A lire: Editorial. La nouvelle phase, la mutation, le tournant, du mouvement social, un progrès terrible

Il y a une grande parenté, rarement soulignée entre d’un coté les flics des rensiegnemùents généraux -ils n’ont pas disparu- et de l’autre les journalistes , qu’ils soient journalistes-système ou non.. 

Entre flic et journaliste, la logique du métier est la même, exactement.

D’ailleurs dans tous les cas on dit « enquêteur » et on a des « sources » , des indics.

La première raison est la contagion: qui s’assemble se ressemble, prend les mêmes tics, les mêmes méthodes et façons de penser, voire de travailler.  

Ensuite on fait des fiches, on note des bribes que l’on recueille ici et là, on interroge, on recoupe, on imagine. 

Aussi bien le flic que le journaliste ignore tout de la réalité de situation; ils ne connaissent que la réalité-roman, la réalité-narrative  et même si ils sont compétents ce qu’ils ont, ce sont toujours des pointillés. Leurs émergences de faits sont parcellaires et il faut les relier entre elles.

Enfin comme il faut bien raconter une histroire cohérente, ils font tous deux la même chose , ils remplissent les « blancs » par rapprochements, par amalgames, par répétition du passé, par des schémas dominants. 

Ce qui n’est pas explicité mais qui est déterminant c’est qu’aussi bien les flics que les journalistes sont au service d’un pouvoir.

La communaté des journalistes qui sortent des affaires est fliquée, archi fliquée, c’est un monde qui vit en symbiose comme vivent  les flics et leurs indics.  Je peux vous l’assurer, c’est un monde de donnant-donnant.  Les uns donnent aux autres et les autres donnent aux uns, on échange, on connivente. On couche  comme disait le Général.

Quand je vois sortir quelque chose, compte tenu de mon histoire je sais ou je pressens en général d’ou elle vient , quelle est la source. Un peu moins maintenant bien sur puisque j’ai pris mes distances.

La question de l’objectivité journalistique, des fake news et autres balivernes est mal posée, la question centrale du journalisme est : pourquoi écrit-on? Quel est le désir a la base de la « sortie » de quelque chose?On ne parle qu’en fonction d’un désir, c’est le désir qui pousse à ouvrir sa gueule.

Et c’est le désir du locuteur, de celui qui parle qui tord le sens de ce qui est exposé, rapporté. La vraie question centrale de ce métier et de  tous les métiers qui ont à voir avec la parole, c’est cela: le sens.  Quel sens, d’ou vient la torsion que l’on donne au sens? Quel est le désir qui anime cette torsion.

Ici Lordon met à jour la torsion que la journaliste du Monde donne au sens de la prestation revolutionnaire des petits rats de l’opéra. Ele veut rabaisser, salir, dénigrer et donc désamorcer le sens politique. Mais cela va encore au dela.

Le mouvement social progresse, il devient plus conscient, il gagne en conviction et en crédibilité car il devient socio-professionnel symbolique. Le mouvement social donne à voir des solidarités organiques. Le mouvement s’élève il ne se rabaisse pas. ce ne sont plus des primaires qui manifestent ce sont des rouages de la société. il n’y a pas que du nombre ou du courage il y a du prestige social la dedans.

Elle, c’est à dire le Pouvoir puisque la presse est l’expression du pouvoir,  veut en oter la valeur symbolique parce que cette valeur est terrible à assumer.

Le mouvement social a pris un nouveau visage que bien peu soulignent évidemment; il est passé du quantitatif, de la violence de masse au symbolique , c’est une élévation, une montée dans l’ordre de l’humain.

On manifeste symboliquement de façon à s’oppsoer sans violence à la violence du pouvoir: on jette sa blouse, on brule sa bible, son code, on sort avec son materiel de travail, on vient avec sa tenue de pompier, bref on monte le niveau des protestations, on passe du nombre  a quelque chose d’autre de bien plus significatif et c’est cela que le Pouvoir et ses laquais ne supportent pas car c’est beaucoup plus révolutionaire. On se révolte non pas en tant qu’anonyme individu mais en tant que …professionnel,  petit rat de l’opéra, pompier , medecin, avocat, enseignant …

Nous sommes dans le subtil , mais aussi dans le radical du système. Au coeur des secrets de la domination et des moyesn de la faire valser..

Lordon fait depuis quelque temps un travail de qualité exceptionnelle  pour décoder, trouver le sens de ce qui se passe et ici, ce qu’il fait a valeur exemplaire.

Ici Lordon met à jour la torsion que la jouernalise td u moden donne au sesnd ela preation revolutionnaire des petits ratsd el’oepra. Ele veut rabaisserr, salir, denigre ret donc sedamorcer le sens politique.

Résumé des épisodes précédents : le 24 décembre, vingt-huit danseuses du corps de ballet de l’Opéra de Paris dansent un extrait du Lac des cygnes sur le parvis de Garnier devant une foule enthousiaste, en expression de leur participation au mouvement de grève contre la loi sur les retraites. Quelques semaines plus tard, dans un article du Monde, ça donne ça :

On ne voit jamais si bien la part du complotisme des dominants transpirer dans leurs bruyantes croisades anticomplotistes, part à la fois projetée, inversée, et déniée, qu’à leur propension à ressaisir toute l’histoire de la contestation sous l’espèce des menées occultes de quelques agitateurs tireurs de ficelle.

On se souvient que pendant un acte des « gilets jaunes », LCI avait suggéré avec sa finesse coutumière que, Julien Coupat interpellé, le mouvement entier, dont il ne pouvait qu’être la tête à la fois clandestine et sine qua non, devait « nécessairement » s’effondrer. Merveille de la pensée politique du journalisme de préfecture, voué à importer toutes les tournures paranoïaques de leurs fournisseurs exclusifs d’informations.

Envisageant des machinations de moins grande envergure et sur un autre terrain, Ariane Chemin n’est cependant pas peu fière de porter au jour une autre de ces manipulations de l’ombre sans lesquelles le pays vivrait si tranquille : j’aurais fomenté un complot culturel en « pouss[ant] les petits rats de l’Opéra à monter un ballet-surprise contre la réforme des retraites ». À lire Ariane Chemin on n’est pas loin de penser que j’ai moi-même choisi le Lac des cygnes. Si elle m’avait contacté, elle aurait appris que j’ai fait également la chorégraphie. J’envisageais d’ailleurs de passer incognito le tutu (je suis assez mince et porte plutôt bien le diadème) pour être très au cœur de l’action, mais patatras : sciatique la veille, mes arabesques s’en ressentent.

Car il est bien entendu que ces pauvres danseuses, si elles savent lever la jambe, ont besoin qu’on leur dise où et comment

Résumons-nous : des artistes du corps de ballet de l’Opéra, engagés dans le mouvement social, événement en soi extraordinaire, choisissent de danser sur le parvis, mais ça ne peut pas suffire, on parlera donc d’autre chose, en l’occurrence de quelqu’un d’autre. Car il est bien entendu que ces pauvres danseuses, si elles savent lever la jambe, ont besoin qu’on leur dise où et comment : elles ont besoin, nous dit Ariane Chemin, d’être « poussées ».

Par quel miracle pourraient-elles avoir une idée, et puis « se pousser » toutes seules ? Par quel miracle, plus encore, pourraient-elles avoir la maîtrise du sens politique de leurs actions ? Il fallait donc qu’il leur vînt du dehors — ici entre en scène l’agitateur, donneur de sens et tireur de ficelles. Dans le monde imaginaire du journalisme de têtes, qui ne connaît que les présidents et les premiers ministres, auxquels il s’identifie fantasmatiquement, on cherche toujours à tout prix un équivalent fonctionnel de « tête » en toute occasion et en tout domaine. Et s’il n’y en a pas, qu’à cela ne tienne, on en inventera une – puisqu’il est bien entendu qu’il en faut une, et que le monde n’a jamais marché sans. Misère du journalisme politique dégénéré, à l’intersection du potin et du complotisme-des-coulisses.

Lire aussi Sophie Eustache, « Quand les médias rééduquent les lycéens », Le Monde diplomatique, février 2020.

 

Mais c’est un fléau qui vient de loin, reflet caractéristique du néolibéralisme dans les structures de la grammaire journalistique, d’où vont disparaître, dès les années 1980, toute allusion aux collectifs, aux classes, aux forces sociales et à leurs dynamiques — soit tout ce qui constitue en propre la politique —, pour ne plus laisser la place, célébration de l’individualisme héroïque oblige, qu’à des « personnalités », singularités exceptionnelles, magnifiques ou terrifiantes selon les besoins de la cause. Mais dont on pourra faire le portrait, cet exercice devenu type du journalisme d’époque, qui aura radicalement évincé l’analyse, par les structures et les mouvements collectifs. De là, incidemment, cette incompréhension demeurée qui saisit le monde médiatique à chaque « séisme » (« séisme » est le mot pour dire « on n’a rien compris »), TCE 2005, les Le Pen au second tour, Trump, Brexit…, dont la compréhension en effet n’est réductible à aucune narration héroïque ni à aucun « portrait ». Mais peu importe, entre temps l’héroïsation des portraiturés fournit toujours quelques bénéfices d’héroïsation des portraitureurs, aussi a-t-on vu apparaître cette nouvelle sorte de « journalistes », persuadés d’avoir une « plume » et un accès à la psychologie des profondeurs, se croyant dès lors au cœur de l’histoire tout en n’ayant qu’à naviguer entre le Café de Flore et le Sélect, puisqu’il s’agit essentiellement de « rencontrer » et de s’ouvrir le chemin des âmes remarquables — ou de racler l’Internet pour faire dire quelque chose aux âmes noires.

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Le merveilleux paradoxe de l’article de Chemin, en tout cas, c’est d’avoir concentré, dans un sujet aussi inexistant, une telle richesse symptomatique. Son complotisme grotesque, donc, dans un journal qui fait ostentatoirement profession de pourchasser les complotistes, s’accompagne d’une accumulation de faussetés qui jette comme une ombre sur la croisade complémentaire contre les fake news. Sans compter les erreurs de stagiaire, comme « les petits rats » pour désigner le corps de ballet, alors que l’expression ne concerne que l’école de danse, mais Ariane Chemin, journaliste de l’espèce mondaine, se voudrait Albertine Londres tout en maintenant sa culture aussi approximative que son sens du travail. Il y a quelques années, Houellebecq l’avait exécutée en trois lignes après qu’elle lui eut consacré une série de longs articles où elle pensait sans doute, creusant les poubelles de l’auteur, avoir mis au jour le secret de la création littéraire (1) — Ariane Chemin et la création littéraire, comment dire…

Puisqu’ils ne sont pas des « têtes », ils ont besoin de « têtes ». Tous sont voués à ne jamais sortir de leur condition de minorité

Mais le plus caractéristique dans cet article, hormis le goût des complots et celui du faux, tient sans doute à ce réflexe de pensée, si partagé dans les cercles où évolue Ariane Chemin, qui choisit toujours l’hypothèse de l’incapacité — intellectuelle, culturelle, et en l’occurrence politique — de tous ceux qui, précisément, n’évoluent pas dans des cercles. L’article « petits rats » a donc une portée métonymique : il nous invite à penser qu’il en va de ces danseuses comme des opposants à la démolition des retraites, comme des « gilets jaunes », comme de tous les contestataires en général, et comme, en définitive, du peuple dans sa globalité : pour cette raison somme toute logique qu’ils ne sont pas des « têtes », ils ont besoin de « têtes ». Tous sont voués à ne jamais sortir de leur condition de minorité. Masses informes, inertes et enfantines, les mineurs sont faits pour être conduits. Et éduqués. C’est d’ailleurs pourquoi le néolibéralisme, en tous ses organes, est une pédagogie. Il n’en finit pas de « faire de la pédagogie », et même de faire « la pédagogie », tout court — des réformes, de l’avenir, des transformations du monde… On n’a jamais assez expliqué — et pour cause : « ils » n’en finissent jamais de comprendre (dans certains sous-cercles des cercles, on doit même être assez près de penser qu’« ils » ne commencent jamais vraiment). Expliquer, expliquer, expliquer inlassablement, voilà la grandeur des têtes — la grandeur du Monde et celle d’Ariane Chemin.

Lire aussi Xavier Vigna, « Tenir une grève longue », Le Monde diplomatique, février 2020.

 

Qui ne font pas qu’expliquer : mais expliquentdroitement. C’est très important. Car dans l’ombre, on croit voir s’affairer d’autres têtes, mais des mauvaises têtes, qui, elles, vont sans doute expliquer tordu. Et la torsion de se communiquer aux masses informes. Ca n’est donc pas qu’on est complotiste au Monde (ah ça non), mais qu’on a le juste souci que, sous de mauvaises rencontres, les mineurs ne viennent à « pousser » et à se « pousser » de travers.

On aurait pu raconter ce qui s’était passé vraiment au cinéma occupé La Clef, quelques jours avant ce merveilleux happening chorégraphico-politique : j’ai discuté avec ces admirables artistes, ils avaient eux-mêmes l’idée de mettre leur art au service d’une démonstration symbolique, je leur ai dit et mon enthousiasme et ma certitude de l’impact. Mais raconter ça… ça n’avait aucun intérêt ! Alors va pour l’histoire alternative à base de mastermind qui, dans la coulisse, agit les marionnettes.

On peut prévoir que les images du parvis de l’Opéra, en leur force symbolique inédite, resteront parmi celles du mouvement présent, c’est-à-dire dans l’histoire. Et voilà ce qu’Ariane Chemin en aura fait. Triomphe particulier du grand journalisme d’investigation politique, dont les enquêtes de terrain (qui se bornent à recevoir des vidéos au bureau) réussissent cette performance d’annuler la part politique d’à peu près n’importe quel événement politique. Même quand il est sous ses yeux, et considérable — raison sans doute pour ne pas le voir.

Frédéric Lordon

 

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