Editorial à lire et relire: la fin d ‘une époque? Non! Nous sommes dans une pause.

A lire


brunobertez.com/2023/11/08/attention-le-systeme-americain-va-bientot-avoir-besoin-du-credit-impulse/

Je vous offre ce texte de Jason Cummins. je me suis longtemps attardé sur ce texte car il est exceptionnel de qualité. De qualité mais dans la bouteille! In the Box.

Je me suis attardé longuement car ce texte analyse enfin sérieusement les raisons pour lesquelles on pourrait diagnostiquer et anticiper un changement de régime monétaire et financier.

J’ai l’opinion inverse ; je considère que l’on ne peut changer de régime et qu’il faudra revenir au régime ancien qui prévaut en fait depuis la décrue Volcker, c’est à dire le régime des taux d’intérêt bas, de la répression financière et la persistance du PUT de la Fed.

Je vous conseille de lire d’abord le texte de Jason ci dessous, puis seulement après de revenir à cette introduction critique.

Je précise, ce texte de Jason pour moi est central, si je le considérais comme scientifique, solidement articulé , dialectiquement étayé, je changerais tout mon cadre analytique.

Cela ne m’empêche pas d’être vigilant et de scruter si il y a des vraies indications de changement fondamental, mais je n’en discerne pas, nous sommes à ce stade encore dans le spectacle et la cosmétique .Nous sommes dans une pause. La volte face de Powell la semaine dernière me conforte dans mon analyse.

Ma première remarque vise le paragraphe ci dessous, le reste en découle :

À la suite de la crise financière mondiale, les marchés ont adopté un virage vers une inflation faible et stable. En conséquence, les taux d’intérêt sont tombés à des niveaux jamais vus depuis la Seconde Guerre mondiale — la “nouvelle normalité”. Les décideurs politiques ont profité de ce qui semblait être un repas gratuit en poussant encore plus bas les taux d’intérêt et en stimulant l’économie avec des réductions d’impôts et une augmentation des dépenses publiques.

Ce paragraphe est une erreur de raisonnement car le nouveau régime monétaire et financier ne date pas de la crise financière de 2008, il est en place -progressivement certes-, depuis les débuts de la financiarisation et singulièrement depuis l’instauration du PUT par Greenspan en 1987.

La longue baisse des taux date de très longtemps avec l’envolée des dettes, avec la constitution d’un colossal capital fictif concurrent du capital réel, qu’il faut a tout pris stabiliser.

Le regime monétaire et financier est un complément obligatoire, non choisi de la financiarisation. La financiarisation produit en continu une masse d’actifs financiers; cette masse s’accumule, exige son profit, elle devient de plus en plus instable c’est la raison pour laquelle il faut la stabiliser par l’espoir de baisse continue des taux, par les liquidités, par le PUT et par le jeu. La financiarisation produit du Minsky et le Minsky exige donc un régime monétaire adapté.

Ma seconde remarque est que la politique monétaire et financière ne tombe pas du ciel, elle ne s’origine pas dans le secteur monétaire ou financier mais dans le secteur de l’économie réelle: le taux de profit de l’économie réelle à tendance à chuter , les investissements a ralentir et le chômage donc a augmenter. et c’est pour cette raison qu’i a fallu et qu’il faut continuer à financiariser.

Donc oublier la situation de l’économie réelle c’est marcher sur la tete et inverser les causes et les effets .

Les USA ne peuvent accepter de rétrograder dans un monde de compétition stratégique et en plus la disparition du consensus social, il faut financer le beurre et les canons et ce ne s’est pas l’épargne américaine qui peut financer quoi que ce soit, donc il faut faire de la dette e et de l’ingénierie. Autrement dit il n’est pas possible de renoncer a la doctrine de l’inflationnisme monétaire lequel oblige a reproduire du crédit et ce faisant oblige à le stabiliser.

Jason ne comprend pas que pour revenir en arrière il faudrait au préalable nettoyer, détruire la suraccumulation de capital productif non rentable, les zombies en même temps détruire la suraccumulation de capital fictif et la ploutocratie. , Ce sont ces deux suraccumulations qui ont obligé et continueront d’obliger a pratiquer le régime monétaire à la Greenspan.

Le régime monétaire et l’hégémonie monétaire et l’unilateralité forment un tout. C’est l’ idiotie de la fin de l’Histoire. Comme l’histoire est a nouveau « on the move », il faut sacrifier a ce que dit la Reine Rouge;

il faut courir de plus en plus vite pour rester à la même place.

Et cela implique des tensions considérables a tous les niveaux, et cela impose de graisser les rouages, de tout voiler, par la monnaie, la finance, les promesses etc

Les Etats Unis ne peuvent accepter la de déflation monétaire, avec la masse colossale d’engagements futurs non financés, c’est un autre aspect. Ils ne peuvent accepter la retour a l’orthodoxie et finalement l’austerité.

En fait ce que trace Jason c’est un souhait une sorte de tableau idyllique de propagande, un optimum qu’il s’agirait effectivement de réaliser .

Mais cet optimum est impraticable pour les raisons suivantes:

-il n’y a pas eu de destruction de la pourriture passée, et de la suraccumulation

-le crédit est en phase Minsky dans tous les domaines

-le système Bretton Woods 2 est chancelant

-les dépenses de guerre vont être colossales

-les dépenses de reconversion climatique également

-le consensus social et politique est nul, le pays est fracturé.

-la confiance n’est pas au rendez -vous

Cela dit l’affirmation de Jason Cummins selon laquelle tous les actifs devront revoir leur prix n’est pas déraisonnable, mais les raisons de cette révision ne seront pas forcément celles qu’avance Cummins.

Jason Cummins 

The writer is chief US economist at Brevan Howard

M. Cummins est au Conseil consultatif de One River , ayant été à la fois président du Comité consultatif sur les emprunts du Trésor américain (TBAC) et économiste principal du Conseil de la Réserve fédérale. Il est actuellement directeur de la recherche et économiste en chef aux États-Unis chez Brevan Howard . 

M. Cummins est administrateur du Peterson Institute for International Economics et de la Brookings Institution, tout en étant membre du comité d’investissement du Swarthmore College .

 Il a passé la première partie de sa carrière à enseigner à l’Université de New York et à l’Université Harvard . 

M. Cummins est diplômé du Swarthmore College avec mention très bien et a obtenu un doctorat. de l’Université de Columbia .

NOVEMBER 3 2023

Prédire précisément quand les marchés refléteront les forces macroéconomiques est presque impossible.

 Comme l'économiste Rudiger Dornbusch a plaisanté: “En économie, les choses mettent plus de temps à se produire que vous ne le pensez, puis elles se produisent plus rapidement que vous ne le pensiez.”

Mais les investisseurs seront tôt ou tard confrontés à un ajustement important: tous les actifs devront revoir leurs prix en raison de la fin de trois grandes tendances.

À la suite de la crise financière mondiale, les marchés ont adopté un virage vers une inflation faible et stable. En conséquence, les taux d’intérêt sont tombés à des niveaux jamais vus depuis la Seconde Guerre mondiale — la “nouvelle normalité”. Les décideurs politiques ont profité de ce qui semblait être un repas gratuit en poussant encore plus bas les taux d’intérêt et en stimulant l’économie avec des réductions d’impôts et une augmentation des dépenses publiques.

Mais ce n’est plus le cas maintenant. L’espace budgétaire est réduit lorsque les taux d’intérêt dépassent le taux de croissance potentiel de l’économie, comme c’est le cas actuellement. Par conséquent, une boucle de rétroaction défavorable se développe: les marchés doivent digérer les refinancements de la dette à des taux élevés, ce qui entraîne une spirale à la hausse des déficits budgétaires.

La politique monétaire est également contrainte. Dans le passé, les investisseurs s’attendaient à un “put” de la Fed avec des baisses de taux de la Réserve fédérale chaque fois que des menaces à la croissance émergeaient. Avec une inflation supérieure à la cible, les banquiers centraux sont incapables d’atténuer les chocs sur l’économie réelle ou les turbulences des marchés financiers. L’ère du “put” de la Fed est révolue.

Dans le même temps, deux forces structurelles favorables de l’économie mondiale prennent fin.

Premièrement, le “rêve chinois” du président Xi Jinping a mis fin à l’ère de 40 ans “s’enrichir est glorieux” en Chine. À l’avenir, la Chine mettra l’accent sur la croissance réelle dirigée par l’État, la prospérité commune et la sécurité nationale. Après avoir alimenté la croissance mondiale pendant des décennies, la croissance économique chinoise ralentira et, par conséquent, une moindre part de ses réserves financières seront recyclées sur les marchés internationaux. La contribution de la Chine à la réduction de l’inflation mondiale au cours des dernières décennies devrait également diminuer.

De plus, le paysage géopolitique est de plus en plus dangereux. En 1989, Francis Fukuyama a développé l’idée de la”Fin de l’Histoire ». L’Occident a gagné la guerre froide et cela devait marquer le triomphe de la démocratie libérale. Mais les conflits géopolitiques et les tensions sont de retour — de l’Ukraine à Taiwan et maintenant à Israël. Un nouveau paysage de concurrence géopolitique accrue se traduira par une inflation plus élevée et des déficits budgétaires plus importants.

Ces trois « extrémités » sont assez claires à voir. Quelles sont les implications pour les investisseurs?

La hausse spectaculaire des taux d’intérêt à long terme depuis le milieu de l’année est une étude de cas utile. Au cours des deux dernières décennies, la prime de terme — la rémunération dont les investisseurs ont besoin pour acheter des actifs à plus longue duration — avait tendance à baisser et même à devenir négative ces dernières années. La demande d’actifs à long terme était si importante que les investisseurs étaient prêts à renoncer à la protection et à payer pour obtenir un rendement.

Il y avait trois raisons principales pour que les primes à terme soient négatives.

Premièrement, la faiblesse de l’inflation et la baisse de la volatilité de l’inflation ont rendu la dette à plus long terme attrayante.

Deuxièmement, les cycles d’assouplissement quantitatif sans cesse croissants de la Fed ont créé un acheteur non économique de dette de très grande taille. D’autres banques centrales ont emboîté le pas, amplifiant l’effet déprimant sur les rendements.

Enfin, les rendements obligataires ont « couvert » les rendements des actions, – note: par le jeu du risk-on/risk-off-ce qui a rendu attrayant pour les investisseurs à la recherche de risques de détenir des actifs sans risque pour contrebalancer. Les obligations semblaient être la couverture idéale pour les actions car chaque fois qu’un risque pour l’économie émergeait, les banques centrales montaient à la rescousse avec des baisses de taux et un assouplissement quantitatif.

Pas de “put  » de la Fed signifie pas de taux zéro, pas de promesses de taux bas à l’avenir, et certainement pas de QE pour sauver les investisseurs lorsqu’ils subissent des pertes.

Un coût du capital plus élevé raccourcira le temps dont disposent les start-ups technologiques pour atteindre la rentabilité. La tendance à la hausse des multiples de valorisation cours-bénéfices pourrait s’inverser car les investisseurs sont confrontés à la perspective de pertes plus fréquentes et plus importantes lors des ralentissements.

Des taux hypothécaires plus élevés mettront le logement dans un gel profond et finiront par peser sur les prix des maisons. Les gouvernements seront confrontés à des pressions pour réduire les déficits et auront peu de latitude pour investir dans des biens publics tels que la transition énergétique verte.

Cette « nouvelle anomalie » se caractérisera par une inflation plus élevée et plus volatile ainsi que par un retour à des taux d’intérêt structurellement plus élevés. Rétrospectivement, la nouvelle normalité ressemble à une période unique de taux d’intérêt historiquement déprimés après la crise financière. À l’avenir, les investisseurs devront réapprendre à fonctionner sans filet de sécurité budgétaire ou monétaire.

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