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La Fed se réunit le 14 juin.
La question qui se pose pour la Communauté Speculative mondiale est : va-t-elle passer son tour, « sauter » une nouvelle hausse des taux ou au contraire va-t-elle « resserrer » d’un nouveau cran de =0,25%?
Deux gouverneurs se sont prononcés il y a quelques jours en faveur de la Pause, pour voir, -pour laisser le temps au temps si on veut.
31 mai – Wall Street Journal :
« Les responsables de la Réserve fédérale ont signalé qu’ils sont de plus en plus susceptibles de maintenir les taux d’intérêt stables lors de leur réunion de juin avant de se préparer à les relever à nouveau plus tard cet été. Ces derniers jours, les investisseurs s’attendaient à ce que la Fed relève ses taux lors de sa réunion des 13 et 14 juin, ce qui a incité deux décideurs politiques mercredi à souligner publiquement leur préférence de renoncer à une hausse… La stratégie donnerait aux responsables plus de temps pour étudier les effets économiques des hausses de taux antérieures consécutives… Ils ont relevé les taux de cinq points de pourcentage depuis mars 2022 pour lutter contre la forte inflation, le plus récemment le 3 mai? Nous somems dans une fourchette comprise entre 5 % et 5,25 %, un sommet de 16 ans. « Une décision de maintenir notre taux directeur constant lors d’une prochaine réunion ne doit pas être interprétée comme signifiant que nous avons atteint le taux maximal pour ce cycle »
De nombreux commentateurs de qualité sont contre la pause , en particulier des gens comme Summers ou El Erian. Ils considèrent que c’est donner un mauvais signal. Une longue série d’erreurs a considérablement endommagé la crédibilité de la Réserve fédérale en matière de lutte contre l’inflation. Cela a relancé les animal spirits cela a à nouveau favorisé une structure de marché dangereusement bullaire . À ce stade, entend-on la Fed devrait pécher par excès de détermination et se montrer décidée à maîtriser les excès.
Je ne crois pas beaucoup a ces billevesées sur la soi disant crédibilité de la Fed, tout cela c’est pour le petit public et les politiques, les vrais intervenants du Smart Money savent bien ce qu’il en est de cette credibilité, c’est un mythe qu’il est de bon ton d’entretenir..
La Fed ne choisit rien, elle louvoie parce qu’elle est coincée, elle est dans la seringue, ce que tous les professsionnels savent.
D’un coté elle est contre l’enclume de la récession et de l’autre contre le marteau de la hausse des taux. Ni l’un ni l’autre ne sont positifs. Le risque pour la stabilité financière est de tous les côtés ! Du côte de la récession avec la dilatation des primes de risques et l’effondrement des cours du segment spéculatif, et de l’autre le risque est du côté de la perte de controle des taux longs laquelle renverserait la célèbre carriole de pommes.
La Fed est actuellement confrontée à deux problèmes inflationnistes majeurs.
Premièrement l’inflation des prix à la consommation reste très élevée, et rien n’indique que les gains de prix reculeront à l’objectif de 2 % de la Fed.
Deuxièmement, l’inflation explosive des prix sur le marché des valeurs mobilières.
La Fed est victime d’une sorte de téléscopage temporel , les prix des actifs financiers montent avant que les prix des biens et services n’aient eu le temps de se calmer. La Fed est victime si on veut des vitesses inégales de propagation des phénomènes économiques et financiers: la finance va trop vite.
L’euphorie de la Bourse favorise les anticipations inflationnistes, elles restaure un appétit significatif pour le jeu et complémente le pouvoir d’achat par les gains patrimoniaux. Bref la bourse crée une humeur sociale qui n’est pas propice à la modération.
L’indice Nasdaq100, en hausse d’un tiers depuis le début de l’année, a ajouté près de 4 trillions de dollars de capitalisation boursière jusqu’à présent cette année.
Tout cela contrecarre le resserrement de la politique monétaire de la Fed.
Pour couronner le tout il y a le mystère de la résilience de l’emploi! Cette résilience casse le pari de la Fed qui croyait pouvoir jouer sur le « slack » et la remontée du chomage pour compléter ses actions de restriction.
ADP a fait état d’une augmentation de l’emploi de 278 000, contre une estimation de 170 000. Et le rapport sur l’empoi salarial non agricole de vendredi pour mai a une fois de plus surpris à la hausse, avec une augmentation de 339 000 (les mois précédents ont été révisés à la hausse).
Le gain du salaire horaire hebdomadaire moyen est modéré, de 0,3% mais la demande de main d’oeuvre reste forte, et cela va maintenir une dynamique inflationniste.
L’aisance financière tourne à la débauche tous azimuts, il n’y a qu’à se baisser pour ramasser l’argent !
31 mai – Reuters:
«Les grandes entreprises américaines se sont lancées dans une frénésie d’émission d’obligations… Les entreprises notées dans la catégorie investissement ont émis 152 milliards de dollars en mai, ce qui en fait le mois de mai le plus occupé depuis 2020 lorsque la crise pandémique a déclenché des volumes record d’émissions de dette, selon… Informa Global Markets. Les entreprises notées Junk ont quant à elles levé 22,1 milliards de dollars, pour le mois de mai le plus chargé depuis 2021, lorsque 73 entreprises ont levé 49,1 milliards de dollars.
Le Nouvel Eldorado a toutes les caractéristiques d’une mania comprimée, on veut jouir vite!
2 juin – Bloomberg :
« Le buzz autour de l’intelligence artificielle pousse les investisseurs à injecter une somme d’argent record dans les actions technologiques, déclare Bank of America Corp. Une » baby bulle » dans l’IA était le thème dominant du marché en mai, a déclaré le stratège Michael Hartnett, avec des fonds technologiques attirant un niveau record de 8,5 milliards de dollars au cours de la semaine jusqu’au 31 mai, selon… les données de l’EPFR Global.
La dynamique des bulles résurgentes sur les technologiques et l’IA a produit un assouplissement majeur des conditions financières qui vient contrarier le léger de resserrement du crédit bancaire.
La pensée conventionnelle soutient que la crise bancaire a déclenché des conditions plus strictes. Cela est faux c’est exactement le contraire qui s’est produit au cours des deux derniers mois. Simplement les flux se sont déplacés. Les actifs de la Fed ont augmenté de 364 milliards de dollars sur trois semaines en mars dans les opérations de liquidité de la crise bancaire. Les actifs restent environ 45 milliards de dollars au-dessus du niveau du 1er mars. Et les actifs des Agences comme FHLB ont augmenté d’un montant sans précédent de 317 milliards de dollars au cours du premier trimestre (802 milliards de dollars sur 4 trimestres). D’ailleurs les actifs des fonds du marché monétaire ont gonflé de 384 milliards de dollars au cours des cinq semaines commençant le 8 mars.
Cette croissance des MMF reflète une forte augmentation du crédit du secteur financier, en l’occurrence des emprunts agressifs du FHLB sur le marché monétaire pour financer ses opérations massives de soutien à la liquidité bancaire.
Les actifs des fonds monétaires ont augmenté d’un montant sans précédent de 526 milliards de dollars, soit 51 % en rythme annualisé, sur 12 semaines pour atteindre un record de 5 420 TN $ – avec une croissance sur un an de 894 milliards de dollars, soit 19,7 %.
Les opérations de liquidité de la Fed et des agences ont non seulement alimenté la croyance qu’il n’y avait aucun risque mais elles ont aussi donné les moyens de redéployer cette croyance sur les marchés.
Les deux en même temps ont joué: le renouveau de l’appétit pour le jeu et la disposition des moyens pour le faire. Il s’y est ajouté un complément d’outils nouveaux pour spéculer à court terme avec les dérivés et les options courtes.
Les derivés sont une forme terrible de levier: on achète directement, sans miser sur le principal, des bons de droit à écarts de cours, c’est à dire de bons de droit à plus value rapide.
Cette explosion des dérivés à mon avis re-augmente le risque pour la stabilité financière à la fois parce qu’ils constituent un levier de mauvaise qualité aussi aussi parce que ces marchés de dérivés sont des attrappe-couillons systémiques: ils ne peuvent fonctionner que si et seulement si les autorités réussissent à toujours maintenir des marchés ordonnés et liquides.
Les options servent aux opérateurs a essayer de rattraper les marchés qui leur ont echappé, et qu’ils ont raté ce sont des achats de très, très mauvaise qualité.
30 mai – Bloomberg:
« Les investisseurs boursiers qui avaient prévu une chose en 2023 obtiennent tout autre chose. Maintenant, avec le marché obsédé par la technologie qui risque de les fuir, la course est lancée pour les rattraper…
Avec les sept géants de la technologie qui ont bondi de 44% en médiane cette année – un gain près de cinq fois supérieur à celui du S&P 500 – il y a signes que les commerçants cherchent désespérément des moyens de suivre le rythme.
C’est visible sur le marché des options, où la volatilité attendue a augmenté parallèlement au Nasdaq 100 et le coût des options haussières a grimpé en flèche. « Il y a FOMO dans l’espace technologique », a déclaré Brent Kochuba, fondateur de la plate-forme d’options SpotGamma. « C’est une chasse claire. » La demande d’options d’achat à la hausse sur l’ETF Nasdaq augmente… « L’exubérance des appels » est si élevée qu’elle fausse le marché des options « , a déclaré Amy Wu Silverman, responsable de la stratégie des produits dérivés chez RBC Capital Markets. « Cela rappelle un peu l’engouement YOLO / meme pour l’achat d’appels que nous avons vu pendant la pandémie. » De plus en plus, les commerçants choisissent d’utiliser des produits dérivés pour parier sur la grande technologie.
La Fed est a nouveau prise au piège.
Elle n’a pas été en mesure de resserrer suffisamment les conditions financières quand il eut fallu le faire.
Les taux sont restés relativement trop bas tout au long du cycle de resserrement. Le marché obligataire a anticipé trop vite un pivot accommodant. Lorsque la flambée des rendements a déclenché une crise bancaire, les autorites ont paniqué trop vite et agit trop fort.
Le piège s’est refermé.
Note: atention cela ne veut pas dire que je pense que la Fed ne pourra pas se sortir de ce nouveau piège! Ils sont doués les bougres.
Article très réussi ,merci encore!
Je rajouterai aussi les problèmes de liquidités du gouvernement US:la hausse du service de la dette augmente plus vite que la hausse des recettes due a l’inflation.
Et il n’y a aucune volonté de réduire les dépenses publiques,au contraire, ce qui me semble inflationiste.
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