Editorial. La tentation fasciste se lit entre les lignes, les élites mondiales veulent tourner la page du « libéralisme ». Il a fait son temps.

Les institutions et organisations internationales ont été mises en place afin de délocaliser la domination des classes dirigeantes sur les masses.

Il fallait à un moment historique donné faire passer l’Ordre imposé par le système capitaliste comme venant de l’extérieur, comme venant de nécessités supérieures contre lesquelles les gouvernements locaux ne pouvaient rien. D’où les principes internationaux énoncés, d’où la concurrence qui obligeait tout le monde à s’aligner sur le moins disant , d’où la libre circulation des capitaux, d’où les fameuses règles que prétendaient imposer les occidentaux au Reste du Monde.

Le fait de délocaliser des règles équivaut a les sacraliser. On le voit avec le débat actuel sur la dette en France, Macron et Le maire sont validés à imposer l’austérité puisque c’est une nécessité extérieure pour rester solvable internationalement. Ce n’est pas nous qui le voulons, c’est EUX.

C’est un choix conscient, délibéré qui a été très bien décrit par Quinn Slobodian dans « The Globalists » et dans tous les articles suivants qu’il a publié; c’est un exceptionnel travail d’historien qui fait ressortir que les possédants et dominants se sont inquiétés dans les années 30, années de la montée du pouvoir des démocraties. Les démocraties avaient le pouvoir en quelque sorte de confisquer les richesses et de limiter les prérogatives du capital.

Ces élites dont certaines ont évolué vers le fascisme ont eu peur que les démocraties nuisent à la fois au droit de propriété et à la liberté d’exploiter les salariés.

Les penseurs de l’époque ont élaboré cette stratégie de délocalisation des contraintes au niveau international , c’est d’ailleurs exactement la même motivation qui a contribué à la création de l’Union Européenne; il s’agissait de délocaliser les contraintes sur les masses en les faisant tomber du ciel de l’International ! .

Peu à peu les institutions internationales en sont venu à piloter le capitalisme et à imposer leurs normes comme autant d’oukases incontournables.

Elles sont montées en première ligne dans la lutte des classes.

C’est une réalité que bien peu d’auteurs à ce jour ont perçue, je ne parle pas de l’ignorance crasse dans laquelle baigne le personnel politique, il n’a rien compris , il ne sait pas contre qui ou pour qui ou pour quoi il se bat ou fait semblant de se battre.

L’un de fer de lance des institutions internationales est maintenant le WEF.

Le World Economic Forum prend en charge le pilotage du système capitaliste sénile financiarisé aussi bien dans le présent que dans le futur, aussi bien dans le positif que dans le négatif. Il touche des fonds considérables pour cela, il a la possibilité de s’attirer les meilleurs têtes pensantes et les têtes d’affiche les plus prestigieuses y compris le Pape!.

Ainsi le WEF reprend maintenant les thèmes de l’inclusion, des inégalités, de la discrimination, du racisme etc. .

Bien entendu il ne s’agit pas de faire en sorte que tout cela disparaisse , non il s’agit de faire semblant de s’en préoccuper, semblant de lutter contre, de monter des simulacres, des grands spectacles. Le WEF est chargé des mises en scène. On désamorce le négatif dans la post modernité non pas en le dépassant mais en le verbalisant, en l’incluant dans une rhétorique..

De grand spectacle, de grand simulacre, en voici un qui fait sourire sinon grincer des dents et il est monté dans l’un des pays les plus cruels sous tous les aspects énoncés ci dessus, l’Arabie Saoudite.

C’est presque une provocation, mais en tant que telle elle passe inaperçue et fait à peine hausser les sourcils.

Si les citoyens ne se rendent pas compte qu’on leur crache au visage c’est qu’ils sont indécrottables.

https://www.weforum.org/events/special-meeting-on-global-collaboration-growth-and-energy-for-development-2024

Le thème de la conférence réunissant plus de 1 000 délégués d’entreprises, de gouvernements et d’agences internationales était la coopération mondiale et la croissance inclusive.

En d’autres termes, comment mettre fin aux guerres commerciales internationales croissantes et aux inégalités croissantes de revenus et de richesse grâce à des politiques de coopération et des mesures économiques inclusives.

Il y avait une certaine ironie, voire un certain cynisme dans le fait que tous ces participants discutaient des politiques économiques « inclusives » en Arabie Saoudite, tristement célèbre pour sa discrimination et son exclusion des femmes, des homosexuels et pour l’exploitation de sa population immigrée qui effectue l’essentiel du travail dans le pays.

Néanmoins, les dirigeants du FMI et de la Banque mondiale étaient présents en force pour promouvoir leur nouvelle approche d’un « pacte pour une croissance inclusive ». 

https://www.worldbank.org/en/research/publication/prospects-risks-and-policies-in-IDA-countries

La dirigeante du FMI, Kristalina Georgieva, était présente pour faire pression en faveur de politiques qui stimuleraient la collaboration mondiale et réduiraient les inégalités économiques – apparemment il s’agit là d’ un abandon par le FMI de la concurrence, de la « flexibilité » du travail et de la « prudence » budgétaire qui ont été les mots d’ordre de la politique économique du FMI pendant des décennies. .

Ah les braves gens!

https://www.imf.org/en/Publications/fandd/issues/2024/03/Symposium-Rethinking-Economics-Angus-Deaton

Deaton a estimé que les milieux économiques dominants (et par implication le FMI, la Banque mondiale et le Forum économique mondial) « sont dans un certain désarroi. Nous n’avons pas collectivement prédit la crise financière et, pire encore, nous y avons peut-être contribué par une croyance trop enthousiaste dans l’efficacité des marchés, en particulier des marchés financiers dont nous comprenons moins bien la structure et les implications que nous le pensions. Les « marchés libres » ne sont donc pas aussi efficaces qu’on le prétend et les crises ne peuvent être évitées. Voila un constat qui est doux à mes oreilles puisque c’est ce constat qui est à la base de mes analyses depuis des décennies.

Deaton a admis : « J’ai récemment changé d’avis, un processus déconcertant pour quelqu’un qui exerce l’économie depuis plus d’un demi-siècle. » Vous voyez, « l’accent mis sur les vertus des marchés libres et compétitifs et du changement technique exogène peut nous détourner de l’importance du Pouvoir dans la fixation des prix et des salaires, dans le choix de la direction du changement technique et dans l’influence politique pour changer les règles du jeu de l’économie ».. »

Notre Deaton a donc eu une sorte de révélation. révélation qui ne tombe pas du ciel, non elle est imposée par la nouvelle situation du système capitaliste sénile , financiarsiée: il faut qu’il mute et donc qu’il fasse passer ses mutations pour des choix conscients. L’etat du systme, sa difficulté à se perpétuer, produit les idées du système; les théories sont produites par l’état des contradictions endogènes et exogènes du système. Et le prix Nobel de Deacon en est un exemple. Ne l’oubliez jamais.

Deacon découvre désormais que c’est le pouvoir du capital et sa tentative d’exploiter le travail qui sont la force motrice des économies, et non l’efficacité technique ou les marchés « libres et équitables ». Apparemment, à un moment donné, qu’il n’a pas défini, « la justice sociale est devenue subordonnée aux marchés, et le souci de répartition a été remplacé par l’attention portée à la moyenne, souvent décrite de manière absurde comme « l’intérêt national ».

Je renvoie ici a mon article récent qui expose la thèse de Karl Polanyi

Toute idéologie, tout constructivisme sont des échecs, le libéralisme a échoué autant que la sociale démocratie et que le communisme et il devient aussi sanglant que ce dernier.

Plus spécifiquement, Deaton a critiqué ce sur quoi l’économie dominante se concentre plutôt que sur les questions de pouvoir et de répartition des richesses : « les méthodes actuellement approuvées ont pour effet de concentrer l’attention sur les effets locaux. , et loin des mécanismes potentiellement importants mais à action lente qui fonctionnent avec des décalages longs et variables. 

Deaton se tourne ensuite vers l’équilibre des pouvoirs entre le capital et le travail : « J’ai longtemps considéré les syndicats comme une nuisance qui interférait avec l’efficacité économique (et souvent personnelle) et j’ai accueilli favorablement leur lente disparition. Mais aujourd’hui, les grandes entreprises ont trop de pouvoir sur les conditions de travail, les salaires et les décisions à Washington, où les syndicats ont actuellement peu de voix par rapport aux lobbyistes des entreprises. les syndicats doivent être présents à la table des décisions concernant l’intelligence artificielle. 

Cela semble intéressant , mais au fait, mettre les syndicats « à la table », associer le politique au grand capital et au travail, n’était-ce pas précisément le mot d’ordre du fascisme Mussolinien?

On va vers le corporatisme ce qui a toujours été l’AGENDA du World Economic Forum.

4 réflexions sur “Editorial. La tentation fasciste se lit entre les lignes, les élites mondiales veulent tourner la page du « libéralisme ». Il a fait son temps.

  1. Bonjour M. Bertez

    Tout ceci me semble être inclus dans les propos qu’Alexandre Dugin a tenu à T. Carlson.

    Par ailleurs, Dugin voit le protestantisme et sa séparation de l’Eglise Romaine comme point d’origine du libéralisme tel qu’il est devenu.

    De fait, en rompant avec l’Eglise Romaine, dernier avatar de l’Empire Romain selon A. Peyrefitte, qui constituait l’intermédiaire obligé pour entrer en contact « correct  » avec la divinité, le protestantisme mettait en avant le rapport direct de l’individu avec la transcendance par l’intermédiaire des « Ecritures Saintes »… dans lesquelles l’homme est une image du Dieu.

    Or la « disparition du Dieu » laisse l’homme avec sa seule image . Le reste suit!

    Et la disparition de l’esprit du protestantisme survenu aux USA vers les années 1960 selon E. Todd – on pourrait avancer l’assassinat de J.F.K comme date phare pour cet évènement- laisse libre cours à l’individualisme forcené et sans scrupule. 

    Dugin pense que tout ceci suit une ligne logique avec le transhumanisme comme dernière étape; ( certains chercheurs qui s’intéressent à l’origine de la vie pensent que le code est seul important, que le support est secondaire - molécules , disque vinyle DVD ou tablette d’argile peu importe: c’est le message inscrit qui compte)

    Selon Dugin, le fascisme est inclus dans le libéralisme tel qu’il évolue et saconception nouvelle de la démocratie confie le pouvoir aux minorités éclairées , c’est à dire obligatoirement progressistes inclusives woke et trangenres , le libéraux traditionnels devenant des réactionnaires à éliminer.

    L’effacement social de certains intellectuels « doutant » ou s’opposant rappelle les « Âmes mortes » du stalinisme, mais les progressistes davosiens avancent que la démocratie réactionnaire celle de la majorité aboutit à l’élection d’Hitler, de Staline etc..

    Inviter les syndicats à la table signe la disparition voulue des Etats comme contre pouvoirs.

    Dans quelques années, le successeur de Martinez comptera plus que celui de Macron s’il en existe encore!

    Cordialement

    J’aime

  2. Monsieur Bertez,

    Bien sur, vous nous montrez l’effroyable réalité de ce que l’on pourrait appeler « la bête » et, en même temps vous nous montrez notre impuissance face à elle et à ses serviteurs conscients ou pas de la servir.

    J’aime

Laisser un commentaire