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Les gnomes ont ils réussi le triple saut périlleux arrière? Non bien sur.
En deux mots; non, ils n’ont pas réussi, il n’y a pas de retour en arrière, pas d’assainissement, on n’a rien reconstitué, rien résorbé, simplement on a, avec succès, repoussé une fois de plus les problèmes, on les a enfouis, masqués, déplacés et quand ils referont surface on repartira de plus haut.
On pourrit encore plus les structures comme par exemple la situation des banques, on s’enfonce dans la fausseté des valeurs sur les marchés boursiers, on re-augmente le leverage au lieu de le contracter. Pour sauver les apparences on fait un pas de plus sur le chemin de la destruction du système; on s’est donné les moyens, de refaire un tour, voila la réalité objective.
Seuls ceux qui ont une vision de la continuité historique peuvent comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Et encore, pas tous, car il leur manque souvent les outils intellectuels pour la comprendre. Les outils intellectuels dominants ne s’intéressent plus aux fondamentales, ne cherchent plus ce qui se passe dans les profondeurs, non, il restent au niveau des nouvelles, au niveau de l’analyse des discours, des informations, des modèles, des comportements et des corrélations; la pensée dominante a abandonné la recherche traditionnelle des causes et des effets. La pensée dominante juxtapose, elle ne comprend plus.
Les banques centrales ont évité la révulsion définitive du système en 2008 et 2009 en menant une politique monétaire non conventionnelle et en finançant/monétisant des déficits de plus en plus astronomiques des gouvernements. Elles ont réussi à maintenir dans les airs un univers monétaire et financier et immobilier faux, non pas corrigeant les excès mais en les aggravant; « on a fait plus de tout ce qui avait contribué à la crise ». On a quitté le monde de la solvabilité pour entrer dans celui de la liquidité, c’est à dire du besoin incontournable de Ponzi. On a fait monter le niveau mondial de la mer des liquidités pour cacher le cul pas très propre de tous ceux qui se baignaient nus.
Nous avons tout solvabilisé, même la pourriture en produisant du crédit gratuit, en surévaluant mécaniquement tous les actifs financiers, en maintenant une activité économique dopée, supérieure au potentiel de l’activité spontanée auto entretenue.
Nous sommes entrés dans un monde imaginaire ou tout a été magnifié, Potemkinisé par l’adjonction de zéros dans les livres de comptes et par des assurances et promesses que personne n’a les moyens de tenir sauf les banques centrales si elles acceptent de prendre le risque ultime de « trasher » la monnaie..
Toute cette politique a produit un univers encore plus faux non seulement au niveau de l’imaginaire financier, mais également au niveau de la sphère économique; il n’y a pas eu que des flux il y a eu des stocks, des structures qui ont été affectées. La politique monétaire non conventionnelle et les trous des budgets se sont inscrits dans la sphère économique réelle, dans les bilans, et dans les comportements des agents économiques. La drogue a été instillée dans tous les rouages, dans toutes les fondations et dans tous les mécanismes.
Il est évident que cette dérive qui dure depuis très longtemps est inscrite dans tout le système. les pansements qui dissimulent les paies n’ont jamais été enlevés et rien n’a cicatrisé puisque l’activité économique réelle n’a jamais rattrapé ce que l’on peut appeler l’activité financière; les ratios de la finance par rapport à l’économie réelle n’ont cessé de se gonfler. Ils explosent. Les centaines de trillions se sont empilés et ils se composent!
Tout observateur de bon sens sait que si une force agit dans un sens « à l’aller » elle agit dans l’autre sens « au retour ». Quand vous obtenez un effet positif en baissant les taux par exemple, vous produisez l’effet négatif contraire lorsque vous les remontez!
Sauf si vous modifiez les règles comptables entre temps, si vous changez les instruments de « reporting » ou de mesure bien sur; c’est ce qu’on appelle introduire de nouvelles règles macro prudentielles!
Ceci implique que si on a plaqué un univers faux sur le réel, et si on tente de dégonfler, réduire cet univers faux, alors le réel réapparait , il y a des émergences de réalité. Et une tendance à un retour aux valeurs « normales » se dessine.
En clair on a mené une politique non conventionnelle et si on sort de cette politique non conventionnelle le pot aux roses que l’on a essayé de dissimuler refait surface; il le fait partiellement, progressivement, pas tout d’un coup bien sur et ceci vous laisse une possibilité de progressivité, de petits pas; une possibilité de gérer la Com sur ces évènements.
Le caractère inévitable de la réversibilité et de ses conséquences négatives a conduit depuis des années les Cassandre à dire que nous allions vers l’Armageddon.
J’ai toujours dit qu’ils avaient tort.
Les gnomes eux aussi connaissent les conséquences de la réversibilité et ils ont élaboré des stratégies en consequence!
Au lieu de gérer come des butors ils ont manœuvré finement: ils sont doués les bougres.
-ils n’ont entrepris une ébauche de normalisation qu’après avoir téléphoné leurs intentions
-ils ont constitué un matelas considérable de liquidités excédentaires dans le système
-ils se sont assurés que le Japon continuerait à alimenter le marché mondial
-ils ont piloté les anticipations et ont cassé toute les anticipations spéculatives susceptibles de faire boule de neige, qui joueraient contre leur progressivité, destruction des « shorts », relance de l’appétit pour le jeu quand il le fallait
-arrêt de la hausse des taux pile, précisément au moment ou ils commençaient à atteindre le seuil critique, celui les 5% au 10 ans US
-arrêt de la hausse des taux au moment même ou elle se diffusait
-jeu sur le clavier marché boursier, système bancaire, crédit privé, dérivés
-manoeuvre habile du Trésor qui a couvert ses besoins de financement non par les techniques normales orthodoxes, mais par le court terme
-gestion de la peur/incertitude mondiale par les guerres afin de maintenir les flux de capitaux en quête de refuge en faveur des Etats Unis
-surveillance de très près du système et de ses maillons faibles comme les banques régionales et le Shadow afin d’éteindre les incendies le plus tôt possible…
-mise en scène de l’activité gnomique par les connivents
etc etc
Les banques centrales viennent de donner le spectacle, l’apparence de ce retour aux normes c’est à dire de l’apparence d’un retrait des politiques non-conventionnelles ; elles ont infirmé la logique qui disait que leurs politiques étaient du type Hotel California; « on peut faire le check-in mais il n’y a pas de check-out .
Elles ont monté les taux, très peu en regard des normes historiques du type Volcker, retiré un peu de liquidités pour la frime , elles ont joué le grand air de la rigueur. E il ne s’est rien passé: nous n’avons assisté à aucun des accidents habituels qui accompagnent les politiques de resserrement monétaires!
Et la foule de s’esbaudir et les braves gens d ‘applaudir.
Les gnomes ont réussi le triple saut périlleux arrière et les marchés financiers qui sont la claque habituelle des gnomes, la claque des illusionnistes se sont enflammés.
Ce n’est pas un hasard si on a retrouvé les niveaux d’avant la GFC , la Grande Crise Financière car ce triple saut périlleux « prouve » que la boucle est bouclée. On a réussi à s’en sortir, on a réussi à remonter les taux à reprendre un peu de liquidités. A montrer, à donner à voir quelques exemples d’efficacité.
Conclusion tout est redevenu normal gérable ; par exemple on va pouvoir baisser les taux rapidement dans la prochaine récession . On a retrouvé des amortisseurs, on a regarni la boite à outils, on a réapprovisionné l’arsenal.
Je ne vais pas analyser tout cela en profondeur aujourd’hui; je vais vous laisser jouir du spectacle.
Je veux simplement vous avertir que c’est faux. Tout est faux, archi faux.
On a joué la comédie, on a encore plus maquillé les comptes, tous les inventaires sont bidons y compris au plus haut niveau. Il n’y a eu aucun nettoyage systémique ou restauration des équilibres, nulle part.
On a opéré une opération de trompe l’oeil , de prestidigitation, laquelle a été crédibilisée par des dégâts sectoriels comme dans l’immobilier en levier , comme dans les matières premières etc.
Le fond, ce qui est important, systémique est resté intact et continue de planer sur la grosse bulle mère, la bulle des fonds d’état ; et pire, cette bulle, elle continue de grossir car il est impossible de réduire les déficits et donc les besoins de financement du gouvernement. L’Ogre a faim.
L’ effondrement actuel des rendements des valeurs du trésor américain est un symptôme de la pourriture qui remonte , pas un symptôme de confiance, c’est une « fuite vers la sécurité » loin des banques . La baisse massive des rendements du Trésor américain est un moyen d’alléger la situation dramatique des banques. Elles ont beaucoup de pertes sur le papier dans leurs livres. Les retraits de dépôts bancaires sont continus. Vous avez vu le cours de bourse des banques en Europe, Affaire à suivre.
2 réflexions sur “Editorial. Les gnomes ont-ils réussi le triple saut périlleux arrière? Non! bien sur. On s’est donné les moyens de refaire un tour, voila la réalité objective.”