Editorial: le radical et le circonstanciel.

Nouvelle version.

En 2009 j’ai hésité à introduire une innovation majeure dans la présentation de mes analyses .

Animé de la conviction que nous entrions dans une période d’instabilité, de troubles et de transition vers un nouveau système, j’ai envisagé de désigner mes articles selon qu’ils s’inscrivaient l’intérieur de la bouteille ou à l’extérieur. Ou si on préfère comme le disent les anglo-saxons articles « in the box » ou « outside the box ».

Je ne l’ai pas fait.

Pourquoi? Parce que je me suis aperçu très vite que les phases de transition comme celle là et celle ci sont complexes, tout est mêlé , tout est réversible, chaotique. le circonstanciel et le radical se mélangent intimement ce qui rend l’exercice de séparation quasi impraticable; il faut ai-je pensé se résoudre à compter sur l’intelligence du lecteur pour être capable d’opérer le tri, la distinction entre les deux niveaux, d’opérer le va et vient entre ces deux niveaux; quitte à remettre les choses au clair de temps à autre ce que je fais par des articles théoriques comme celui ci ou ceux de la semaine dernière.

L’or, le cristal, de l’intelligibilité radicale est enrobé dans la gangue du réel quotidien et il faut l’accepter; mettre à jour le précieux métal ou le précieux diamant ne peut être fait en continu il faut accepter la manière d’apparaitre de la vérité: dans ses scories et dans le temps car la verité n’est pas une donnée mais un processus . La vérité est tangentielle, on s’en rapproche …

Je produis deux type d’articles:

-des articles d’analyse d’actualité et d’interprétation qui se situent dans une optique courante, gestionnaire et qui donc présupposent que le système reste ce qu’il est, plus ou moins inchangé. Par exemple c’est ce que font les stratèges sur les marchés financiers lorsqu’ils disent que le marché n’est pas cher puisque le PER moyen actuel n’est pas très diffèrent de celui que l’on connait depuis 10 ans.

-des articles radicaux, fondamentaux, qui se placent dans la perspective de la crise existentielle du système du capitalisme financier et qui à ce titre vont au fond des choses, à leur racine, explorent les contradictions de ce système montrent qu’il est à bout de souffle et que sa fin se rapproche sans cesse inéluctablement .Sa fin, sans être programmée dans le temps-agendée- est inscrite dans son essence et son existence, nous sommes dans le domaine de la Nécessité incontournable; je dis souvent que le blé dans le champ est contenu en germe dans le grain de blé qui est semé.

L’analyse de l’accumulation des dettes est l’outil privilégié du suivi de la progression vers l’abime. Les dettes sont en même temps le moteur de l’imaginaire social et le carburant. Tout en étant une pièce, pierre angulaire de l’imaginaire, les dettes produisent un ordre social qui vient compléter ou supplanter l’ordre ancien du capital productif ; le système de la dette crée l’hyper classe des créanciers, des financiers et en face celle des débiteurs.

Je pratique deux niveaux de réflexion quasi en continu.

Des observateurs superficiels mélangent les deux et ont par exemple au début cru que j’étais un de ces énièmes Cassandre catastrophistes alors que c’est l’inverse, puisque je professe que le seul pouvoir des autorités qui gèrent le système , ou qui croient le gérer, c’est de retarder l’inéluctable et que justement j’étudie sans cesse les subterfuges qu’ils utilisent.

Ils peuvent retarder l’inéluctable car dans nos sociétés humaines tout se transmet par les hommes, par les agents économiques.

A l’intérieur de la bouteille, on peut gérer leurs fameuses perceptions , les tromper, manipuler leurs comportements. mais de la même façon que le médecin peut retarder votre mort, il ne peut vous rendre éternel, tout ce qu’il peut faire c’est la différer. Pourquoi ? Parce que l’essence et l’existence du fait même de vivre c’est de faire de vous des mortels.

Ainsi la contradiction majeure de la rareté, de la finitude, qui est notre lot peut être différée parce que nos économies sont monétaires; nos économies sont recouvertes d’un voile qui les catalysent tout en les dissimulant. Grace à ce voile, ce que l’on doit donne aux uns on n’est forcément obligé de le prendre aux autres, on peut tricher , promettre et donc donner à la place de la fausse monnaie. On peut faire comme si le jeu n’était pas à somme nulle. Comme si les signes étaient la réalité; on peut raser gratis, créer du capital fictif par le jeu boursier qui « capitalise c’est à dire concrétise dès aujourd’hui des bénéfices, des richesses qui ne seront acquises que dans 40 ans si on parle des Maginficent Seven.

Nos créations permettent faire en sorte que 2+2 fassent 5, que le fini puisse passer pour infini, que le limité devienne assuré sans limite aucune, que les arbres montent jusqu’au ciel, que l’on distribue ce que l’on n’a pas , bref vous m’avez compris.

Nous avons la faculté de produire un univers imaginaire infini sur la finitude du monde réel. Nous le pouvons car nous sommes des démiurges, des illusionnistes, des gens qui ont fait le Pacte Faustien satanique.

On peut accumuler les dettes , qui sont des promesses à l’infini tant qu’il y a des idiots pour les acheter sur un marché dans l’espoir de les revendre à un autre encore plus idiot.

Exactement ce qui se passe en ce moment ou le Trésor US insolvable et face à une difficulté majeure de financement joue sur l’espoir de baisse des taux c’est à dire sur l’espoir de plus value Ponzi future pour émettre des trillions de refinancement.

Dire que la hausse des taux est finie c’est implicitement dire que les taux vont bientôt baisser et cela équivaut à dire aux acheteurs de valeurs du Trésor: venez acheter nos émissions car vous allez faire une plus value!

Notre nature de bestioles plongées dans les signes, dans l’imaginaire du langage et des mots, tout cela fait que nous sommes capables de nier les limites, de nier les contradictions, de nier la mort, de nier la finitude, de nier le fractal et le discontinu, de nier la Réalité et de la remplacer par une univers imaginaire. .

Cet univers imaginaire « tient » aussi longtemps que l’on reste dans la bouteille et ceci, soit que ceux qui sont dans la bouteille ne se révoltent pas ou soit qu’il n’y a pas de choc extérieur qui fracasse la bouteille.

Bref tout cela tient tient tant que les antagonismes, les contradictions internes dans la bouteille et les contradictions externes et conflits hors de la bouteille ne viennent pas tout casser et imposer la réconciliation avec le Réel.

Tant que la cuiller pour manger avec le Diable est assez grande.

Nos systèmes sont menacés d’être fracassés à l’intérieur par la disparition de la légitimité de nos arrangements politique; la fin de l’idéal démocratique

Nos systèmes sont menacés de l’extérieur par la disparition du consensus global sur l’ordre unipolaire américain de l’hégémon et la montée des forces multipolaires.

Le système est gérable avec l’illusion de l’absence de limite tant que l’on reste dedans! or les forces internes et externes cognent de plus en plus fort sur la bouteille.

Voila j’espère que vous avez suivi.

Jour après jour je vous offre un exposé et une analyse de ce qui se passe dans la bouteille. J’explique comment cela fonctionne dans l’imaginaire de la dette, du crédit, de la finance et de la monnaie avec le gouffre de plus en plus béant entre de l’univers des signes et l’univers du réel.

Laisser un commentaire