La Fed peut-elle changer de politique ? Non! Nous ne pouvons plus sortir de l’inflationnisme, sauf en simulacre. Repasse d’un article écrit en 2017.

Illustration by Rachael Bolton

Depuis le milieu des années 60, un nouveau système financier, monétaire, économique politique et social se construit. Il a vocation totale , c’est à dire totalitaire. Rien ne peut rester en dehors. De proche en proche, tout se transforme. Y  compris nos modes de vie, notre culture, nos croyances. Nous soutenons, que ce que nous faisons est piloté par la nécessité d’honorer la finance, de solvabiliser la dette et que  même ce que nous sommes, notre être, se trouve transformé. Il y a réécriture.

Dans nos textes, depuis de nombreuses années, nous critiquons la mondialisation. Nous la critiquons non pas en elle même , c’est à dire en tant que tendance spontanée du monde à l’ouverture et à l’intégration, non, mais en tant que mouvement forcé, accéléré par la finance et sous sa houlette à son profit. Mondialisation oui; mondialisation sous la domination ordonnatrice de la finance non. La monnaie, la finance sont les moteurs de la (tentative) de  reproduction, de la mutation du Système La théorie des systèmes s’applique à l’évidence à l’étude et à la compréhension du mouvement qui nous emporte: tout  change, de nouvelles relations se mettent en place, tout interagit, tout s’articule dans une nouvelle logique, même ce que l’on ne croit le plus éloigné comme la conception de l’homme, la conception du travail, la conception du pouvoir et de la politique. Tout ce qui fait débat et problème, l’universalisation, la  destruction du genre, de la famille, le remplacisme migratoire, le relativisme des valeurs, l’éthique, est sous la pression du nouveau Système. Il y a dans le mouvement en cours une frénésie totalisatrice, une folie totalisante. L’un des mots les plus significatifs nous semble  être le fameux « inclusive ». Dieu qu’il est riche et évocateur.  Cela sent son rouleau compresseur, cela fleure l’engloutissement. Peu à peu nous sommes noyés, inclus, entraînés au fond. Nous soutenons que ce n’est pas un  hasard si les similitudes avec l’eau, les liquidités viennent souvent à l’esprit car notre époque se caractérise par les flux, les flots , bref  les liquidités. Flux des nouvelles, flux de la propagande, flux des paroles, flux des monnaies. Le complément c’est le présentisme, la négation de la profondeur, du passé, de l’histoire, et le désintérêt pour l’avenir. C’est l’éphémère: un clou chasse l’autre comme une image de la télé chasse la précédente. Au flux qui imposent leur dictature aux sujets économiques ou autres nous opposons le stock, la mémoire, ce qui est accumulé. Et dans cet ordre d’idée nous avons de la constance puisque depuis très longtemps nous soutenons l’idée que le capital, la masse de dettes, tout ce qui est accumulé et qui n’est pas bio-dégradable est déterminant; c’est ce qui est accumulé qui nous détermine.   C’est dans l’accumulation que s’enracine l’ordre social. Nous soutenons l’idée que la crise de 2007-2008 est une crise du stock de dettes; une crise du stock de dettes qui a été constitué afin de pallier, de compenser l’érosion de la profitabilité de cet autre déterminant accumulé: le capital . Le capital est non pas une donnée, mais un rapport social qui se caractérise par le droit qu’il donne à prélever sur le produit du travail vivant. A ce titre il est évident que les retraites par exemple, pensez-y,  constituent un capital. Un capital colossal qui exigera ses droits aux côtés du capital productif, de l’improductif, du fictif et du spéculatif. Il va y avoir de la concurrence, de la lutte à mort ces prochaines années. La vraie condamnation du Système , sa véritable impasse, ce sont les promesses, c’est à dire le capital des retraites. A titre d’exemple la dette américaine fédérale augmentée de celles des états  est de 20/22 trillions environ, mais les promesses de prestations actualisées font ressortir un déficit de … 218 trillions. Le système repose sur un non-su, un tyran inconscient: le Stock; dans ce monde d’illusions on vous fait regarder ailleurs: vers les flux.  Si l’accumulation , l’intérêt composé, le profit, les promesses en général sont au centre du vrai système dans lequel nous vivons, ce n’est pas pour autant qu’ils sont reconnus comme tels. Tout le système repose au contraire sur un non-su, sur un je-ne-veux-rien-savoir. Pour bien assimiler pensez à l’ordre social, c’est du Stock enraciné, « embedded », cristallisé. La dictature de  ce que nous appellerons dorénavant  le Stock avec une cap est d ‘autant plus tyrannique qu’elle est non sue, non étudiée, non consciente; on peut agir sur ce qui vient à la conscience, même au niveau social, mais on ne peut agir sur ce qui est enfoui dans les ténèbres de l’ignorance, du refoulement  et même de la négation. Le Stock est rejeté, banni, balancé au loin,   au plus profond, il est occulté , masqué par les flux, l’immédiat, l’éphémère, l’instantané. C’est bien sur une opération magique d’ordre idéologique. Il ne faut pas qu’un élément majeur du système émerge, il pourrait révéler le pot aux rose de la nature même du système! Il ne faut pas que l’on puisse tirer sur le fil, il pourrait devenir conducteur. Il ne faut qu’il soit su, dit et expliqué que nos sociétés sont déterminées par le Stock. Il ne faut pas que la question se pose de sa légitimité et bien sur des rapports entre le Stock productif et le Stock de poids mort. La théorie économique fondée sur les anticipations rationnelles a été prouvée fausse en 2007/2008 Nous vivons sous le régime de l’ignorance institutionnelle. En 2003 un prix Nobel qui a produit les théories économiques modernes dominantes expliquait que les crises étaient devenues impossibles. Nous avions vaincu les crises, nous, c’est bien sur eux, les économistes. Les institutions internationales, le FMI et l’OCDE alors que souterrainement la crise avait déjà  débuté, ces institutions nous disaient que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et que la croissance était solidement accrochée. Peu de temps après elle éclatait au grand jour et Bernanke se ridiculisait en disant: elle est contenue. Pourtant tout était en place et pour ceux qui savaient lire ce qui était en filigrane, la probabilité de la crise était grande en raison du stock colossal de dettes qui s’était accumulé à la faveur des taux d’intérêt trop longtemps trop bas. Ils n’ont rien vu venir parce qu’ils ne regardaient pas du bon côté, du côté des dettes, du crédit et du stock de toutes les promesses intenables accumulées. On avait même fait des promesses d’assurances colossales sans avoir mis de côté le capital, les réserves pour les garantir. C’est l’une des particularités de la modernité: on souscrit des assurances que l’on n’ a, en pratique, pas les moyens de garantir! Tout était devant les yeux, mais la structure cognitive qui aurait permis de décoder les données n’existait pas, tout simplement parce cet aspect de la vie économique est non-su, inconscient, caché. Il ne faut pas qu’il soit su , il ne faut pas qu’il vienne à la conscience et au grand jour que le crédit et la monnaie sont créés par les banques et qu’elles ont toujours tendance à en créer trop. Surtout quand l’institut d’émission a choisi comme politique fondamentale l’inflationnisme. Le crédit est maintenant au centre de nos systèmes, au centre de notre vie individuelle et collective Le crédit crée la capacité à s’offrir quelque chose grâce à un prêt d’une banque et ces prêts s’accumulent sous forme de dettes privées dans le système à côté des dettes des entreprises, des dettes du gouvernement, des dettes de la communauté spéculative . Les ,dettes du gouvernement américain.Image Et tout le monde fait la même chose, tire sur le crédit et les dettes, la masse de  dettes s’accumule. Plus la masse de dettes s’accumule et plus l’activité du pays devient dépendante de la création de crédit, au fur et à mesure que le ratio du stock de dettes sur GDP grimpe, le système devient de plus en plus fragile et dépendant du crédit pour tenir. Une réduction de la création de crédit produit nécessairement une crise. C’est ce qui s’est passé lors de la Grande Crise financière.

Les dettes affectent l’économie en augmentant le pouvoir d’achat des agents économiques, elles majorent la demande et donc l’activité. Mais plus elles croissent, plus la masse grossit plus il devient difficile en pourcentage de la faire grossir, il en faut toujours, toujours plus. C’est le drame de l’accumulation: plus la masse de dettes croit, plus son efficacité à produire de la croissance se réduit et plus il est difficile de maintenir un rythme suffisant de création de crédit.Avant, le système était le même mais il effaçait ses traces en marchant: l’inflation des revenus, des prix des biens et des services ont pour fonction objective de réduire le poids des dettes en continu Expliquons nous, avant c’était du temps de l’inflation des prix, du temps de la dérive nominale des GDP; cette  dérive avait un effet  d’euthanasie, de destruction,  un effet de modération continu du poids réel des dettes: ,elles  s’auto-résorbaient grâce à l’inflation des prix et des revenus. Hélas cette bio-dégradabilité des dettes a disparu car la mondialisation,  la concurrence internationale, l’arbitrage mondial des salairess empêchent la hausse des prix et des revenus: la tendance à la baisse  des Valeurs mondiales est venue casser la hausse des prix et détruire ses effets rééquilibrants. L’inflation des prix avait du bon. C’est la contradiction majeure des mouvements du capitalisme: pour maintenir sa profitabilité il a voulu la globalisation, la délocalisation, il a joué l’arbitrage mondial du travail, mais ce mouvement produit de la baisse des prix et des Valeurs. Ce qui rend quasi impossible le service des dettes puisqu’elles deviennent plus lourdes en valeur réelle. Le rêve, l’objectif d’une inflation minimum de 2% chez les banquiers centraux n’a pas d’autre origine: lutter contre la tendance à la  baisse des prix et de la valeur en essayant d’avilir en continu la monnaie. Ceci pour sauver ceux qui empruntent. Dans le court et moyen terme, la création de crédit est corrélée à l’emploi  La création de dettes est, dans nos sociétés modernes le moteur de la création d’emplois! Chut, il ne faut surtout pas que cela se sache. Regardez le graphique ci dessous avec la corrélation qui en ressort. Idem, la crise de la dette en Europe a fait exploser le chômage: en raison de la crise de la dette souveraine, le système n’a pu accomplir sa fonction, il a détruit du crédit au lieu d’en produire, ce faisant il a détruit les emplois. Et si l’emploi  remonte maintenant c’est tout simplement parce que la machine à produire du crédit, de la dette s’est remise en route. Aux USA, la corrélation entre le crédit et l’emploi est incroyablement élevée, elle est de 0,8. Le rendement du crédit en matière d’emploi est bon, très bon. Mais il est mauvais pour produire des emplois de qualité avec de bons revenus décents.

Nous avons expliqué que pour des raisons idéologiques il ne fallait pas que « cela se sache »; il ne faut pas que l’on sache que la variable majeure de long terme du Système c’est la profitabilité, que la variable majeure sur le court et moyen terme c’est le crédit et surtout il ne faut qu’il soit su que les banques sont la cheville ouvrière du Système en tant productrices  du crédit et de la monnaie. Ce « je-ne-veux-rien -savoir, cette ignorance sont inclus dans les théories économiques utilisées par les banques cntrales, les gouvernements, les institutions internationales, les banques commerciales, les banques d’investissement etc. Seuls fonc exception des institutions comme la Banque d’Angleterre (1) et la BRI, BIS en anglais. Les théories bidons utilisées par les élites considèrent que les dettes, le crédit n’ont pas d’importance, car ils pensent que tout cela c’est de la simple redistribution! En fait pour eux, ils’agirait de simple redistribution  entre ceux qui n’utilisent pas leur argent, les épargnants  et  eux qui s’en servent. Donc tous ces gens pensent que la redistribution, c’est transparent et qu’il y a neutralité, pas d’effet macro économique. Les théories bancaires et monétaires dominantes sont des mensonges idéologiques. Cette théorie imbécile est évidemment contredite par la réalité qui nous montre que la création monétaire a remplacé l’épargne comme déterminant, que ce sont les banques qui ont le pouvoir de créer la monnaie et que ce sont les crédits accordés par les banques qui font la monnaie, c’est à dire les dépôts. Les banques ne sont pas intermédiaires elles sont « originateurs » de crédit et de monnaie. C’est le grand secret. Dans un système de monnaie de crédit disait déjà Keynes, le taux de l’intérêt est determiné par la politique de crédit et non pas par la relation entre l’épargne et l’investissement. La théorie utilisée par les banquiers centraux selon laquelle il y aurait un taux d’intérêt naturel et que celui ci serait nul ou négatif  est une escroquerie intellectuelle. Il n’y a pas de taux d’interêt naturel dans un monde de monnaie de crédit, ceci a été démontré et archi démontré , déja magistralement par Keynes. En fait tout cela est idéologique afin de couvrir le pouvoir des banques, afin de masquer l’importance du profit, et finalement afin de dissimuler l’impasse de l’inflationnisme. Notre Système repose sur l’inflationnisme, et ce n’est pas le nouveau Chairman, fut-il nommé par  Trump et choisi à son image qui y changera  quelque chose. La Fed est l’organe d’une fonction centrale qui régit le Système.

 (1)  Bank of England.

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