Un éditorial que je considère comme fondamental: oui nous sommes dans un monde nouveau, mais il se fracassera comme cela fut le cas des anciens dans le passé.

Les marchés obligataires se comportent bien mieux que ce à quoi on pouvait s’attendre compte tenu du contexte fondamental négatif pour les valeurs à revenu fixe!

Nous sommes en effet confrontés à la double menace d’une inflation plus élevée et plus durable que prévue et une offre de titres nouveaux considérable. Le niveau présent des taux compte tenu de ces deux facteurs est proprement miraculeux.

La demande de titres à revenu fixe devrait baisser pour tenir compte d’une inflation des prix redevenue menaçante qui diminue l’attrait des obligations et l’offre devrait s’accroitre pour tenir compte des besoins considérables de refinancement des Trésors Publics, de la persistance des déficits, des perspectives de progression exponentielle du stock de dettes et des gouffres de financement que constituent le réarmement, la reconversion climatique et l’Intelligence Artificielle.

Et puis le taux d’épargne des Américains est dans les plus bas, quasi dérisoire,

Et puis le recyclage des déficits est en panne, le Reste du Monde est réticent à poursuivre son accumulation de dette américaine…

Je suis étonné que personne ne s ‘étonne!

Tout cela défie la logique, le bon sens, la simple arithmétique.

Il y a de l’argent pour tout, absolument tout … tout ce qui est financier!

On a trouvé le grand secret de la multiplication des pains, du rasage gratis, de la marche sur l’eau, de l’alchimie qui transforme la rareté en abondance.

Moi qui conserve ma capacité à m’étonner et donc m’interroger, je me dis que le monde à changé depuis la Modernité, depuis la financiarisation, depuis les découvertes des pseudo théories économiques, depuis le désancrage des monnaies.

Nos outils intellectuels encore prisonniers du réel ne peuvent plus rendre compte de ce que nous constatons, ils sont périmés, dépassés, obsolètes. Tout comme les seuils que nous avions fixés comme seuils à ne pas dépasser; les fameux ratios historiques de dettes par rapport aux GDP!.

Nous vivons sur des schémas de compréhension faux et, selon moi, c’est parce que nos schémas sont faux que précisément tous ces miracles peuvent se produire; la non-connaissance de l’univers que nous avons laissé se construire est ce qui permet de dépasser toutes les limites. Cette non-connaissance nous conduit à l’incapacité à imaginer les dangers futurs, les conséquences non voulues.

C’est le développement inégal ; nous avons construit un monde d’illusion/illusions dont la dynamique interne est plus rapide, plus complexe, plus inventive que ce que notre intelligence est capable d’assimiler. Ainsi par exemple la dynamique interne de l’univers des anticipation de la politique monétaire de la Fed produit le monde présent, beaucoup plus efficacement que la réalité de cette politique et …inversement selon les périodes !

Nous avons libéré un monde qui nous dépasse. Celui des signes et de leur combinatoire.

L’un des symptômes de cette situation c’est l’état de la science ; elle a abandonné la recherche de la compréhension des phénomènes, de l’articulation des causes et des effets et elle se réduit à la mise en place de « modèles qui marchent », qui donnent des résultats pratiques… à un moment donné.

Pragmatisme! Au lieu de Savoir, ce qui domine ce sont les recettes: la fin, justifie les moyens; la fin , le Pognon justifie, glorifie l’ignorance; celui qui est récompensé est celui qui se laisse porter sur la vague sans esprit critique .

Notre monde a procédé à la mise en place de modèles, de modèles qui parient sur des comportements, à la mise en place de boucles et de schémas magiques qui ne pénètrent plus les boites noires mais qui se contentent de les observer et de parier sur le fait que les corrélations observées dans le passé vont se reproduire à l’avenir. Colossal défaite de l’intelligence, colossal recul dans la pensée magique. Le Savoir, la Raison sont remplacés par la recherche de martingales de jeu.

Le monde de la finance et de la monnaie est hautement, hautement complexe et nous sommes restés au niveau de la simple complexité; nous sommes en retard sur le monde que nous avons créé, sur la dynamique des institutions et des organisations qui se sont mises en place.

Nous sommes gouvernés par la logique interne d’un système qui nous a débordé, nous sommes déterminés par l’inconscient du système financier et sa logique envahissante: toujours plus, toujours plus de profit, fictif, toujours de plus de Pognon.

C’est ce qui produit un système où il n’y a plus de freins, plus de pesanteur, plus de rareté, plus de véritable temps, on baigne dans l’éternité du présentisme!

Nous sommes dans un monde où nous avons libéré quelque chose qui est déterminant, qui gouverne tout , mais dont nous ne comprenons plus les règles objectives internes . Nous regardons là où il ne se passe rien, nous avons perdu le contrôle de nos créations que sont la monnaie, la finance . Je vous rappelle cette incroyable remarque de Greenspan devant ses pairs en 2006 ; « la monnaie nous ne savons plus ce que c’est » !

Et ceci me conduit à penser que contrairement aux affirmations des fondamentalistes , nous sommes bien dans un monde nouveau, jamais exploré. Depuis longtemps je soutiens que, tout en étant dans la répétition du passé, -car l’homme ne change pas-, ce que nous vivions c’est la Grande Aventure. Les mêmes forces sont à l’œuvre mais avec des modes d’apparaitre différents et donc avec des réactions et des remèdes qui eux aussi apparaissent différents. D’où la nouveauté.

Le monde n’est plus celui des choses en-soi, des bestioles monétaires ou financières, c’est un monde de croyance, de fausses vérités qui se réalisent d’être crues car en ces domaines rien n’est en-soi, réel, chose, non tout est mouvement; la liquidité c’est un mouvement une porte qui s’ouvre ou se ferme, ce n’est ni une porte ouverte ni une porte fermée. C’est un monde frivole c’est à dire qui a perdu la notion de valeur et même celle de valorisation, celle-ci n’est que fugace point de rencontre entre une offre et une demande et ce point de rencontre, il bascule, il glisse, il coulisse.

Ce monde produit sa propre liquidité, sa propre contrepartie, sa propre « valeur » tautologique , suspendue dans les airs; suspendue dans les airs tant qu’il y a de l’air chaud monétaire -les repos par exemple- qui fait monter, léviter les ballons devenus non-dirigeables.

Ce monde repose, pour lutter contre son entropisation, sur la production d’énergie/ de dettes en continu, sur la progression de l’utilisation de l’effet de levier, sur l’arbitrage et sur le gonflement de la masse des dérivés qui sont l’espace stratosphérique où se logent tous les risques systémiques.

Il faut retrouver la capacité à s’étonner, si on ne s’étonne plus alors il n’y a plus aucune possibilité de curiosité et de recherche, on ne remet rien en chantier, on se laisse aller, glisser au fil de l’eau des tendances et des momentum, dans la dérive de la pensée magique .

Rendez vous compte que nous sommes encore soi-disant dans une phase de restriction monétaire! On nous serine cela depuis des mois.

L’argent est censé être moins abondant, le crédit moins facile, la dette devenir plus sélective et les primes de risque sont censées se gonfler, se dilater afin d’éliminer les mauvais débiteurs, les zombies, les inefficaces, les gaspileurs !

8 mai – Bloomberg :

« Sur les marchés du crédit du monde entier, presque tout est permis. Des États-Unis à l’Europe en passant par l’Asie, les entreprises – dont certaines se sont retrouvées exclues du marché des nouvelles émissions il n’y a pas si longtemps – profitent de la forte demande des investisseurs et du manque de clarté quant à la direction des coûts de financement pour émettre le plus de dette en Europe. années. Aux États-Unis, plus de 40 sociétés de première qualité ont vendu pour 53 milliards de dollars d’obligations cette semaine jusqu’à mercredi, le calendrier de trois jours le plus chargé depuis 2021, tandis que les émetteurs à haut rendement ont valorisé près de 11 milliards de dollars… »

Oui vous avez bien lu.

Creusons un peu.

Le système est devenu autonome, il crée ses propres organes, comme on dit la fonction crée l’organe, la fonction de produire du profit crée les institutions, les structures pour le faire.

Lisez soigneusement l’extrait de dépêche ci dessous s’il vous plait.

7 mai – Bloomberg :

« Ils ont maîtrisé les actions, réclamé une part du marché des devises et ils se sont imposés sur le marché des matières premières. Aujourd’hui, les sociétés de trading de haute technologie comme Citadel Securities LLC et Jane Street s’investissent plus que jamais dans le secteur des titres à revenu fixe.

Surfant sur une vague de numérisation et un boom des ETF, les teneurs de marché électroniques… étendent leur portée dans le négoce d’obligations d’État et gagnent enfin du terrain dans le monde autrefois intouchable de la dette des entreprises.

Ce faisant, ils prennent d’assaut le territoire gouverné par les plus grandes banques de Wall Street, bouleversant tout, des relations clients aux coûts de transaction, et ramassant du personnel tout en gagnant des parts de marché, alors même que la marche de la soi-disant électronisation suscite des inquiétudes quant à la stabilité financière

Le monde devient paradoxal, comme le dit Reuters; le marché de la dette du trésor se nourrit de l’endettement et de taux d’intérêt .. plus élevés.

10 mai – Reuters :

« L’endettement sur le marché des bons du Trésor américain reprend, se nourrissant contre-intuitivement d’un environnement de taux d’intérêt « plus élevés pendant plus longtemps » et générant des problèmes potentiels en cas de choc des prix ou des taux.

Après avoir progressivement mais régulièrement réduit leur exposition au début de l’année, les gestionnaires d’actifs et les fonds à effet de levier reconstruisent désormais leurs positions longues et courtes respectives… à un rythme rapide.

Il y a beaucoup d’anxiété autour du marché obligataire américain en ce moment…, avec une inflation qui s’avère persistante et la perspective d’énormes déficits pour les années à venir… Mais plus les taux d’intérêt restent inchangés, plus ils deviennent attractifs pour le marché à terme.

Les gestionnaires d’actifs sont attirés par des rendements plus élevés, et ces rendements plus élevés rendent le « commerce de base » plus attrayant… La position longue globale des gestionnaires d’actifs, menée par l’achat de fonds communs de placement, a atteint un nouveau record et a généré un effet de levier sur les fonds. la position courte s’étend également… Les données de la semaine jusqu’au 30 avril montrent que la position longue globale des gestionnaires d’actifs sur les contrats à terme du Trésor à deux, cinq et dix ans a atteint 8,15 millions de contrats, pour une valeur record de 1,045 billion de dollars. C’est une hausse de 12 % par rapport au sommet de l’année dernière.

Tout repose sur l’effet de levier du « commerce de base »…

Interviewé par Erik Schatzker au Bloomberg Sell Side Forum, le PDG de Citadel, Peng Zhao, a déclaré que l’activité commerciale en plein essor de l’entreprise se déroulait à un « rythme record ». « Nous avons connu un premier trimestre très solide et, depuis le début de l’année, nous atteignons un rythme record. » Les opération de ce fonds spéculatif ont rapporté 7 milliards de dollars de bénéfices à ses partenaires l’année dernière.

Citadel a embauché comme senior advisor Ben Bernanke, c’est une sorte d’officine, d’ annexe de la Fed; c’est le plus grand, le « plus grand fournisseur de liquidité sur le marché du Trésor ». Citadel se vante d’être une institution qui par ses opérations réduit les couts de financement du Trésor américain! Elle le fait .. non par ses fonds, elle en a très peu mais par .. le recours à l’endettement au levier!

Citadel est l’ acteur dominant dans le « commerce de base » du Trésor, elle est fortement endetté. Selon Zhao, la société a récemment étendu ses puissantes opérations commerciales aux titres de créance d’entreprises de qualité investissement. « En tant que tel, nous devrions désormais inclure l’effet de levier sur les obligations d’entreprises aux avoirs déjà massifs du Trésor, des MBS et des agences ». L’effet de levier a probablement joué un rôle essentiel dans le financement de l’émission record de 530 milliards de dollars d’obligations de première qualité au premier trimestre, tout en alimentant un marché de la dette d’entreprise en plein essor ». Il convient de noter que le principal hedge fund de Citadel a généré un rendement de 5,75 % au premier trimestre.

Citadel a un concurrent très discret, c’est Jane Street.

Voici ce qu’écrit le FT : «Les revenus commerciaux trimestriels de Jane Street ont atteint leur plus haut niveau depuis le début de la pandémie, alors que cette société secrète a prospéré à grande vitesse aux côtés des teneurs de marché traditionnels de Wall Street. Le groupe s’attend à ce que ses revenus nets de trading au premier trimestre s’élèvent à environ 4,4 milliards de dollars, soit plus du double du niveau atteint un an auparavant et en hausse de 35 % par rapport à fin 2023… Les chiffres soulignent à quel point Jane Street est discrètement devenue une société de trading. centrale des marchés financiers mondiaux, surpassant un certain nombre de grands rivaux et de banques. «

« Jane Street est connue pour être une organisation furtive et a dû détester toute l’attention lorsque quelques anciens employés (Sam Bankman-Fried et Caroline Ellison) se sont retrouvés très publiquement du mauvais côté de la loi ».

Article du FT du 29 avril de Robin Wigglesworth, Jane Street is Big.

« Jane Street estime que, grâce à sa forte croissance du commerce de gros d’actions, elle a représenté 10,4 % de l’ensemble des échanges d’actions nord-américaines en 2023, contre 7,6 % en 2022. Autrement dit, elle rattrape son retard sur Citadel Securities, qui estime qu’il représente 23 % du volume du marché boursier américain. « 

 » À l’échelle mondiale, Jane Street estime qu’elle représente désormais plus de 2 % de tous les échanges dans plus de 20 pays, et l’année dernière, Jane Street a également négocié des options d’une valeur notionnelle de 32 000 milliards de dollars, soit environ 7,6 % de tout le volume des contrats d’Options Clearing Corporation. .»

« Toutefois, les prouesses de l’entreprise sont particulièrement fortes en matière de tenue de marché des ETF. L’année dernière, les volumes mensuels de négociation d’ETF de Jane Street ont atteint en moyenne 527 milliards de dollars, soit environ 14 % des volumes de négociation d’ETF américains et 20 % des volumes d’ETF européens. Sur l’ensemble de l’année, cela s’élève à 6,3 trillions de dollars. Pour le contexte, cela représente environ cinq fois le volume total des transactions de la Bourse de Londres en 2023. »

« C’est encore plus important en tant que « participant autorisé » — des teneurs de marché spécialisés qui permettent la création et le rachat d’actions d’ETF — représentant 24 % de toute l’activité du marché primaire pour les ETF cotés aux États-Unis, 28 % pour les ETF d’actions internationales et 12 % pour les ETF cotés aux États-Unis. % dans les ETF d’actions américaines .

« Les revenus bruts ont atteint un niveau record de 21,9 milliards de dollars en 2023, en hausse de 34 % par rapport à 2022. Cela équivaut à 1/7ème des revenus combinés du trading d’actions, d’obligations, de devises et de matières premières de toutes les grandes banques d’investissement mondiales l’année dernière.

Le bilan de Jane Street. L’actif total a bondi de 34 % l’an dernier ses actifs à effet de levier comme ceux de Citadel sont financés via le marché des pensions.

Citadel (23 %) et Jane Street (10,4 %) représentent ensemble un tiers du «volume d’actions américaines», mais le plus important se situe dans le secteur des titres à revenu fixe.

L’article « Really Big » du FT : « Jane Street est particulièrement dominante dans les ETF à revenu fixe, représentant 41 % de toute l’activité du marché primaire selon son prospectus obligataire. La société de négoce a utilisé cela comme tête de pont pour pénétrer dans le territoire de négociation d’obligations d’entreprises longtemps dominé par les banques.»

Il n’y a pas de problème sur le marché des valeurs du Trésor Americain, la liquidité est assurée par .. Citadel, Jane, …le marché des repos!

Tant que les bilans de Jane et de Citadel continueront de pouvoir enfler , il n’y aura pas de problèmes, aucun problème . Et si un accident survient, qui va assurer la survie de Jane et de Citadel à votre avis?

Il ne faut plus jamais que ces auxiliaires de la Fed soient pris a contrepied, plus jamais en défaut , ce sont elles qui imposent leurs contraintes P powell.

Ces institutions sont les vehicules des armes de destruction massives qui prolifèrent dans l’univers financier.

Citadel et Jane Street sont devenues trop grandes pour faire faillite.

Dormez tranquille braves gens qui possédez des valeurs du Tresor US, des ETF, des dettes pourries, Citadel et Jane veillent sur vous et la Fed veillent sur elles.

Nous sommes dans un monde nouveau, les risques n’existent plus car ils sont assurés, assurés par la Fed d’une part et logés dans la stratosphère, la bas dans l’univers des quadrillions de dérivés qu’il faudra toujours garder liquide.

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