Editorial. La guerre en Ukraine est une extension logique, organique du capitalisme et de la modernité. Le capitalisme par d’autres moyens.

Débattre de la guerre en Ukraine sans se situer à l’intérieur de la représentation américaine du monde fait passer à côté de la logique qui est à l’oeuvre.

La culture américaine est une culture bourgeoise , bourgeoise au sens ou « l’avoir » prime sur « l’être », ou tout est « marchandise » et tout est « investissement » en prévision d ‘un retour, retour qui est un droit à prélever la fameuse plus value, le bénéfice, le surplus.

Le pouvoir ai-je souvent expliqué c’est de pouvoir tracer et imposer des équivalences entre des choses rigoureusement non équivalentes, irréductiblement différentes comme par exemple : un meurtre égale 15 ans de prison, une vie accidentée vaut 2 millions de dollars, un rapport sexuel 200 dollars ,etc L’argent dans ce monde est l’équivalent de tout, puisqu’il permet de réaliser tous les désirs bourgeois. c’est l’équivalent-maître, envahissant, tyrannique .

Je pense que vous m’avez compris; le pouvoir de tracer et d’ imposer les équivalences est le pouvoir suprème .

Je vous fait remarquer que ce pouvoir va très loin et qu’il est caché: ainsi quand je trace l’equivalence entre le signe « table » et l’objet « table » , quand je dé-signe la table vous ne percevez pas que j’impose une équivalence, cela vous semble naturel, le signe colle à l’objet .

Mais la modernité disjoint les signes des objets et des actes, la modernité a compris que l’on pouvait faire prendre les vessies pour les célèbres lanternes grâce à certaines techniques. Elle a compris que l’on pouvait faire glisser les équivalences naturelles, par métaphores, métonymies, répétitions, imitations, disjonctions etc et en imposer d’autres plus vicieuses, plus manipulatrices, chargées de pouvoir caché.

Par exemple la modernité a réussi a vous faire avaler qu’un morceau de papier déposé à votre Banque -papierqui ne vaut rien- c’est l’équivalent d’un vrai kilo d’or dans votre coffre personnel. Elle a réussit à vous persuader que la partie non consommée du produit de votre travail prelevée/confisquée par l’état et ses agents vous sera rendue plus tard avec profit!

Le pouvoir de la maitrise des équivalences requiert le contrôle culturel, la manipulation des désirs humains et celui de l’usage de la force.

Quand Macron traite d’extremistes les gens de tous bords à droite ou à gauche il exerce son pouvoir, même plus caché , il impose le champ des équivalences politiques qui lui convient ; il s’appuie sur le rejet des extremes et l’eloge des moutons du centre .

Si vous n’assimilez pas tout cela appliqué à l’idéologie américaine, vous ne pouvez comprendre ce qui se passe, analyser les déclarations et tenter la moindre prévision.

Le monde américain c’est un monde à deux dimensions sans profondeur, sans intériorité, sans verticalité, tout en horizontal comme Google ou l’IA; on ne sort pas du langage et des signes, le referent réel n’est jamais présent; l’humain réel est évacué il nexiste qu’en signe, en représentation. Seul compte – le mot compte est important- la combinatoire du signe suprème, le pognon.

On investit, on récolte la plus value, on transacte , on distribue et on fait circuler, voila les actions que comprend la philosophie bourgeoise , tout est donc chiffrable, modélisable, représenté par des chiffres.

Je vous signale en passant que ceci est bourgeois et non pas liberal au sens de libéral à la Hayek ou à la Mises, ils luttaient contre cette réduction aux chiffres et aux modèles et méprisaient ceux qui s’y consacraient.

La philosophie bourgeoise c’est l’économie au sens de rétention fécale, d’economiser et d’investir. C’est le contraire du héros. C’est la négation des civilisations plus anciennes qui souvent étaient fondées sur le sacrifice, le gaspillage, le Potlatch, le défi ostentatoire ou la sainteté .

Dans la culture americaine, la guerre en Ukraine est un investissement!

Nous sommes au coeur du capitalisme. Au coeur de la modernité; au coeur du colonialisme et de l’impérialisme nécessaire au capitalisme américain/occidental pour se survivre.

On y retrouve tous les ingrédients qui caractérisent le capitalisme: l’exploitation de la vie des autres, l’imposition de soi disant valeurs , la division du travail, l’échange inegal, la confiscation de la plus value .

Le capitalisme repose sur la coupure, la séparation; il faut que l’homme soit séparé de son travail, de son effort, dans l’échange. Il faut imposer une équivalence: le produit de votre travail/effort/vie équivaut à X dollars . Ensuite ce produit est transformé en marchandise qui circule avec surplus et plus value et bénéfice . L’acte initial c’est la séparation et l’imposition d’equivances par l’introduction par le maitre américain de la notion de valeur qui lui convient à lui, , c’est cette notion de valeur imposée par le maitre qui permet ensuite de comprendre toute la chaine.

L’assimilation de la guerre par procuration que mènent les amércains à l’exploitation capitaliste n’est pas abusive, elle est au coeur de la situation: c’est une délocalisation, une exploitation par tiers payant/mourant généralisé, une disjonction entre d’un côté celui qui perd sa vie en combattant et de l’autre celui qui la gagne en possédant, en possédant capital qui permet et permettra d’avoir le controle du surplus, de la plus value et des richesses qui subsisteront..

Lisez ce texte de Caitlin Johnstone

L’une des failles les plus flagrantes du discours officiel sur l’Ukraine est la façon dont les responsables américains continuent de se vanter ouvertement que cette guerre prétendument non provoquée, à laquelle les États-Unis ne recourent que par bonté d’âme, se trouve justement servir énormément les intérêts américains.

Dans un article récent du Connecticut Post , le sénateur Richard Blumenthal a assuré aux Américains que « nous en avons pour notre argent en investissant en Ukraine ».

« Pour moins de 3 % du budget militaire de notre pays, nous avons permis à l’Ukraine de réduire de moitié la puissance militaire de la Russie », écrit Blumenthal. 

« Nous avons unifié l’OTAN et amené les Chinois à repenser leurs plans d’invasion de Taiwan. Nous avons contribué à restaurer la foi et la confiance dans le leadership américain – moral et militaire. Le tout sans qu’un seul militaire américain, femme ou homme, ne soit blessé ou perdu, et sans aucun détournement ou détournement de l’aide américaine.».

Comme Dave DeCamp d’Antiwar l’a récemment observé , ce type de discours sur les « investissements » à propos de l’Ukraine est de plus en plus courant. Le week-end dernier, le sénateur Mitt Romney a qualifié la guerre de « meilleure dépense de défense nationale que nous ayons jamais faite, je pense ».

« Nous ne perdons aucune vie en Ukraine et les Ukrainiens se battent héroïquement contre la Russie« , a déclaré Romney. « Nous réduisons et dévastons l’armée russe pour une très petite somme d’argent… une Russie affaiblie est une bonne chose. »

Le mois dernier, le chef de la minorité sénatoriale, Mitch McConnell, a soutenu que les Américains devraient soutenir la guerre par procuration du gouvernement américain en Ukraine parce que « nous n’avons pas perdu un seul Américain dans cette guerre », ajoutant que ces dépenses contribuent à employer des Américains dans le complexe militaro-industriel.

« La  majeure partie de l’argent que nous dépensons pour l’Ukraine est en réalité dépensée aux États-Unis, pour reconstituer des armes, des armes plus modernes« , a déclaré McConnell. « Il s’agit donc en fait d’employer des gens ici et d’améliorer notre propre armée en prévision de ce qui nous attend.« 

McConnell explique depuis l’année dernière à quel point cette guerre profite aux États-Unis. Lors d’un discours prononcé en décembre, le monstre a soutenu que « les raisons les plus fondamentales pour continuer à aider l’Ukraine à se dégrader et à vaincre les envahisseurs russes sont les intérêts froids, durs et pratiques des États-Unis ».

« Aider nos amis d’Europe de l’Est à gagner cette guerre est également un investissement direct dans la réduction des capacités futures de Vladimir Poutine à menacer l’Amérique, à menacer nos alliés et à contester nos intérêts fondamentaux », a déclaré McConnell.

Comme nous l’avons évoqué précédemment , les dirigeants de l’empire américain parlent depuis le début de la mesure dans laquelle cette guerre sert les intérêts américains.

En mai de l’année dernière, le membre du Congrès Dan Crenshaw a déclaré sur Twitter qu’« investir dans la destruction de l’armée de notre adversaire, sans perdre une seule troupe américaine, me semble être une bonne idée ».

« Il est dans l’intérêt de la sécurité nationale de l’Amérique que la Russie de Poutine soit vaincue en Ukraine », a tweeté l(a) sénat(rice) Lindsey Graham, toujours passionné(e) de guerre.

En novembre dernier, le centre d’analyse de la politique européenne , financé par la machine de guerre impériale, a publié un article intitulé « Vaincre la Russie coûte très cher aux États-Unis », sous-titré « L’analyse coûts-avantages du soutien américain à l’Ukraine est incontestable. Cela produit des victoires à presque tous les niveaux.

« Dépenser 5,6 % du budget de défense des États-Unis pour détruire près de la moitié des capacités militaires conventionnelles de la Russie semble être un investissement absolument incroyable », s’est exclamé l’auteur de l’article, Timothy Ash. « Si l’on répartit le budget de la défense des États-Unis en fonction des menaces auxquelles elle est confrontée, le rapport dépenses-menace de la Russie serait peut-être de l’ordre de 100 à 150 milliards de dollars. Ainsi, dépenser seulement 40 milliards de dollars par an érode une valeur de menace de 100 à 150 milliards de dollars, soit un rendement de deux à trois fois. En fait, le rendement sera probablement multiple, étant donné que les dépenses de défense et la menace sont des événements récurrents chaque année.

Et bien sûr, les médias ont tous relayé le même message. Il y a quelques semaines, David Ignatius du Washington Post a écrit un article expliquant pourquoi les Occidentaux ne devraient pas « se sentir sombres » face à la façon dont les choses se passent en Ukraine, écrivant ainsi à quel point cette guerre profite aux intérêts américains à l’étranger :

« Pendant ce temps, pour les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, ces 18 mois de guerre ont été une aubaine stratégique, à un coût relativement faible (sauf pour les Ukrainiens). L’antagoniste le plus imprudent de l’Occident a été ébranlé. L’OTAN est devenue beaucoup plus forte avec l’arrivée de la Suède et de la Finlande. L’Allemagne s’est affranchie de sa dépendance à l’égard de l’énergie russe et a retrouvé, à bien des égards, son sens des valeurs. Les querelles au sein de l’OTAN font la une des journaux, mais dans l’ensemble, cet été a été triomphal pour l’alliance.»

Je pense que je rappellerai périodiquement à mes lecteurs ce paragraphe – et la parenthèse d’Ignatius « autre que pour les Ukrainiens » mise à part – pour le reste de ma carrière d’écrivain.

Ainsi, d’un côté, la classe politique et médiatique occidentale nous a martelé au visage avec le message que l’invasion de l’Ukraine n’était « pas provoquée » et que les États-Unis et leurs alliés n’ont joué aucun rôle antagoniste dans l’ouverture de la voie à ce conflit. d’un autre côté, il y a tous ces dirigeants d’empire qui s’enthousiasment de constater combien cette guerre profite aux intérêts américains.

Ces deux récits semblent un peu contradictoires, n’est-ce pas ?

Un penseur critique peut concilier cette contradiction de deux manières. 

Premièrement, ils peuvent croire que le gouvernement le plus puissant et le plus destructeur du monde n’est qu’un témoin passif et innocent de la violence en Ukraine et qu’il ne profite immensément de la guerre que par pure coïncidence. 

Deuxièmement, ils peuvent croire que les États-Unis ont intentionnellement provoqué cette guerre, sachant qu’ils en tireraient profit.

D’où je me trouve, il n’est pas difficile de déterminer laquelle de ces hypothèses est la plus probable.

4 réflexions sur “Editorial. La guerre en Ukraine est une extension logique, organique du capitalisme et de la modernité. Le capitalisme par d’autres moyens.

  1. La clarete et la pertinence de certains de vos posts sont toujours tres appreciees et si rares.Je ferai cependant une difference entre une « majorite » d’americains et une « certaine minorite » d’americains qui,comme d’autres minorites dans d’autres pays ou cultures, restent attaches a certaines valeurs comme la liberte d’expression,le droit a la detention d’armes etc et ne sont pas prets a y renoncer pour de l’argent voir sont prets a renoncer a un certain niveau de vie voir a leur vie meme pour les conserver.

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  2. Cher monsieur,
    Merci pour cette synthèse particulièrement éclairante.
    L’opinion des élites dirigeantes américaines ressemble fort à celle du Roi des Rois perse, confiant dans le fait qu’il allait avaler tout cru le monde grec…
    On connaît la suite… « Un grand empire va s’effondrer »…
    Décidément, quelle bonne idée de ne plus enseigner correctement l’histoire!!!
    Cordialement,

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  3. Bonjour M. Bertez

    Quand le Président du Mexique a résumé la stratégie US en Ukraine par:
     » Nous fournissons les armes, vous fournissez les cadavres. » Il a oublié :
     » et nous raflons la mise! » Ce qui était le but véritable de l’opération….
    On peut supposer qu’il ait trouvé inutile de rajouter cette phrase car, s’adressant à d’autres bourgeois, cette conclusion devenait implicite.
    Le taux de profit: Y penser toujours, n’en jamais parler!

    Pour ce qu’il en va de l’établissement juridique d’une équivalence entre pognon et dignité humaine , cela s’est fait en premier aux USA, par le Juge Oliver Wendell Holmes Jr.

    Cordialement

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