Editorial. Ils veulent voler le feu aux dieux ..la structure cachée de la névrose américaine/occidentale.
Regardez, le débat ci dessous . Il expose une caricature mais elle exprime le fond de la névrose américaine et plus largement occidentale: les élites se prennent pour Dieu. Si vous êtes familier avec les délires philosophiques des « génies milliardaires » de la Silicon Valley, vous reconnaitrez toutde suite leur névrose caricaturale.
L’homme est un être complexe, c’est une combinaison à la fois de naturel et de culturel, une combinaison de corps et d’âme, de réel et de signes censés le refléter, refléter ce réel tout en y étant ancré.
C’est la dialectique que j’utilise souvent du corps et de son ombre. L’ombre est un signe, le corps est une réalité. mais tout en étant intimement liés, on peut croire que l’on peut les manipuler et pourquoi pas les disjoindre.
Ce que je désigne sous le nom de Pacte Méphistophélique. Qui permet la création de la fausse monnaie chez Faust..
Au cours de son évolution l’homme a considérablement développe sa maitrise des signes et il est capable de les combiner à l’infini. Surtout depuis les illusions produites par le digital. Il a produit un monde de signes incroyablement vaste , complexe , envahissant , puissant , tellement puissant que ce monde des signes a maintenant sa vie propre. Il gouverne ce qui lui a donné naissance. Ce qui a été crée dépasse son créateur et prend le dessus sur lui. Le monde des signes prend le contrôle et reprogramme son créateur c’est l’une de mes hypothèses de réflexion..
Les élites modernes , souvent devenues élites par l’argent, la monnaie, la fausse monnaie, l’alchimie méphistophélique des marchés boursiers, ces élites modernes dis-je refusent les limites de la condition humaine et ils confondent le monde des signes avec le monde réel. Cela a à voir avec la toute puissance des désirs, et le désir de toute puissance. Avant ; le besoin, l’usage etaient ce qui nous rattachait au monde réel , maintenant nos désirs ont pris le dessus , ils nous envoient en l’air dans l’Imaginaire.
Le monde des signes permet/promet tout; il crée un imaginaire, comme la monnaie, sans borne tandis que le monde réel nous dit le contraire, tout est limité, fini, rare, borné, mortel.
Il y a des indépassables; les élites , névrosées, veulent à tout prix, -notez le bien à tout prix-, que ce soit le contraire, que nôtre finitude soit dépassée, elles veulent comme dans le monde financier que l’on puisse toujours aller plus loin, produire des signes, dériver, extrapoler, refuser ce qui est notre lot qui est le fractal, la rupture, le tout ou rien: hier nous étions vivant , aujourd’hui nous sommes mort; hier nous étions solvables aujourd’hui nous sommes en faillite.
Il y a un avant et il y a un après, ces élites propagent, véhiculent une culture qui nie cela. Elles nient le fétu de paille qui brise le dos du chameau, elles nient que la goutte d’eau puisse faire déborder le vase, elles nient la thermodynamique, elles nient l’entropie , elles nient la criticalité!
Ce sont des enfants tout puissants, ils veulent voler le feu aux dieux.
C’est une structure de l’esprit de la post-modernité du capitalisme sénile financiarisé qui maintenant se meut dans un rêve, capitalisme dont la logique ultime est de mettre du sans bornes sur le borné. La Valeur est dans la tête des gens n’est ce pas? Délire de capitaliser à l’infini , d’arrêter la fin de l’évolution, de décréter la fin de l’histoire.
Ils veulent voler le feu aux dieux ..
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H.C.Binswanger : Faust et la chimisterie monétaire
Goethe montre que l’économie moderne dans laquelle la création monétaire joue un rôle central est la continuation de l’alchimie par d’autres moyens,.
La création monétaire a de toute façon un caractère magique.
Pour comprendre cela, reportons-nous à l’acte I du Faust II. Les caisses de l’empire sont vides :
L’EMPEREUR L’argent manque, eh bien! procures-en donc! MÉPHISTOPHÉLÈS Je vous procurerai ce que vous voulez et plus encore !
Les traducteurs ont opté pour le verbe procurer. En fait, le mot allemand schaffen signifie bel et bien créer.L’argent manque, eh bien créez-en, donc ! Et c’est bien ce qu’ils vont faire : créer du papier monnaie.
Ce plan fonctionne, au sens où chacun est prêt à accepter les billets pour de l’argent. L’acte de création monétaire – une chimisterie – a lieu dans la scène de la mascarade. C’est là que l’empereur déguisé en Plutus, Dieu des profondeurs et des mines, signe, à la lueur des flammes, l’original du billet de banque.
En Europe, contrairement à la Chine qui l’avait précédée et où l’Empereur avait créé un Office pour l’argent facile (sic), ce n’est pas l’État qui a eu le privilège de la création monétaire mais d’emblée une banque privée avec des privilèges d’État. Elles n’ont cessé depuis de se renforcer en État dans l’État.
Le modèle pour Goethe est la création, en 1692, de la Banque d’Angleterre par des hommes d’affaires de la City de Londres. Elle fut dotée par le Roi du privilège d’émettre du papier monnaie sans que la valeur émise soit entièrement couverte par sa valeur en or.
C’est la disjonction inaugurale.
C’est le point de départ de notre système monétaire actuel qui n’en est évidemment pas resté à ce que pouvait décrire Goethe. Plus tard, les États-Unis supprimeront l’étalon-or et la monnaie se digitalisera.
H C Binswanger admet que Faust et Méphistophélès ont fondé une banque qui fait crédit – autre invention fausto-méphistophélique – à l’Empereur. Celui-ci peut dès lors payer ses dettes et Faust financer son grand œuvre, la création d’un nouveau territoire de l’économie.
LE CHANCELIER Le présent billet vaut mille Couronnes. Il est garanti par la caution assurée D’innombrables biens enfouis dans le sol de l’empire. Il est présentement fait diligence pour que ces riches trésors, Aussitôt déterrés, servent à l’acquitter.
L’EMPEREUR Je pressens un forfait, une monstrueuse duperie! Qui a falsifié ici la signature de l’empereur? Un tel crime est-il resté impuni?
LE TRÉSORIER Souviens-toi! Tu l’as signé toi-même; (v 6058 à 6067)
(A l’époque déjà, les politiques ne comprenaient rien à l’innovation technique.)
« Chimisterie »
Plus besoin donc de chercher à transformer le plomb en or, puisque l’on a réussi à transformer le papier en argent et que cet argent « force chimique de la société » (Karl Marx) peut circuler. On retrouve d’ailleurs le thème de la transmutation chez les observateurs de la révolution industrielle : « de cet égoût immonde, l’or pur s’écoule », écrit par exemple A.Toqueville à propos de Manchester.
Cette création monétaire est toutefois à double tranchant, à la fois remède et poison. D’un côté, elle permet la mise en circulation de l’argent, les investissements, des actions créatrices produisant un élan économique, de l’autre, dans l’œuvre de Goethe, interviennent trois ruffians tout droit issus du 7ème cercle de l’Enfer de Dante, Fauchevite, Hatepilleuse et Grippedur, symbolisations de la violence brutale, de la cupidité et de l’avarice.
Le deuxième étage du processus alchimique sera celui de la création de valeur réelle. Goethe a clairement vu que la garantie or de la monnaie ne suffit pas. L’argent doit devenir capital c’est à dire être investi. Et qu’il faut prendre soin de ses investissements. Et à l’argent ajouter la propriété.
FAUST C’est du pouvoir que je veux conquérir, de la propriété L’action est tout, la gloire n’est rien (v 10186-7)
Il ne s’agit pas ici, souligne l’économiste de Saint-Gall, de propriété foncière au sens du patrimonium mais du dominium, la propriété de droit romain réintroduit en Europe par le Code napoléon et qui est à la base de la propriété industrielle.
Argent, propriété, énergie et machines, nous sommes dans la révolution industrielle et dans la nouvelle religion du capitalisme.
« La transcendance que l’homme autrefois cherchait dans la religion a été transférée à l’économie » dit H.C. Binswanger.
Je rappelle que Walter Benjamin avait noté de son côté: « Le capitalisme sert essentiellement à l’apaisement des mêmes soucis, supplices et inquiétudes auxquelles les religions apportaient anciennement une réponse ».
Disruption
Faust meurt riche entrepreneur dans l’illusion d’avoir atteint son objectif et gagné son pari. Arrivé au seuil de la dernière et « suprême conquête », il prononce cette phrase absolument monstrueuse qu’il considère comme le « dernier mot de la sagesse » :
FAUST : Celui-là seul mérite la liberté autant que la vie, Qui chaque jour doit les conquérir. C’est ainsi qu’environnés par le danger, L’enfant, l’adulte et le vieillard passeront ici leurs actives années. Je voudrai voir ce fourmillement-là, Me tenir sur une terre libre, avec un peuple libre. A l’adresse de cet instant, je pourrais dire : Arrête –toi donc tu es si beau ! (vers 11574 et suivants)
Faust cède la place à la main invisible qui n’est plus celle de Dieu mais des marchés.
Dans ce capitalisme 24h/24, son idéal de disruption, la mise en mouvement de tous et de tout, s’est généralisé à l’ensemble de la société constamment au travail, sans repos ni interruption. Une société qui n’existe d’ailleurs plus en tant que telle puisque placée en insécurité permanente.
Rapportée à notre actualité, cela donne qu’il n’est évidemment pas question de retraite, ni d’éducation (l’enfant, l’adulte, le vieillard, chacun doit lutter pour sa vie « environné de dangers », sans protection sociale), on travaille bien sûr la nuit et le dimanche.
Le contenu du pari fausto-méphistophélique était de ne jamais prendre de répit et de repos, ne jamais s’étendre sur un lit de paresse
FAUST à Méphisto : Si jamais je m’étends sur un lit de paresse, Que ce soit fait de moi à l’instant (…) Je t’offre le pari
MEPHISTO: Tope !
FAUST Et masse ! Si je dis à l’instant : Arrête-toi ! Tu es si beau ! Alors tu peux me mettre des fers Alors je consens à m’anéantir Alors le glas peut sonner (…)
Ep. 89 Bryan Johnson is a very smart, very rich, very well-meaning man who wants to live forever. That sounds like a terrible idea. This is one of the most interesting debates we’ve ever had. pic.twitter.com/XN8BPLvc3b