Un article original: les bulles portent en germe la fatalité de leur éclatement.

Pour comprendre ce qui se passe depuis la mutation du capitalisme productif en un capitalisme financier, il faut prendre la hauteur. Dans l’histoire, le hasard n’existe pas, il n’y a que de la Nécessité, que des enchaînements organiques, que des mouvements dialectiques, de causes, d’effets et de dépassements.
L’originalité de notre analyse est son objectivité. Nous entendons par là que nous nous moquons totalement de ce que prétendent les soi-disant responsables de la gestion des affaires et que nous nous concentrons sur ce que nous voyons.
Ce que nous voyons, c’est que, depuis le début des années 80, la financialisation a produit cycliquement des bulles. La financialisation oblige à la création monétaire intensive afin de prolonger les cycles du crédit. C’est ce qui est la cause objective de la formation des bulles et de la répétition de cette formation de bulles.
Toujours objectivement, nous constatons qu’il n’est pas d’exemple dans l’histoire qu’une bulle ne se termine pas par son éclatement. L’éclatement d’une bulle succède au gonflement aussi inéluctablement que la nuit succède au jour. C’est de la logique à l’état pur qui est à l’oeuvre .
Les bulles peuvent se constituer, inflater, enfler, prospérer, se multiplier, pour une seule raison: ceux qui les gonflent croient toujours que l’on pourra éviter l’éclatement. S’ils n’avaient pas cette illusion que les bulles sont éternelles, que les bourses puissent être sur un perpétuel haut plateau, ils ne souffleraient pas dedans. Ils fuiraient à toute vitesse les marchés.
Tout ceci pour vous faire comprendre que les bulles ne peuvent prospérer que dans l’illusion qu’elles sont éternelles. C’est de l’ignorance que procède la formation des bulles.
L’observateur a bien entendu une autre vision du phénomène que le participant à la névrose bullaire: il sait que, comme les hommes, les bulles sont mortelles. Un jour ou l’autre, elles éclatent. Le fait que l’on ne connaisse pas le calendrier est justement l’un des atouts des fabricants de bulles puisque les participants au jeu bullaire ont toujours l’idée que le jeu va continuer.
Une bulle a pour fonction de s’opposer à la répétition des cycles du crédit. Une bulle repousse les limites. Une bulle ne change pas la réalité et la dureté des lois économiques. En particulier, la loi de la Valeur continue toujours d’être valable, jamais on ne rase gratis, il n’y a pas de repas gratuit, il n’y a pas de multiplication des pains, on ne marche pas sur l’eau. Tôt ou tard, la pesanteur reprend ses droits et c’est ce que l’on appelle la grande Réconciliation.
L’originalité de notre démarche consiste donc à prendre le phénomène bullaire dans son ensemble, à le considérer comme un tout: formation, gonflement, éclatement, nettoyage.
Rédigé par
Bruno Bertez
5 décembre 2019

Pour comprendre les bulles, il faut envisager l’intégralité de leur cycle – et voir comment elles s’intègrent au programme des dirigeants.

Ce que beaucoup de commentateurs ne comprennent pas, c’est que la production de bulles fait partie intégrante de la répression financière.

La bulle ne se comprend pas en elle-même. Elle ne se comprend que dans son cycle, lequel inclut son éclatement ; c’est le complément final, l’apothéose.

La racine, la fonction radicale de la production de bulles, c’est celle que l’on ne dit pas : la destruction !

Le système crée des bulles de prix des actifs et il le sait. Même Jerome Powell le sait, à la Fed, tout comme son prédécesseur Alan Greenspan le savait en son temps.

Pas assez de cynisme !

Powell est bien moins intelligent que Greenspan, qui affirmait que l’éclatement des bulles n’est pas un mal en soi. Il suffit, disait-il en privé, de faire en sorte que l’éclatement ne touche pas les structures même du système. En d’autres termes, il ne faut pas que les piliers systémiques soient mis en danger.

Greenspan a toujours déploré que les banques géantes, les « trop grosses pour faire faillite », n’aient pas dispersé, réparti plus cyniquement les risques sur le public. Il croyait à la possibilité de faire ruisseler les risques sur le public et les agents périphériques.

Ce n’est pas le genre de choses que l’on peut dire en public !

Le système, pour durer encore, pour se prolonger, produit de la monnaie qui vient gonfler les prix des actifs financiers. La monnaie ainsi piégée est bien sûr très excédentaire ; elle aggrave le mal tout en lui permettant de se prolonger.

Depuis 2009, il a fallu produire plus de bulles que prévu – le fameux engrenage – et plus longtemps car l’économie réelle n’a pas réussi à redémarrer. On continue donc en espérant… en espérant quoi ? Personne ne le sait. Un miracle, peut-être !

Le germe d’un destin

Mais les bulles contiennent en elles-mêmes le germe de leur destruction créatrice – tout comme les grains de blé contiennent en germe le futur champ de blé. C’est écrit, joué, acquis.

Le destin des bulles, c’est d’éclater et ainsi de libérer l’avenir.

Ainsi se produira ce qui est en germe : la destruction de l’excédent de monnaie, de la quasi-monnaie, de la simili-monnaie que nous repoussons devant nous comme le fait le chasse-neige quand il repousse la neige.

Nous sommes dans la gestion de long terme, cynique. A la régulation courte par le stop and go ancien a succédé la régulation longue par les bulles – c’est-à-dire par les coups d‘accordéon successifs. Je gonfle, je dure, je disperse, je crève la bulle, je nettoie et je repars.

Colossal transfert de richesse.

Mais il faut attendre. Nous sommes dans le long, dans des cycles non pas conjoncturels mais historiques, générationnels. En attendant, il faut repousser… toujours plus loin.

Nous ne sommes pas dans des cycles conjoncturels ; nous sommes dans des cycles de production et reproduction de l’ordre social.

La montée du populisme atteste de ce que j’expose. L’enjeu c’est bien cela : l’Ordre.

La fonction de l’économie est de produire… un ordre social et des rapports de production.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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