La Réserve fédérale et la Banque centrale européenne ont de nouveau relevé leur taux directeur cette semaine. Le taux de la Fed est désormais à son plus haut depuis 22 ans. Le taux de la BCE n’a jamais été aussi élevé.
Powell : « Le taux des fonds fédéraux est actuellement à un niveau restrictif. Donc, si nous voyons l’inflation baisser de manière crédible et durable, alors nous n’avons plus besoin d’être à un niveau restrictif. Nous pouvons revenir à un niveau neutre, puis en dessous d’un niveau neutre à un certain point»
24 juillet – Bloomberg :
« Écoutez les meilleurs économistes de Wall Street et vous entendrez encore et encore le même message : le risque de récession s’estompe rapidement. Et pourtant, sur le marché obligataire, l’avertissement traditionnel qu’un ralentissement est proche – une inversion de la courbe des taux – ne cesse de se faire entendre.
Ed Yardeni, un économiste qui couvre le marché depuis les années 1970, a une explication. La courbe des taux, postule-t-il, signale le ralentissement de l’inflation qui accompagne généralement une récession, mais pas la récession elle-même.
Il appelle cela le «scénario Nirvana» : fin des augmentations de prix désagréables pour les consommateurs sans trop de douleur, sans flambée du chomage ou un coup dur pour le marché boursier). »
« Nirvana », « Goldilocks », « atterrissage en douceur » et « désinflation sans douleur », « désinflation immaculée ». Ce sont les discours que l’on entend en ce moment, ils décrivent et conviennent aux conditions financières lâches et à l’exubérance du marché boursier.
Ces qualifications me font irrésistiblement penser à Irving Fischer qui a été rendu célèbre non par ses travaux économiques sérieux mais par sa prévision imbécile la veille de la crise de 1929:
« Peu de jours avant le krach de 1929, il écrivait que « le prix des actions ont atteint ce qui apparaît être un haut plateau permanent ». Le 21 octobre, il déclarait que la bourse « ne tremblait qu’à cause de la folie de quelques-uns » et affirmait que les cours boursiers n’avaient pas atteint leur vraie valeur et devaient continuer à croître. Des mois après le krach, il continuait à affirmer aux investisseurs que la reprise était au coin de la rue »
Irving Fischer par sa croyance « au haut plateau permanent » était un précurseur. La réputation professionnelle de Irving Fisher, ainsi que sa fortune personnelle, furent gravement atteintes par le krach boursier de 1929.
« Plateau élevé en permanence. » c’est exactement la situation présente , toutes les qualifications énumérées ci dessus signifient la même chose: il ne faut plus avoir peur de la baisse, les cours vont rester élevés, les valorisations sont durablement plus élevées que dans le passé.
La preuve en est que la bourse a résisté à un cycle de resserrement monétaire draconien et que maintenant que la Fed a terminé, les cours ne peuvent que monter encore!
La Fed a conclu son cycle de « resserrement ». Comme George Bush elle proclame « Mission Accomplie », the job is done!

Je m’en voudrais de jouer les trouble fêtes ou les oiseaux de mauvais augures en assimilant la situation présente soit à l’échec catastrophique d’Irak soit à l’effondrement boursier qui suivi les propos d’Irving Fischer. Mais le bon sens commande de s’interroger sur les raisons , sur les causes de cet état de fait paradoxal qui témoignerait d’un réel bouleversement dans la logique financière, monétaire et économique: on aurait trouvé le moyen de lutter contre l’inflation sans douleur! On aurait trouvé le moyen d’être, pour reprendre le terme de Powell, « restrictif » sans douleur! Cela défie la raison.
Comme je suis un être rationnel…
La politique de lutte contre l’inflation de Powell est basée sur la théorie selon laquelle l’accélération de l’inflation a été causée par une « demande excessive » des consommateurs . Ainsi, la hausse des taux d’intérêt, en augmentant le coût des emprunts (hypothèques, crédits à la consommation et prêts aux entreprises), devait ralentir suffisamment les dépenses et les investissements pour ramener la « demande » au niveau de l’« offre ». Elle suppose que la cause de l’inflation est une demande excessive.
Le resserrement des conditions financières était l’élément central du dispositif anti hausse de prix.
Powell :« Donc, nous surveillons, bien sûr, les conditions financières – les conditions financières générales. Vous avez raison, c’est le dollar et les actions, mais… et nous sommes, bien sûr, très concentrés sur les taux et notre propre politique. Nous allons utiliser nos outils politiques pour, en passant par les conditions financières, maîtriser l’inflation. L’implication est que nous ferons ce qu’il faut pour faire baisser l’inflation.
Powell: « Je dirais que la politique monétaire fonctionne à peu près comme prévu. » « La résilience globale de l’économie, le fait que nous ayons pu réaliser la désinflation jusqu’à présent sans aucun impact négatif significatif sur le marché du travail, la force de l’économie, dans l’ensemble, c’est une bonne chose. » « C’est une chose très positive qu’en fait le taux de chômage soit le même qu’il était lorsque nous avons décollé en mars 22, à 3,6 %. C’est donc une vraie bénédiction que nous ayons pu réaliser une certaine désinflation.
Powell reconnait le paradoxe de la situation: « la lutte contre l’inflation n’a eu aucun impact négatif significatif sur le marché du travail et sur la force de l’économie dans l’ensemble« . Mais il se garde bien de l’expliquer et de l’analyser car finalement c’est un miracle et il emploie lui même un terme qui est révélateur: c’est une vraie bénédiction ». Il sort du rationnel. On rentre dans la croyance.
C’est peut être suffisant pour un journaliste main street, mais cela n’est pas suffisant pour moi , je ne crois ni aux miracles ni aux bénédictions.
Et j’affirme que le paradoxe de la désinflation sans douleur doit être résolu rationnellement , dans le cadre de l’analyse économique, pas dans le cadre des écritures saintes
Le paradoxe se résout si on admet:
-que le diagnostic de Powell disant que la hausse des prix était causée par un excès de demande était faux.
-que la hausse des prix était circonstancielle causée par les évènements Covid, post Covid et les évènements liés à la guerre en Ukraine
-que la désinflation étant spontanée il n’y a pas eu besoin de resserrer vraiment les conditions financières
-que finalement il n’y a donc jamais eu de resserrement des conditions financières.
Pour parler de façon caricaturale: il n’y a jamais eu de vraie inflation au sens de Powell donc il n’y a jamais eu besoin de vrai resserrement des conditions financières!
L’inflation n’en était pas une au sens de Powell!
La flambée inflationniste depuis la fin de la crise pandémique montrent clairement qu’il s’agissait d’un « choc » d’offre.
Après la pandémie, la production mondiale a mis du temps à se redresser car la main-d’œuvre en bonne santé manquait et le commerce et les transports internationaux étaient encombrés d’obstacles. En conséquence, en particulier, les prix des produits de base (alimentation et énergie) ont fortement augmenté, entraînant une hausse des prix à l’importation pour la plupart des pays.
En outre, les producteurs multinationaux de denrées alimentaires et d’énergie ont profité des blocages de l’approvisionnement pour augmenter les prix et augmenter les bénéfices et leurs « marges » sur les coûts. De plus, l’invasion russe de l’Ukraine a ajouté un nouvel accélérateur à la hausse des prix. Nous savons maintenant que ce sont les profits qui ont le plus contribué à la hausse des prix au cours
La soi-disant inflation globale a chuté rapidement à mesure que l’approvisionnement alimentaire et énergétique s’est amélioré et que les prix de ces produits essentiels ont chuté. Le taux d’inflation américain est retombé à 3 % par an et celui de l’Espagne est même inférieur à 2 %. Le FMI estime que l’inflation mondiale chutera de 6 % par an à 4 % par an, mais pas avant la fin de 2024
L’épisode auquel il nous été donné d’assister est un épisode d’illusionnistes, on a lutté contre une fausse inflation avec des faux remèdes!
Tout a été du David Copperfield. On nous a fait regarder là ou il n’y avait rien à voir.
Et on s’est targué d’un succès qui est un tour de passe passe.
Et on gagne une crédibilité qui n’a pas lieu d’être.
Et on on suscite un optimisme qui, lui non plus, n’est pas justifié.
Les opérateurs sur les marchés sont bernés, « Mission is not accomplished », parce qu’il n’y a pas eu de mission!
Il n’y a pas eu de resserrement des conditions financières.
Le journal du système vend la mèche et découvre le pot aux roses sans se rendre compte qu’il ne devrait surtout pas le faire:
27 juillet – Financial Times :
« La hausse des cours des actions et la baisse des rendements obligataires ont rendu tellement plus facile pour les entreprises américaines de lever des fonds qu’une grande partie de l’impact de la hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale a été neutralisé… Le degré auquel l’environnement s’est amélioré ces dernières semaines se reflète dans l’indice national des conditions financières, compilé par la Fed de Chicago, touchant son point le plus bas en 16 mois… « La réalité est que les conditions financières se sont assouplies – nous avons [effectivement ] dénoué environ 450 points de base de hausses de taux. Les conditions financières sont suffisantes pour nous ramener au mois de mars de l’année dernière », a déclaré Sonal Desai, directeur des investissements chez Franklin Templeton Fixed Income.
Evan Ryser de Market News International : « Les conditions financières se sont assouplies à un rythme assez régulier ces dernières semaines – le dollar, le marché boursier, etc. Qu’est-ce que cela signifie pour la Fed d’être sûre que l’inflation atteindra son objectif ? »
Le Nasdaq100 a terminé la semaine avec un gain de 44,6 %.
L’indice Goldman Sachs Short a bondi de 36 %.
L’indice industriel Nasdaq affiche un gain de 28,8 % en 2023, le S&P100 de 25 %, le Dow Transports de 24,7 %, le S&P500 de 19,3 %. .
La réalité est que la Fed a perdu le contrôle sur la gestion monétaire mais qu’elle ne peut le reconnaître .
La crise bancaire de mars dernier a confirmé que le «Put de la Fed» serait employé encore plus rapidement que jamais. Cette certitude a libéré un torrent de liquidités qui s’est deversé sur un marché hautement spéculatif.
Aucun problème n’est résolu, si ce n’est que la hausse des prix des biens et des services a reflué et que l’inflation a repris de plus belle, mais ailleurs, elle est retournée se loger dans les prix des actifs financiers, ce qui laisse présager une instabilité encore accrue du marché mondial.
Des milliers de milliards d’opérations d’ingénierie , de leviers spéculatifs sont positionnés sur la base de différentiels de politique et de taux d’intérêt relativement certains convaincus qu’il n’y a qu’a mettre !