Editorial: descente dans les profondeurs du système, ce qu’il ne faut absolument pas dire. Le grand secret.

Personne n’écrit sur le sujet de l’origine, de la cause des crises qui se succèdent sous des formes variées depuis la financiarisation.

Les plus avisés se contentent d’imputer ces crises aux excès de la financiarisation (exemple Minsky) sans pousser plus loin leurs analyses. Ils ne se posent pas la question pourtant évidente, l’éléphant au milieu de la pièces: pourquoi le système s’est il financiarisé.?

Les observateurs semblent considérer que cette financiarisation coulait de source, qu’elle était tombée du ciel sans détermination autre que le hasard, l’ordre des choses ou à la rigueur l’appât du gain des protagonistes.

C’est une attitude anti scientifique. Elle a ses raisons .

Les raisons sont diverses, la complexité de la chose financière , complexité qui rebute les pseudo intellectuels; la mystification propre au capitalisme qui s’efforce toujours de masquer, d’opacifier ses mécanismes, son fonctionnement, ses contradictions. etc

Pour résumer, la financiarisation a été un moyen pour le capitalisme de s’envoyer en l’air de se faire jouir fictivement.

Au dela de la vulgarité cette expression est juste: le capitalisme s’est envolé dans l’imaginaire , dans le monde des signes, des ombres, afin de dépasser -faussement, pas réellement- ses difficultés. Pas assez de ressources pour faire vivre et reproduire le système donc on invente des ressources fictives, ou des promesses de ressources ou des illusions de ressources. La financiarisation est un moyen de dépasser dans l’imaginaire, la rareté et d’échapper à la loi de la Valeur..

La financiarisation va au de la prédominance du capital financier sur le capital productif.

Elle désigne la fusion du capital bancaire et du capital productif ainsi que la domination du second par le premier. Et je vais au dela, la financiarisation désigne la fusion du capital de marché avec le capital bancaire et avec le capital productif, le tout sous la signe de la dette.

Malgré la multiplication des travaux, la financiarisation du capitalisme est un sujet vierge , il n’a jamais été étudié sous sa forme moderne maintenant dominée non par le capital bancaire mais par les marchés comme espaces alchimiques de production et de reproduction du capitalisme libérés de la pesanteur de la production… On réussit a y vendre du vent. Et même de l’espoir et de la dérivée de vent. En apparence bien sur ; car il faut bien que quelqu’un travaille, se coltine le poids du monde, produise la plus value.

La financiarisation est une conséquence des contradictions internes du capitalisme. Le capital s’accumule et si il n’est pas détruit au fur et a mesure de son accumulation par les crises périodiques de nettoyage, il se suraccumule.

Quand le capital se suraccumule l’intensité capitalistique augmente en regard de la main d ‘oeuvre vivante, la composition organique s’élève et la mise en valeur du capital devient de plus en plus difficile. Le capital ‘n’arrive pas à s’attribuer assez de surproduit pour se rentabiliser.

La suraccumulation est le mal interne, endogène du système capitaliste; c’est incontournable, le capital a tendance toujours à s’accumuler plus vite que la production de profit. Avant on disait il faut une bonne guerre pour que le système reparte.

La contradiction interne du capitalisme découle du fait que c’est le système de l’accumulation du capital et donc de la recherche continuelle de profit , mais que la masse de profit ne progresse pas assez pour satisfaire tous les besoins.

C’est ainsi que se pose et s’expose la dialectique du capital; le besoin de toujours plus de profit, un ogre insatiable.

Je passe sur les moyens dont dispose le capital pour tenter de dépasser cette contradiction mais j’évoque rapidement le besoin peser sur les salaires, de deréguler le marché du travail, de gagner de nouveaux marchés , d’exploiter de nouvelles main d’oeuvre, de mécaniser, de robotiser etc .

L’un des moyens qui a fait surface à l’époque de Kennedy est le recours à la finance, c’est une sorte de moyen radical qui repose sur le fait que la finance tout en étant le reflet de la réalité économique peut en même temps aussi en être détachée.

C’est l’aspect Faustien: on peut détacher les ombres des corps, on peut disjoindre les signes qui expriment le réel du réel lui même, c’est à dire créer un imaginaire qui peu à peu s’autonomise et a ses règles propres.

Cet imaginaire étant imaginaire dépasse les contradictions du réel, on peut y affirmer que 2+2=5.

L’imaginaire est une sorte de discours, de rêve qui peu à prend ses libertés -comme le dollar en 1971- et satisfait ses désirs comme dans les rêves.

Les rêveurs ignorent les contradictions, les raretés, les limites. Comme les enfants d’ailleurs.

.Rédigé par 

Bruno Bertez 

17 décembre 2021

La question de la cause des crises à répétition est centrale: comment trouver des remèdes si on ignore les causes? Comment éviter la répétition si on pense faux? Dire que l’origine des crises c’est la finance c’est s’interdire de voir la réalité: les crises s’originent dans le système productif , au cœur du système de la production de biens et de services. C’est là que cela se passe ,mais c’est au niveau de l’imaginaire financier que cela s e donne à voir.

Ci-dessous, plus bas, un tweet fondamental dans le cadre analytique qui est le mien.

L’hypothèse selon laquelle la crise économique serait issue de la crise financière est redoutable, car elle implique que, si l’on pouvait seulement éviter ou contrôler les crises financières, alors tout irait bien.

Dans le système capitaliste, les choses et les événements apparaissent toujours sous une forme trompeuse, souvent inversée, voire même sous forme de leur contraire. C’est la dialectique.

Réguler la finance…

C’est l’hypothèse des réformistes de la deuxième gauche et de ceux qui veulent maintenir le capitalisme coûte que coûte en régulant la finance.

C’est l’hypothèse qui sous-tend le socialisme fabien, le socialisme des riches et de la société à deux vitesses, le socialisme des tricheurs du type Rocard, Strauss-Kahn, voire Macron sous certains aspects.

Cette hypothèse nous fait marcher sur la tête, elle place les conséquences – les crises financières – comme cause des crises économiques, alors que le rapport entre les deux est en réalité l’inverse ! Il s’agit idéologiquement de protéger le système de production capitaliste avec son ordre social et ses élites.

Les financiarisations sont la réponse temporaire, provisoire, aux contradictions du capitalisme, à l’antagonisme entre le Capital et le Salariat. Une réponse qui passe par l’usage de la dette qui trompe tout le monde en repoussant les contradictions dans le futur, le « kick the can » des anglo-saxons.

On remplace l’argent gagné par l’argent emprunté de la dette, puis par l’argent de la fausse monnaie. Nous en sommes là, à la fin du cycle : on joue les prolongations.

Cette hypothèse – qui convient aux banquiers, centraux ou non, ainsi qu’aux élites – laisse intacte la question centrale à savoir pourquoi, à partir du milieu des années 1960, le système s’est financiarisé. Réponse : il s’est financiarisé parce que la croissance a ralenti sous l’effet de la baisse du taux de profit et l’insuffisance d’épargne, lesquelles ont précipité la baisse des investissements productifs et donc la tendance à la compression des coûts salariaux et la montée du chômage.

… mais pas trop réguler non plus

Je démontre depuis des décennies que la financiarisation a été voulue, pensée et promue comme solution à la crise du profit qui a pris naissance à cette époque. Tout cela a débouché sur le recours accru aux dettes, puis au besoin de créer un appareil pour gérer ces dettes et les mobiliser, couvrir les risques, les disséminer, et donc déréguler, ce qui fut fait vers le début des années 1980.

On a financiarisé pour pallier les conséquences de l’excès de capital et l’insuffisance de vraie épargne que l’on n’arrive plus à mettre en valeur et à rentabiliser, pour compenser l’insuffisance des cash flows, les pertes de pouvoir d’achat des revenus des salariés qu’il a fallu surexploiter, et pour bonifier par le Ponzi monétaire la fortune des capitalistes.

Réguler la finance sans détruire la masse de capital ancien qui s’est sur-accumulée conduirait à une terrible déflation, pire que dans les années 1930. La finance permet de durer au prix d’une aggravation de tous les déséquilibres.

C’est pour cela que l’on fait semblant de réguler, mais sans jamais que les régulations mordent. Il faut faire semblant. Il faut maintenir le shadow banking, le levier, les hedge funds, les family office, la communauté spéculative; les dérivés, les faux bilans, le put, et, de temps en temps, éponger un peu…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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Une réflexion sur “Editorial: descente dans les profondeurs du système, ce qu’il ne faut absolument pas dire. Le grand secret.

  1. La financiarisation permet au système économique de masquer le déclin du taux de rentabilité et de jouer artificiellement les prolongations avant le clap final de la faillite.

    Comme vous le dites, la sphère financière tourne en partie grâce aux promesses en tous genres, notamment en promesses de ressources (matières premières, ressources naturelles) car l illusion permet de s échapper du réel.

    L atterrissage sera brutal pour beaucoup de
    monde (moi compris).

    Et l étape suivante serait elle celle-ci ? :

    Adieu les promesses et les illusions.
    Le concret et le réel sont notre avenir : fourche, bêche, tronçonneuse, voltmètre, poste à souder, poêle à bois, (fusil au cas où) en voilà des investissements utiles.

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