José Tapia, professeur de politique à l’Université Drexel de Philadelphie, où il donne des cours sur l’économie politique internationale vient de publier un nouvel ouvrage. Il apporte de nombreuses contributions à la compréhension des crises capitalistes .
Son livre, Six crises de l’économie mondiale , tombe à point pour tous ceux qui ont une conscience aigue du fait que le monde va de crises en crises , en particulier depuis cette date et que ces crises sont soient niées par l’establishment, soit tout simplement non analysées car dérangeantes des élites au pouvoir.
Les 10 chapitres s’articulent comme suit:
- Introduction
- José A. Tapia
- Preuve de six crises
- José A. Tapia
- Mondialisation, économies nationales et crises mondiales
- José A. Tapia
- Questions conceptuelles : dépressions, récessions, cycles de crise, cycles économiques
- José A. Tapia
- Une économie mondiale
- José A. Tapia
- Pourquoi les crises surviennent-elles ? Théories causales
- José A. Tapia
- Nature, Pétrole, Crises
- José A. Tapia
- Vagues longues et structures sociales d’accumulation
- José A. Tapia
- De la dépression du COVID-19 à la guerre en Ukraine
- José A. Tapia
- Conclusion
- José A. Tapia
José Tapia considère qu’il faut partir de l’économie mondiale pour expliquer le mouvement des crises et il le démontre par l’analyse de l’histoire récente. Il
- Présente un examen de l’économie mondiale en tant que notion clé pour comprendre le monde moderne
- Décrit six crises de l’économie mondiale depuis les années 1970 jusqu’à nos jours
- Propose une discussion approfondie sur la mondialisation et la relation entre les économies
- il propose au lecteur une analyse de l’économie capitaliste mondiale depuis les années 1970.
Tapia identifie six crises dans les économies capitalistes depuis les années 1970. La première crise s’est produite au milieu des années 1970 et la sixième crise s’est produite en 2020, au moment de la pandémie de COVID-19.
Il fonde son approche théorique sur ce qu’on appelle la théorie des systèmes mondiaux, proposée par Immanuel Wallenstein L’idée ici est que nous ne devons pas considérer les mouvements dans la production et l’investissement capitalistes au niveau de l’économie nationale, mais au niveau de la production, de l’investissement et du commerce mondiaux.
Tapia : « l’économie mondiale, et non les économies nationales, est l’unité majeure à analyser lorsqu’on tente de comprendre la réalité économique de notre époque, en particulier la réalité des crises ».
Tapia : « Aujourd’hui, nous avons une économie-monde capitaliste. Cela englobe le globe entier, mais il n’y a rien d’autre […] Cela commence à la fin du XIXe siècle, mais c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité où il n’y a qu’un seul système historique sur la planète à un moment donné. Et ça change beaucoup de choses. »
Les crises sont de plus en plus synchronisées, exemple, en 2020, 85 % ou plus des pays ont subi une réduction de leur PIB réel, la proportion la plus élevée jamais enregistrée.

Tapia : les crises « sont des périodes de ralentissement substantiel de l’activité économique mondiale – telle que mesurée par l’investissement, la valeur monétaire de la production économique, la production industrielle, le commerce, le chômage, etc. – au cours desquelles de nombreuses économies nationales, mais pas toutes, sont techniquement en récession ». .»
Tapia montre par l’analyse économétrique que le mouvement de l’investissement productif conduit les économies, c’est lui le moteur et non la consommation. Et l’investissement dépend du mouvement des profits et de l’accumulation du capital : « Depuis les premières études sur le cycle économique, il est connu que la consommation et l’investissement augmentent en période de reprise et diminuent en période de ralentissement du cycle, mais l’investissement est une variable plus volatile et la baisse de l’investissement en période de récession est plus prononcée. En effet, la part de la consommation dans le PIB augmente généralement en période de récession, car l’investissement diminue fortement et le PIB lui-même stagne ou diminue.
En clair la baisse de la rentabilité moyenne du capital , réduit les investissements, conduisant à un effondrement de la production et de la demande, entraînant chômage, récession ou une crise.
Tapia montrent le lien entre les six crises qu’il analyse et l’évolution du taux de profitabilité du capital au cours des années précédant immédiatement ces six crises. La chute de la profitabilité « conduit à une baisse des investissements et aux sorties d’argent qui en ont résulté vers des activités spéculatives». il est constaté qu’au niveau des économies nationales, la rentabilité diminue à chaque entrée de récession ; par exemple, les bénéfices ont culminé en 2007 et ont commencé à décliner immédiatement avant la Grande Récession ; après s’être rétablis dans les premières années de la décennie suivante, ils ont atteint un autre sommet en 2017 et depuis cette année-là, ils ont entamé un déclin qui annonçait effectivement une crise lorsque l’économie a été paralysée par la pandémie de COVID-19.

Tapia pense comme je le fais que les crises financières ne sont pas causes des crises économiques, mais qu’elles en sont les conséquences.
C’est parce que l’économie souffre d’une baisse de la profitabilité qu’elle se financiarise et qu’elle évolue vers le developpement de la speculation décrit par Minsky.
Accessoirement , on peut ajouter que ce processus de financiarisation/spéculation accroit les inégalités phénomène qui produit une expansion colossale des industries du luxe comme on le constate clairement à notre époque.
Empiriquement ses travaux viennent corroborer cette affirmation que c’est la baisse des profits en fin 2006 qui a produit la crise financière; les partisans de la thèse de Minsky « n’ont pas considéré que, par exemple, dans l’économie américaine, les bénéfices avant et après impôts, dans les secteurs non financiers et financiers, avaient atteint un sommet au troisième trimestre 2006, c’est-à-dire bien avant l’éclatement de la crise financière ».
Pour Tapia, les profits mènent l’investissement, ce qui est mon hypothèse de base dans toutes mes reflexions. Les profits jouent le rôle central dans le système d’accumulation de la richesse qui est le notre, mais bien sur il ne faut pas que cela soit su car cela déplacerait le débat économique et politique de la consommation et autres sornettes keynésiennes idéologiques: « dans la production capitaliste, ce qui compte n’est pas la valeur d’usage immédiate mais la valeur d’échange et, en particulier, l’expansion de la plus-value et des bénéfices . C’est le motif moteur de l’activité capitaliste.
Les autres explications keynésiennes des crises basées sur « les animal spirits » des capitalistes, c’est-à-dire leur « volonté » d’investir, sont des âneries: « Les cycles économiques sont clairement des phénomènes de caractère pécuniaire par opposition à un caractère industriel. Plonger au-delà des considérations commerciales liées aux profits et aux pertes, traiter du « revenu psychique » et du « coût psychique », voire même traiter de la production et de la consommation physiques sous un angle autre que pécuniaire, revient à déformer le problème. Car les processus réellement impliqués dans la prospérité, les crises et la dépression sont les processus exécutés par les hommes d’affaires dans leur effort pour gagner de l’argent.
Tapia se tourne vers les travaux d’autres économistes réputés pour établir ses arguments empiriques visant à établir une théorie des crises, à savoir que le cycle économique est un phénomène endogène du capitalisme et que les changements de rentabilité sont le principal moteur de ce cycle: « De son analyse de régression, Tinbergen avait conclu que l’investissement est une variable endogène déterminée par la rentabilité antérieure. En se basant non pas sur des résultats de régression, mais sur une analyse descriptive des données, Wesley Mitchell était arrivé à une conclusion similaire trois décennies plus tôt. Mais la conclusion selon laquelle la rentabilité est une variable clé pour expliquer l’évolution de l’investissement et de l’économie dans son ensemble était largement en contradiction avec les vues théoriques de Keynes, Friedman et Koopmans. Ainsi, il a été écarté et, même aujourd’hui, il est rare de lire quoi que ce soit sur les profits dans les explications des économistes traditionnels sur les cycles économiques et les crises.»
Tapia soutient contrairement à Ricardo que le capital a la ressource d’échapper à l’extinction finale provoquée par la chute des profits parce qu’il se régénère plus ou moins périodiquement , ce qui est mon idée également . La condamnation à la crise finale que j’évoque souvent ne concerne que le capitalisme financier qui se fracassera nécessairement, mais pas le capitalisme en lui même.
Selon moi la fonction des crises est détruire du capital excédentaire qui ne peut plus être rentabilisé, « et de permettre l’augmentation du taux de l’exploitation des salariés qui conduit à une remontée du taux de profit, et à un redémarrage de l’accumulation du capital. »
José A. Tapia Granados est professeur à l’Université Drexel de Philadelphie, Pennsylvanie, États-Unis. Il donne des cours sur l’économie politique internationale, l’économie politique du changement climatique et le développement social. Formé en médecine, en santé publique et en économie, ses expériences de travail et de recherche incluent des postes à l’Institut de recherche sociale de l’Université du Michigan et à l’Organisation mondiale de la santé. Ses articles ont été publiés dans PNAS , Journal of Health Economics , Demography , Research in Political Economy et d’autres revues.
Six crises de l’économie mondiale
- Sous-titre du livre Mondialisation et turbulences économiques des années 1970 à la pandémie de COVID-19
- Auteurs José A. Tapia
- EST CE QUE JEhttps://doi.org/10.1007/978-3-031-38735-7
- Éditeur Palgrave Macmillan Cham