un écart considérable, un gouffre entre  les valorisations financières et les valorisations fondamentales.

Au lieu de se résoudre, le problème initial de la crise de 2007 qui était un problème d’excès de dettes , ce problème initial s’est trouvé décuplé.

Pour simplifier on peut dire que la politique de Bernanke était un pari colossal sur le rendement de la stimulation monétaire, ce rendement a été bien plus faible que prévu et maintenant on  a sur les bras le résidu, la mémoire, les promesses  de la stimulation monétaire c’est à dire les capitalisations boursières, actions, obligations et crédit et cette masse de résidus, cette masse de mémoire et ce stock de promesses on ne peut les assumer!

Personne ne connait le calendrier, il est encore possible de repousser les échéances, tout dépend de l’habilité manoeuvrière des apprentis sorciers et du hasard; mais une chose est sure ; la grande crise de dévalorisation/appauvrissement  , meurtrière, sinistre, est devant nous.

Les taux négatifs ne changeront rien à l’affaire.

Ce sont des petits moyens graduels,  de dévaloriser à petits pas le capital et les liquidités exédentaires, certes, mais comme ce remède oblige à maintenir un volume colossal d’accomodement monétaire, la destruction douce qui est opérée d’un coté est compensée par l’inflation forte des papiers de l’autre.

No place to hide.

 

2 réflexions sur “Editorial: vous allez enfin comprendre pourquoi on n’échappera pas à la Grande Destruction.

  1. Bonsoir M. Bertez,
    Le marché financier peut-il s’effondrer de lui-même ? je pense par la prise de conscience de certains investisseurs de la théorie des rendements décroissants, toujours plus de QE et autres LTRO pour de moins en moins de progression des cours.

    J'aime

    1. Le marché financier peut et doit s’effondrer sous le poids de ses propres exces, mais pour cela il faut un choc exogène; un catalyseur. Il faut que le voile se déchire, que le soutien de verre-le Put- se fracasse.
      Sans choc exogene qui sert de pretexte, la hausse continue, elle s’auto-alimente .
      La hausse est un mouvement qui s’auto-valide jusqu’au jour ou elle ne s’auto valide plus . Et ceci passe par un choc, ce fut toujours le cas dans l’histoire, il n’y a pas d’exception
      La perte d »efficacité des stimulations, ce que vous appelez les rendements décroissants conduit plutot à la sur-stimulation c’est a dire à l’hyper inflation des cours boursiers qu’à l’effondrement.

      Avec l’hyper inflation des cours de bourse on peut changer de paradigme et au lieu d’anticiper la déflation des prix des biens, des sevrices et des revenus on peut à un moment critique anticiper leur envolée.

      Ceci est plus vraisemblable ..

      En fait c’est mon schema en arrière fond de mon cadre analytique depuis 2007, mais je garde toujours ouverte la possibilité que ce soient les forces de déflation des prix des biens et des services qui l’emportent .

      Le moteur d ‘une évolution qui s’orienterait dans cette direction d’abord de dl’hyper inflation des cours de bourse, puis ensuite du décollage des anticipations inflationnistes sur les biens et services, ce moteur serait les forces sociales désignées sous le nom de populisme.

      Si le populisme venait à se renforcer, ce qui n’est pas le cas en ce moment, si le populisme venait à se renforcer alors les élites seraient obligées d’accélélrer la fuite en avant.

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