Editorial: Trump est une bulle, une bulle liée à celle du marché financier, elles éclateront ensemble.

A  neuf mois des élections de novembre ,  Trump a utilisé son discours pour tenter d’imposer sa vision de son bilan. Il a  revendiqué le mérite de ce qu’il a appelé un «grand retour américain». Il s’est vanté d’avoir produit, la meilleure économie depuis longtemps.

Trump, qui a dénoncé ce qu’il a appelé le «carnage américain» lors de son inauguration en janvier 2017, a décrit un pays différent mardi soir, affirmant que la nation faisait de nouveau des progrès chez elle.

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«En seulement trois ans, nous avons brisé la mentalité du déclin américain  », a-t-il déclaré. «Nous avançons à un rythme qui était inimaginable il y a peu de temps et nous n’y retournerons jamais

Il a cité ses réductions d’impôts, sa déréglementation, sa renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain et d’un accord commercial partiel avec la Chine, tout en s’opposant aux plans démocratiques d’élargir l’accès aux soins de santé.

La campagne de Trump repose sur une chose simple, faire croire qu’il a interrompu le déclin et qu’il remis les Etats-Unis sur la voie du « Grand retour » .

Son discours complète ses tweets et les messages de ses supporters: on hyper-présidentialise et on attribue à ce super président un retour magistral sur tous, absolument tous les points. Au passage bien sur on profite , à juste titre, du spectacle désolant/lamentable  que donnent les démocrates pour les trainer plus bas que terre.

Trump soufle dans une bulle personnelle qui est à l’image de la bulle colossale que constitue la bourse américaine. Trump et la Bourse sont liés dans les exces et .. dans les illusions.

Nous sommes dans un régime politique radicalisé, totalement clivé, sans réconciliation possible pour deux raisons:

-la première est la violence  des attaques

-la seconde est la fausseté des succès que s’attribue Trump

On est dans l’invective, l’ordurier et le mensonge généralisé .

Je ne m’intéresse qu’à un aspect, l’aspect  économique car c’est celui qui est determinant pour nous, c’est celui qui nous concerne le plus.

La politique économique de Trump a échoué. Je ne prétends pas que c’est de sa faute, non elle a échoué parce que toute politique fondée sur les theories en vigueur ne peut qu’échouer: le mal n’est pas corrretectement disgnostiqué et par voie de conséquence les remèdes au dela du placebo passager et des effets d’annonce sont sont inefficaces.

La hausse de la Bourse ne traduit pas la bonne santé mais l’approfondissement de sa maladie : il faut sans cesse rajouter du stimulus monétaire et fragiliser , socialiser, truquer pour retarder la catastrophe. C’est la mauvaise santé de l’économie américaine qui explique et produit la hausse boursière insensés.

Les rabais fiscaux et la politique monétaire soi disant stimulantes ne produisent aucun résultat, aucun « trickle down »; les entreprises n’investissent pas, stagnation et recul des dépenses d’équipement depuis trois trimestres.

En conséquence le potentiel  de croissance de l’économie américaine au lieu de s’élever se réduit.

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« L’économie a maintenant atteint 3%. Personne ne pensait que nous serions proches. Je pense que nous pouvons aller à 4, 5 et peut-être même 6%. » – se vantait  Donald Trump, le 16 décembre 2017.

Trump a échoué et la Fed également , la croissance n’a pas accéléré. comme en témoigne le graphique, objectif, non partisan ci dessous.

Croissance du PIB réel américain en glissement annuel (%)

La vantardise de Trump s’est transformée en poussière d’étoiles, elle s’est fracassé en 2019.

Le PIB américain a augmenté de 2,3% en 2019, bien en deçà de la promesse du président Trump de 3% + de croissance. La croissance affichée aurait été bien inférieure si il n’y avait eu la chute des importations, laquelle chute est un signe de faiblesse de la demande plus qu’un signe de vigueur. La médiocrité des exportations montre que la compétitivité du système américain n’a pas réellement été améliorée.

Le dernier chiffre du PIB a prouvé que les réductions d’impôts défendues par Trump n’avaient pas eu d’impact durable sur la croissance américaine. Et, même les prévisions les plus optimistes voient la croissance rester bien en dessous de 3% pour les prochaines années.

Trump a échoué, cela ne l’empêche pas de pavoiser, c’est la règle dans nos systèmes ou la parole est fausse-monnaie; le mensonge et sa production envahissante  sont  devenus  une structure à part entière dans nos sociétés. Mais on oublie que le mensonge a un coût: il produit du désajustement, il produit des dysfonctionnements et des allocations délirantes des ressources.

Les prévisions haussières de l’administration Trump étaient basées sur la conviction que la réduction d’impôt développée et adoptée par Trump et les républicains à la fin de 2017 augmenterait le taux de croissance tendanciel de l’économie. « Trump et son équipe économique ont soutenu  que les baisses d’impôts, en particulier la forte baisse du taux d’imposition des entreprises de 35% à 21% lanceraient un cycle vertueux favorisant  une croissance durablement supérieure à  celle de  2% qui a prévalu au cours des deux dernières décennies. . L’idée était que des taux d’impots sur les entreprises plus bas inciteraient à investir davantage de capitaux dans des  usines ou des gros équipements et que ce stock de capital supplémentaire stimulerait de manière permanente la capacité de production de l’économie. »

Rien ne s’est passé comme cela.

Bien sûr, cela n’a pas géné  pas Trump dans son discours sur l’état de l’Union hier. La réalité n’est pas son problème, il vit dans le déclamatoire, dans l’hyperbole. Il promet  une énorme augmentation du niveau de vie des salariés  sous sa tenure. En fait, la croissance cumulée sous Trump a été plus faible que sous Obama et Bush Junior.

La croissance est bien inférieure à ce que Trump espérait parce que les entreprises n’ont pas investi de manière productive,  mais elles ont utilisé les liquidités/ressources  supplémentaires procurées par les réductions d’impôt pour verser des dividendes plus importants aux actionnaires; ou pour racheter leurs propres actions pour inflater les cours de Bourse; ou pour faire de la gonflette des profits apparents par l’ingénierie.

Elles n’ont pas investi plus dans de nouvelles structures, équipements, etc. aux États-Unis parce que la rentabilité de tels investissements est toujours trop faible historiquement; et que le coût de la main d’oeuvre étant devenu relativement bon marché, elles ont intérêt à employer des gens à bas salaires et peu qualifiés ce qui explique la chute de la productivité.

C’est, en passant ce qui explique le taux de chomage apparent bas; il n’exprime pas la force du marché du travail, mais sa mutation. Il a changé de nature comme témoigne l’absence de hausse des salaires alors qu’il devrait y avoir pénurie si on en croyait les chiffres publiés. La courbe de Phillips est caduque pour une bonne raison: le vrai marché du travail n’est pas fort.

Les investissements dans le «capital fictif» des marchés boursiers obligataires et immobilier locatif , font concurrence aux investissements d’équipement productif , ce qui explique que  les prix ont atteint des niveaux record sur tous les biens représentatifs du capital ou si on veut sur les contrevaleurs monétaires du capital.

En effet, les bénéfices du secteur non financier ont baissé de 25% depuis 2014! Les réductions d’impôts sur les sociétés de Trump ont « aidé » les bénéfices après impôts pendant un certain temps, mais les bénéfices avant impôts ont continué de baisser.

La baisse a été nette au cours de 2019.

Le taux de profit américain sur le capital productif reste bien en deçà de ce qu’il était à la fin des années 90. Il n’a guère été stimulé par la dépréciation des actifs lors de la récession de 2008-2009. Au contraire puisque non seulement la crise n’a pas « nettoyé » la pourriture mais son traitement a consisté à en rajouter.

Ce qui s’est passé depuis l’élection de Trump et sa stimulation par baisse d’impôts et hausse du déficit montre à quel point les théories utilisées pour gouverner sont fausses: la keynésienne de Bernanke et consorts fondée sur la demande  a échoué et celle de Trump fondée sur l’offre a échoué également.

Ce ne sont pas les changements/baisses  de taux d’intérêt; et ce ne sont pas les changements soudains de la «confiance des entreprises», comme le soutiennent de nombreux économistes traditionnels qui influencent les grosses entreprises capitalistes..non, ce sont les perspectives de profitabilité et les appréciations sur le facteur risque. Or la vraie profitabilité du capital est insuffisante ou jugée telle, et les incertitudes sont fondamentales de tous les cotés.

Le critère, le seul critère et seul moteur du système c’est le profit.

Pas le profit dans l’absolu mais dans le relatif c’est dire le ratio du profit divisé par tous le capital investi  cumulé et si le profit est jugé trop bas alors on utilise l’argent autrement, on spécule. On va en Bourse jouer sur ce qui marche. L’argent suit toujours la plus grande pente de la facilité.

Les économistes tradionnels inversent les causes et les effets: la demande, la confiance, les taux d’intérêt, tout cela constituent non pas des causes mais des effets .

Quand le système tourne rond il produit/distribue  des salaires suffisants pour alimenter la demande, il produit asez de profits pour inciter à investir, il produit en surplus la  confiance  et ce qui est ignoré, la monnaie et le crédit qui lui servent de catalyseurs dans ses échanges. Car la monnaie, la vraie vient d’en bas, elle ne vient pas des « réserves » que les Banque centrales croient injecter et qui constituent de la monnaie morte.

Le système est incapable de distribuer des revenus suffisants , ici les revenus personnels disponibles dont on a soustrait les revenus de transfert.

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La cause fondamentale du mouvement sous le capitalisme est la rentabilité et les variations  des bénéfices des entreprises. La preuve en est sur-abondante.

Voici une courbe des taux qui ne trompe pas, elle pointe non vers l’expansion mais vers le maintien des pressions déflationnistes .

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Ma conclusion est dans le texte; Trump est une bulle, il vit dans une bulle, avec l’aide des médias et des puissances d’argent il fait vivre les américains dans une bulle etc. Cette bulle est de même nature et de même origine que celle du marché financier.

Elles  éclateront selon toute probabilité ensemble, de concert.

En  prime

John P. Hussman
@hussmanjp
Ainsi, depuis janvier 2017, le chômage américain a baissé de -1,2%. Il a baissé de -2,0% et de -2,3% au cours des deux périodes égales précédentes.

Pendant ce temps, la dette publique américaine a augmenté de 2,9 milliards de dollars (14,5%) par rapport à 2,0 milliards de dollars (11,3%).

La «prospérité» est ici la phase finale d’une longue expansion.alimentée par l’endettement

2 réflexions sur “Editorial: Trump est une bulle, une bulle liée à celle du marché financier, elles éclateront ensemble.

  1. Comme toujours vos analyses sont parfaites merci.

    Trump c’est « debt man ».
    Son économie c’est la financiarisation à outrance qui dévore toutes les ressources pour les diriger vers le marché des actions.

    Dettes + leverage fausses comptabilités buybacks bail out permanent de Wall Street et les FOMO TINA blabla.

    Et surtout si on n’en fait pas toujours plus, on s’écroule et tout le monde sur wall Street le sait
    La seule question qu’ils se posent c’est qui ne va pas trouver de chaise quand la musique s’arrêtera ?
    Les populations surement
    à moins que la réalisation puis volonté de se débarrasser des parasites ne l’emporte
    enfin on peut toujours espérer un changement plus que nécessaire , vital.

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