Nous arrivons à la fin du régne de Mario Draghi. Car ce fut un régne sans partage, la contestation allemande n’ayant été qu’un voile, une cosmétique pour faire croire au peuple allemand que Merkel ne soutenait pas Draghi, voire s’y opposait. La Com, la fameuse Com est comme on dit segmentée.
L’ère du «coûte que coûte » ne se termine pas. Elle va prendre une autre dimension, plus radicale encore car Lagarde entend bien tordre le bras aux gouvernements qui renaclent encore à faire ce qu’il faut …c’est à dire à mettre le budgétaire au service la BCE.
Le président de la Banque centrale européenne a déclaré en 2012 qu’il ferait tout ce qu’il faut pour préserver l’euro. Il l’a dit et a ainsi pris le pouvoir pour une raison simple qui n’a jamais été explicitée : il avait l’assurance de la part de Merkel qu’elle le suivrait . Merkel voulait réussir l’euro de son maitre Helmut Kohl.
Cette fidélité à la monnaie s’est traduite par un taux de dépôt de -40 points de base, une expansion massive du bilan de la BCE via des achats d’obligations souveraines et de sociétés.
L’EURO a été mécaniquement affaibli, ce qui n’a pas géné les exportateurs allemands. Tant pis pour les retraités et surtout pour les principes de base de l’orthodoxie allemande: on a fait, on fait du fiscal avec du monétaire, mais chut c’est un secret.
L’euro faible c’est un outil apprécié des traders de carry. La finance remplace les marges sur intérêt par les plus values spéculatives. on fait semblant de s’en plaindre, semblant seulement bien sur.
Le résultat négatif est que les banques nationales européennes ont été écrasées par la disparition des marges de crédit et que les taux négatifs ont entraîné des paiements nets par les banques à la BCE. Contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, où le taux d’intérêt sur les réserves excédentaires a amené la FED à payer des intérêts à ses institutions de dépôts.
Jeudi ce sera la prestation de Drahi, sa dernière avant que Christine Lagarde ne prenne le sceptre.
Les marchés de la dette publique souveraine en Europe tiennent compte d’un Draghi ultra-dovish, ils anticipent le maintien d’une position ultra colombe par Lagarde.
Les BUNDS, OATS et autres sont tous en mode négatif. Le consensus est que la BCE réduira le taux des dépôts à -0,50% tout en s’engageant dans un nouveau plan d’achats de titres à long terme de durée indéterminée pour 25 milliards à 30 milliards d’euros par mois.
Un guidage, une guidance ou si on veut une promesse que tout cela durera longtemps accompagnera ces mesures. Il s ‘agit de les faire « jouer » au maximum, et que l’on sache bien que « l’on peut y aller », la BCE prend tout le risque à sa charge. c’est cela message: allez y, pas de retenue nous vous couvrons.
Le mandat purement inventé d’une inflation de 2% servira une fois de plus d’alibi.
Si Draghi veut aller plus loin, ëtre encore plus agressif en matière de relance monétaire, alors il évoquera un programme similaire à celui de la BOJ: un assouplissement quantitatif qualitatif (QQE), qui impliquerait l’achat d’actions en plus des obligations.
Une aubaine pour toutes les très grandes fortunes, elles vont avoir un filet de securité, un acheteur de dernier ressort, un parapluie à l’abri duquel elles vont pouvoir spéculer et acquerir sans vergogne..
S’il s’agit d’un QQE, le montant mensuel devrait alors être nettement plus gros que les chiffres avancés, la BCE pourrait acheter beaucoup de titres bancaires et financiers, injectant ainsi des liquidités dans le système financier tout en soutenant les évaluations boursières des actions bancaires, décimées par les taux d’intérêt négatifs. A noter la manoeuvre diabolique, on affaiblit les banques dans un premier temps puis dans un second on les renfloue, ce qui fait que le public n’y comprend plus rien : les banques sont-elles cajolées ou punies. L’important n’est pas là, l’important est qu’au passage on a pris le pouvoir, on transforme les banques privées en mendiantes …la Nomenklatura a gagné!
Rappelez-vous, en 2012, Draghi avait déclaré «aucun tabou ». Il est donc plausible que la banque centrale envisage de procéder à des achats d’actions. La prestation de Draghi à Sintra en juin dernier, au Portugal, renforce cette hypothèse, notamment lorsqu’il a déclaré:
«Notre capacité à réagir de cette manière a été rendue possible par la flexibilité inhérente à notre mandat – une flexibilité confirmée par le récent arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes. Cela a non seulement affirmé que les achats d’actifs sont un instrument juridique de la politique monétaire dans la zone euro, mais a également souligné le large pouvoir discrétionnaire de la BCE d’utiliser tous nos outils de manière nécessaire et proportionnée pour atteindre notre objectif. »
Si Draghi adopte une attitude agressive via le QQE, attendez-vous à ce que les obligations de la zone euro se redressent, que l’euro soit vendu et que l’or soit recherché .
Il ne serait pas impossible que Draghi fasse une fleur à Lagarde et lui passe le témoin sur son terrain en mentionnant la necessité de mesures de stimulation budgétaire. Lagarde a sonné le tambour pour un vaste programme de relance budgétaire multinational.
Mardi le conseiller de la Maison Blanche, Peter Navarro, a souligné dans un entretien avec CNBC la nécessité pour l’Allemagne de lancer un programme de relance budgétaire et de dépenses en infrastructures. Si Navarro discute d’une telle idée, c’est qu’il y a anguille sous roche.
La dernière condition à satisfaire dans le plan des élites sur le « déclin » bancaire est l’union bancaire. Cet article donne des éléments de planning intéressants :
http://www.lequotidien.lu/actualites/commission-europeenne-schmit-pourrait-heriter-des-services-financiers/
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Le professeur en économie de la fac de Pau, Henri Régnault vient de publier son dernier opus de « La crise ». Toujours aussi passionnant.
Enfin un professeur d’économie intelligent et surtout, proche de la terre. On sent bien ses origines agricoles dans sa pensée, toujours rafraîchissante.
Cliquer pour accéder à la_crise_no45.pdf
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Merci.
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