L’avidité pour le gain et le problème du refinancement par les repos.

Récemment, les nouvelles financières ont été dominées par l’intervention massive de la Réserve fédérale sur le marché des «repo».

Sur ce marché des pensions, les banques vendent des titres à des contreparties et acceptent de les racheter au même prix, plus les intérêts. Elles se procurent ainsi des liquidités. C’est un marché de refinancement.

Repo est un raccourci pour les opérations sur ce marché des pensions; il  s’y traite   d’énormes volumes de prêts à très court terme souvent au jour le jour.

Les prêts ne sont pas utilisés pour financer des activités  de production de richesse. Leur objectif est plutôt de permettre aux sociétés de services financiers et aux banques d’investissement de garder leurs positions « ouvertes ».

Le problème évident de ce système, c’est la volatilité latente de ces taux d’intérêt à court terme.

Les taux à court terme peuvent très rapidement monter en flèche et ces hausses peuvent bloquer ce type de financement à court terme.

En septembre 2008, alors qu’ils flirtaient avec la faillite, Tim Geithner a expliqué à Henry Paulson que Lehman avait besoin de 230 milliards de dollars en refinancement de pensions au jour le jour, soit 230 milliards de dollars! Comment est-ce possible? Quel genre d’entreprise peut avoir besoin  besoin d’emprunter 230 milliards de dollars tous les quelques jours simplement pour continuer à opérer.

Pendant de nombreuses années à Wall Street, ce type de financement n’avait aucun sens, et il n’aurait pas été possible de le mettre en œuvre même si quelqu’un le pensait.

La raison en est que la «règle du capital net» l’a empêché. La règle du capital net limitait l’effet de levier qu’une entreprise de Wall St. pouvait utiliser. La règle du capital net  créée en 1975 obligeait les entreprises à évaluer leur «actif net» sur la base des prix actuels du marché et du potentiel de vente d’actifs en cas d’urgence. La règle du capital net établissait également des distinctions entre différents types d’actifs afin de prendre en compte les risques. Par exemple, les obligations du Trésor pourraient voir leur valeur «d’actif net» réduite de 5% seulement. En revanche, la valeur d’actif net des actions, généralement considérées comme présentant un risque plus élevé que les obligations d’État pourrait être réduite de 15%. Enfin, la règle du capital net limitait le ratio dette/capital net d’une entreprise à 12 contre 1.

L’objectif de la règle du capital net était de faire en sorte que les sociétés de bourse aient toujours assez d’actifs liquides, c’est-à-dire des actifs pouvant être vendus rapidement  pour rester solvables

Historiquement, les entreprises de Wall Street, en particulier les grandes banques d’investissement, étaient des partenariats, des sociétés de personnes, elles faisaient preuve de prudence en utilisant l’effet de levier. Elles étaient prudentes et donc moins gourmandes.

Bien sûr, les rendements augmentent avec l’augmentation de l’endettement. Elles savaient se limiter car les pertes augmentent avec le levier. Tant que  l’argent des partenaires était en jeu  les sociétés de Wall Street ont fait preuve d’une extrême prudence en matière de levier.

Elles devaient le faire, leur survie en dépendait.  Les sociétés privées de Wall Street n’avaient pas besoin du gouvernement pour leur dire de surveiller leur argent!

Cependant, les banques Wall St. sont devenues publiques à la fin des années 1990. L’argent des partenaires n’était plus en danger, c’était l’argent du public.

La Fed, en particulier Alan Greenspan, ont changé les choses. La règle du capital net a été modifiée afin de permettre un effet de levier plus important.

Par exemple, voici ce que disait Henry Paulson, alors président du conseil d’administration de Goldman Sachs, et futur secrétaire au Trésor, témoignant devant la Securities and Exchange Commission (SEC):
«De plus, nous (Goldman Sachs) et d’autres sociétés mondiales demandons depuis de nombreuses années à la (SEC) de réformer sa règle du capital net afin de permettre une utilisation plus efficace du capital. C’est le facteur le plus important pour la conduite de pans importants de nos activités à l’étranger. »

La règle du capital net était une réglementation et la SEC avait le pouvoir de la modifier.

William Donaldson, un idiot utile du casting central, présidait à la SEC.

Donaldson est diplômé de Yale (1953) et de Harvard (1958). Après avoir passé quelques années dans le Corps des Marines, il n’a jamais passé une journée de ses 45 années de carrière professionnelle dans les industries productives de richesse de ce pays.

Au lieu de cela, il devint le républicain typique de Rockefeller et servit  Richard Nixon et Nelson Rockefeller. Plus tard, il a été président de la Bourse de New York et a fondé une société à Wall Street. Au moment où il est devenu président de la SEC en 2003, Donaldson était complètement incapable de regarder un problème de manière objective. Au lieu de cela, il était programmé pour défendre les intérêts des personnes avec lesquelles il était allé à l’école et avait passé toute sa vie active. Sans surprise, c’est exactement ce qu’il fit.

En 2004 et à la suite des «pressions» de la part de personnes  telles que Henry Paulson et d’autres, la règle du capital net a été modifiée.

Donaldson et la SEC ont autorisé les grandes entreprises de Wall Street, les courtiers, à utiliser «une approche alternative basée sur le risque pour satisfaire aux exigences de la Commission en matière de fonds propres réglementaires, au lieu d’utiliser la règle actuelle concernant les fonds propres nets».

En substance, les sociétés de Wall Street ont fait valoir que, maintenant qu’elles avaient des ordinateurs, les ordinateurs leur permettraient de gérer un effet de levier beaucoup plus important. (Un argument complètement faux, prouvé par la déconfiture  de LTCM en septembre 1998.)

En évitant le jargon juridique de la réglementation, les modifications ont eu pour conséquences de permettre  un effet de levier beaucoup plus important.

En fait, Merrill Lynch, Bear Stearns et Lehman Brothers ont probablement bénéficié d’un effet de levier d’au moins 30 contre 1 juste avant de sombrer en 2008, à peine quatre ans après le changement de la règle du capital net.

La tolérance de la SEC à des niveaux d’endettement beaucoup plus élevés semble reposer en grande partie sur des modèles informatiques supposés plus précis et plus sophistiqués.

L’idée était que ces modèles permettraient aux courtiers en bourse de mieux mesurer et évaluer les risques qu’ils couraient et qu’un plus grand effet de levier pourrait ainsi être utilisé.

Quelle que soit la raison derrière celles-ci, les modifications apportées à la règle du capital net et la dépendance qui en découle pour adopter une approche «fondée sur le risque» ont été un désastre total.

Immédiatement après la faillite de Lehman, un ancien responsable de la SEC, Lee Pickard, a qualifié les modifications apportées en 2004 à la règle du capital net «la principale cause de toutes les pertes (parmi les courtiers) qui se sont produites».

Étonnamment, même après la crise financière de 2008, les énormes quantités de levier financier qui ont joué un rôle si important dans la crise de 2008 sont toujours utilisées.

L’intervention massive de la Fed sur le marché des pensions d’aujourd’hui le prouve de manière concluante. Quelle autre industrie, en dehors de la finance de Wall Street pourrait trébucher sur les mêmes erreurs que celles  commises il y a quelques années?

Traduction BB

Peter Schmidt
Sugar Land, TX
September 29, 2019

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