Editorial: derrière l’inflation, la question de la productivité, puis celle de la croissance, puis celle des limites touchées par le système capitaliste tel que nous le connaissons.

La grande question de la période qui s’ouvre c’est l’inflation.

Pourquoi? Parce tous les problèmes aboutissent à la création de monnaie et de dette , donc à la question de l’inflation.

Le débat sur l’inflation n’est pas seulement un débat sur la hausse des prix , non c’est un débat d’ensemble sur la situation globale systémique des prochaines années. La question de l’inflation dissimule la question de l’état du système dans lequel nous vivons.

L’inflation n’est qu’un indicateur limité mais synthétique des déséquilibres et dysfonctionnements du système économique mondial.

Disons que c’est un symptôme synthétique de tout ce qui ne va pas, c’est un symptôme qui résume tout car derrière l’inflation on trouve:

-la lutte des groupes sociaux pour améliorer leur part du revenu national

-la lutte des pays pour la prospérité économique

-la tension sur les approvisionnements, la délitation de la globalisation

-la lutte géopolitique pour la domination mondiale

-le surendettement et les défaillances du système financier bullaire

-les défaillances du système monétaire trop dollar centrique

-les tendances à la croissance faible

-la chute historique des dépenses d’équipement et

-finalement, le pot aux roses, l’éléphant dans la pièce:

l’effondrement de long terme de la productivité , laquelle détermine tout depuis les profits au pouvoir d’achat et aux inégalités, c’est à dire l’ordre social.

Nous sommes dans une authentique crise historique de productivité , c’est un autre grand secret dont, bien sur, chut, il ne faut pas parler car il est aussi terrifiant que l’autre secret celui de l’insuffisance du profit dans le système économique.

Quand on vous parle de tendance à la stagnation de long terme , c’est cela, c’est la tendance à la réduction des gains de productivité.

On peut penser, mais ce n’est pas tout à fait ou totalement vrai, qu’il y a un lien entre les deux crises, celle de la productivité et celle du profit, mais elles ne se recouvrent pas. Elles sont liées mais c’est complexe et dialectique .

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Ci dessus , productivité du travail et taux de profit sur le capital fixe.

Je ne vais pas analyser en profondeur cette question centrale aujourd’hui, mais je vais ébaucher quelques pistes de réflexion.

La productivité baisse tendanciellement au travers des oscillations de court terme. La chute a été interrompue dans les années 80 grâce à la mise en place du néo libéralisme et surtout grâce à la dérégulation/assouplissement du marché du travail . Elle a repris sa chute par la suite .

Au cours des 50 dernières années, des années 1970 environ à aujourd’hui, la croissance de la productivité du travail a ralenti dans toutes les grandes économies capitalistes. Le capitalisme ne remplit plus sa prétention à l’expansion des forces productives. Au lieu de cela, il montre de sérieux signes d’épuisement. En effet, à mesure que les inégalités augmentent, la croissance de la productivité diminue. Et symétriquement.

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Les prévisions de croissance de la productivité vont dans le même sens, tendance nette à l’érosion , ligne verte ci dessous.

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Notre système économique et social est lui aussi en crise, ce que l’on appelle le populisme en est l’un des aspects: mais le symétrique du populisme, la volonté des élites d’imposer aux peuple le Grand Reset est également un aspect de la crise; tous deux, « populisme » et « Grand Reset » montrent à l’évidence que le système ancien ne peut plus continuer.

Déja le système ancien est dépassé; seuls les débiles considèrent que nous sommes encore en système néo libéral! Nous sommes sorti du libéralisme et entrés dans un système socialiste à dominante monétaire et dirigiste à dominante élitiste/ploutocratique. Vous savez que je nomme ce système le « capitalisme monopolistique d’état de copains, coquins et de banque centrale réunis »

Nous sommes sortis de la démocratie représentative et les banques centrales c’est à dire les puissances d’argent déplacent plus de ressources par la politique monétaire que les budgets des états et des gouvernements démocratiques. La lutte climatique et la pandémie accélèrent le mouvement de disparition du néo libéralisme. Contrairement à ce que disent les mêmes débiles dont je parle ci dessus le balancier ne repart pas à gauche non plus, il part ailleurs, dans une direction inexplorée, à l’Aventure.

La mission historique du mode de production capitaliste a été de développer les «forces productives» à savoir la technologie et le travail nécessaires pour augmenter la production de choses et de services dont la société humaine a besoin ou croit avoir besoin . 

La principale vertu du capitalisme est que c’est le meilleur système d’organisation sociale capable de produire des richesses, de développer les connaissances scientifiques, la technologie et le «capital» humain, tout ceci grâce a l’aiguillon du profit et de l’accumulation.. 

Le capitalisme a buté, il a touché ses limites. Mais en plus il n’a pas tenu des promesses il n’ a pas libéré l’homme du besoin.

Au contraire, il a multiplié les besoins et les servitudes.

Ecoutons Keynes

Dans les années 30, Keynes a défendu le capitalisme , c’était un partisan acharné, défenseur des avantages du capitalisme. Il a fait valoir que si l’économie capitaliste était bien «gérée» sages comme le capitalisme pourrait finalement offrir, grâce à la science et à la technologie, un monde de loisirs pour la majorité et la fin du labeur. « Je tire la conclusion que, en supposant aucune guerre importante et aucune augmentation importante de la population, le« problème économique »peut être résolu, dans un délai de cent ans. Cela signifie que le problème économique n’est pas – si nous regardons vers l’avenir – le problème permanent de la race humaine..« 

et encore

« Pour la première fois depuis sa création, l’homme sera confronté à son réel, son problème permanent – comment utiliser sa liberté des soucis économiques pressants, comment occuper le loisir, que la science et l’intérêt composé auront gagné pour lui, il pourra vivre sagement, agréablement et bien ».

Keynes s’est trompé, l’avenir ne lui a pas donné raison et en plus   les guerres civiles et extérieures se sont chargées de lui donner tort; notre lot n’est pas et ne sera jamais l’abondance paisible mais la rareté et la lutte pour la vie.

Mais ce qui est désastreux pour la mission capitaliste et les prévisions de Keynes, c’est qu’au cours des 50 dernières années, des années 1970 environ à aujourd’hui, la croissance de la productivité du travail a ralenti dans toutes les grandes économies capitalistes. Et pour masquer le phénomène il a fallu surexploiter les salariés, financiariser, tricher, produire des promesses non tenables comme les retraites et la sécurité sociale, de la dette, de la fausse monnaie, bref il a fallu délégitimer le capitalisme.

En Prime :

Une croissance de la productivité ralentie et insuffisante pour faire tenir le système et résister à la suraccumulation. Nous sommes là au coeur des problèmes du système.

Taux de croissance moyens de la productivité du travail dans les économies capitalistes depuis les années 1890. 

Le taux de croissance entre 1890-1910 était plus élevé que dans la période 2006-18. 

D’une manière générale, la croissance de la productivité du travail a culminé dans les années 50 et est retombée au cours des décennies suivantes pour atteindre les creux que nous avons observés au cours des 20 dernières années. 

Depuis, la descente se fait à un rythme accéléré. 

La croissance annuelle moyenne de la productivité en France est en baisse de 87% depuis les années 1960; L’Allemagne idem. au Japon, la baisse est de 90%; au Royaume-Uni de 80% et seuls les États-Unis font un peu moins mal , en baisse de seulement 60%.

4 réflexions sur “Editorial: derrière l’inflation, la question de la productivité, puis celle de la croissance, puis celle des limites touchées par le système capitaliste tel que nous le connaissons.

  1. Comment expliquer la baisse de la productivité ?
    Si la technologie n’a pas tenu ses promesses, cela aboutirait plutôt à une stagnation, non ? Pas à une baisse aussi prononcée ?
    Et pourquoi les taux de profits baissent inexorablement ? Et en quoi est-ce un problème pour les capitalistes puisqu’en valeur absolue, le profit augmente (corrigez moi si c’est faux) ?

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    1. Lisez au fur et à mesure des publications; si vous ne faites pas ainsi vous
      mélangez tout.

      Quand ce sera le moment je ferai un travail sur cette question de la baisse de la productivité qui se manifeste depuis 50 ans .

      Pour le moment vos questions ne sont pas adéquates nous n’en sommes qu’au constat du phénomène et c’est déjà bien.

      Pour répondre quand même à la question de savoir pourquoi le taux de profitabilité a tendance à baisser je vous dirais que la profitabilité baisse tendanciellement parce que la masse de capital dans le système croit plus vite que la masse de profit et que le capital fictif en accapare une grande partie.

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