Craquements chez les élites, l’unanimité disparait. Quand le voile se soulève. Trump n’est qu’un révélateur.

Chaque semaine apporte quelque chose d’extraordinaire. 

La guerre commerciale que  Trump mène contre la Chine continue de saper la confiance des entreprises et des consommateurs . Elle aggrave les perspectives économiques. 

« Ce désastre artificiel en préparation » met la Fed face à un dilemme  : doit-elle atténuer les dégâts en décidant  un stimulus compensatoire ou bien refuser de jouer le jeu? 

Cette question posée par  l’ancien président de la Banque de réserve fédérale de New York, Dudley,  a suscité des réactions extrêmement négatives. Pratiquement tout le monde s’accorde pour dire que ce serait un scandale pour la Fed de se lancer de la sorte dans la tourmente politique.

Pourtant, si l’objectif ultime est une économie saine, la Fed devrait sérieusement envisager cette dernière approche… On peut même soutenir que l’élection elle-même relève de la compétence de la Fed. Après tout, la réélection de Trump représente une menace pour l’économie américaine et mondiale, pour l’indépendance de la Fed et pour sa capacité à atteindre ses objectifs en matière d’emploi et d’inflation. 

Mais il n’est pas de bon ton de le dire; les choix politiques des banques centrales doivent rester cachés; ce n’est qu’à cette condition qu’elles pourront conserver leurs pouvoirs. Ce n’est pas sans raisons que dans l’inconscient populaire les financiers sont désignés comme des gnomes. Il est dans leur essence d’être petits, cachés, non vus…dans les coulisses.

Une porte-parole de la Réserve fédérale a répondu: «Les décisions de la Réserve fédérale en matière de politique reposent uniquement sur son mandat donné par le  Congrès, qui consiste à maintenir la stabilité des prix et à maximiser l’emploi. Les considérations politiques ne jouent absolument aucun rôle».

L’ancien responsable du Trésor, Larry Summers, a commenté ( interview sur CNBC): «Le travail de la Fed consiste à rester en dehors de la politique. Le travail de la Fed consiste à répondre de la meilleure façon possible aux conditions économiques et à ajuster l’économie – les taux d’intérêt – de manière appropriée… Mais, pour un ancien responsable de la Fed , dont la pensée sera inévitablement liée à la Fed, préconiser qu’ils augmentent les taux d’intérêt pour saper l’économie et influencer une élection présidentielle est une irresponsabilité flagrante – c’est un abus du privilège d’être un ancien responsable de la Fed… Ce n’est pas le travail de fonctionnaires nommés non élus de jouer un rôle technocratique et de  décider comment  agir pour limiter et influencer le comportement du président des États-Unis – et celui du reste du gouvernement des États-Unis». 

Voila qui est bien dit n’est ce pas? On y croirait presque!

Le point de vue de Summers n’est  fondé qu’ en théorie.

C’est un monde particulièrement complexe que celui dans  lequel nous vivons. Est-ce le travail des responsables non élus de décider de la performance des marchés des valeurs mobilières, de la valeur du portefeuille mondial, de créer des effets de richesse? Est ce leur rôle de produire des inégalités, de décider de la ruine des épargnants, donc de la répartition de la richesse dans la société? Est ce leur rôle de sauver l’ordre mondial comme s’en est vanté Bernanke?

L’éditorial  de Dudley doit être placé  dans son  contexte. Il fait  suite aux tweets présidentiels du vendredi précédent et à la chute de 2,6% qui en résultait pour le S & P500. “… Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi?” “Nos grandes entreprises américaines sont invitées à rechercher immédiatement une alternative à la Chine…” . 

La question cruciale est de savoir si la Fed devrait réagir par des mesures de relance monétaire supplémentaires aux tweets mal avisés et aux déclarations  politiques qui risquent de dégrader la confiance du marché. 

Cette fausse indignation à l’idée que la Fed devienne «politique» est bien sur une hypocrisie. La Fed a commencé son incursion insidieuse dans le royaume politique  sous le règne de Greenspan dans les années quatre-vingt-dix. 

Il a été longtemps admis que la Réserve fédérale devait s’abstenir d’activités équivalant à une attribution de crédits. La sélection des gagnants et des perdants au sein de l’économie devait être en dehors de la compétence de la Fed: on l’a totalement oublié.
L’idée que la Réserve fédérale ne devait réagir  en aucun cas à la baisse des cours de Bourse  est devenue une hérésie. Il n’y a pas eu la moindre indignation lorsque la Fed de Greenspan a manipulé la courbe des rendements et adopté une politique asymétrique pour soutenir les marchés des valeurs mobilières. 

Où était l’indignation lorsque Bill Dudley alors chez Goldman Sachs   appelait spécifiquement la Fed à adopter des politiques visant à stimuler l’expansion du crédit hypothécaire dans le but de créer une  reflation systémique après l’effondrement de la bulle technologique? 

Il y a  eu peu de débat lorsque la Fed de Bernanke a eu recours à une explosion du crédit sans précédent après l’effondrement du financement hypothécaire.  

Il est maintenant universellement accepté que la Réserve fédérale et les banquiers centraux mondiaux doivent soutenir les marchés financiers, enrichir les déjà riches,  et promouvoir la création de richesse-papier. 

La Fed, les acteurs du marché et les experts préfèrent ignorer le fait que la  doctrine actuelle place les banquiers centraux au centre de l’allocation de crédit, de la répartition des  ressources et de la valeur des patrimoines. La doctrine présente  garantit que la Fed s’immisce  dans l’arène  politique. La Fed et les banques centrales se sont mis sur la mauvaise pente et maintenant elles glissent; le vin est tiré , il faut le boire. 

L’approche interventionniste  des banques centrales soutient les gouvernements ,  les présidents en exercice et les politiciens. 

En temps de guerre, les banques centrales ne se privent pas de financer ce que l’on appelle l’effort de guerre, ne sommes nous pas en guerre économique globale et en même temps en guerre contre la crise?

Une faille évidente dans les pratiques  interventionnistes des banques centrales  est à présent exploitée, les pressions de Trump et la réponse de Dudley  ne font que rendre public ce qui est caché. Les gérants de la monnaie font de la politique et ils en font de façon d’autant plus efficace que cela reste non -su.

30 août – Wall Street Journal: «L’expansion économique  a submergé les États-Unis d’une richesse inouïe tirée par un marché boursier en plein essor et une hausse des prix de l’immobilier. Mais cette manne n’a pas été déversée  sur tous les  Américains. La richesse de la moitié inférieure de tous les ménages américains, telle que mesurée par le revenu, n’a retrouvé que récemment le niveau perdu lors de la récession de 2007-2009 et elle est  toujours 32% inférieure , corrigée de l’inflation, à ce qu’elle était en 2003… Les 1% de ménages les plus riches le sont  deux fois plus qu’en 2003. Cela laisse entrevoir un aspect  inquiétant de cette expansion, qui est maintenant la plus longue  de tous les temps. Si une autre récession se produit, cela pourrait être dévastateur pour les personnes qui viennent tout juste de récupérer de la dernière ».

La montée du populisme n’en est qu’à ses débuts. Elle a une origine objective , elle est produite par les politiques qui sont menées par les banques centrales et les gouvernements.

Une banque centrale tributaire du marché des valeurs mobilières, prisonnière, otage de la Bulle,  a déjà renoncé à son indépendance.

La situation sera encore  beaucoup plus grave lorsque la bulle actuelle se dégonflera.
Politico : «Peter Conti-Brown, professeur spécialisé dans l’histoire de la Fed à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, a indiqué que les observateurs de la Fed discutaient depuis longtemps de l’opportunité d’utiliser la banque centrale comme police d’assurance contre les mauvaises décisions de politique économique. Mais « dans le climat actuel, un éditorial de l’ancien vice-président du [Federal Open Market Committee] affirmant que la Fed devrait réagir de manière transparente à Donald Trump est un peu dangereux », a-t-il déclaré. « Là où Dudley saute complètement le pas, c’est en disant que nous devrions avoir une république avec des banquiers centraux qui choisissent les gagnants et les perdants … » Si Powell suivait les conseils de Dudley … alors nous marquerions  la fin de l’indépendance de la banque centrale  « , a-t-il déclaré. »

Slate : «Le concept avancé par Dudley est extrêmement dangereux. Dudley ne parle pas d’un conflit entre deux branches égales du gouvernement. … Ici, Dudley parle effectivement d’un coup d’Etat organisé par un groupe de technocrates non élus. Il ne semble pas s’inquiéter des implications de cette idée, car il pense que le président a déjà politisé la banque centrale… Le meilleur moyen pour la Fed de montrer qu’il ne s’agit pas d’une institution politique est de ne pas se comporter comme une institution politique. et d’intervenir pour aider l’économie lorsque les circonstances le dictent ».

28 août – Bloomberg : «Un membre républicain du Comité sénatorial des banques et des banques a demandé au comité de tenir une audience sur ce qu’il a appelé le risque que la Réserve fédérale se mêle à l’élection présidentielle de 2020. 

Un ancien haut responsable de la banque centrale a suggéré à la Fed de résister aux baisses de taux d’intérêt susceptibles d’aider Donald Trump. Le sénateur Thom Tillis a dit qu’il était « très déçu » que … Bill Dudley semblait « faire pression sur la Fed pour qu’elle utilise son autorité comme une arme politique contre le président Trump, » … « Le président prend la défense de l’Amérique contre la Chine alors que depuis  30 ans  notre pays et nos travailleurs sont arnaqués et il y a maintenant un effort pour que la Fed essaie de saboter les efforts du président », a déclaré Tillis.

Laisser un commentaire